Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : « Trains de la solidarité », soignants volontaires... Comment la région vient à la rescousse des hôpitaux débordés

SOUTIEN Quarante-huit nouveaux patients atteints de Covid-19 en provenance de d’Ile de France sont transférés aujourd'hui vers la Nouvelle-Aquitaine

Marion Pignot avec AFP

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Deux TGV médicalisés ont transporté, vendredi 10 avril, 45 patients atteints de Covid-19 d’Ile-de-France vers la Nouvelle-Aquitaine.
Deux TGV médicalisés ont transporté, vendredi 10 avril, 45 patients atteints de Covid-19 d’Ile-de-France vers la Nouvelle-Aquitaine. — PATRICK HERTZOG / POOL / AFP
  • Deux TGV médicalisés ont transporté, ce vendredi, 48 nouveaux patients atteints de Covid-19 d’Ile de France vers des établissements situés à Bordeaux, Angoulême et Poitiers.
  • Ce nouveau transfert de malades porte à 134 le nombre de patients qui ont rejoint la Nouvelle-Aquitaine depuis le début de l’épidémie. La région est, selon l’Agence régionale de santé, la première région d’accueil de cas Covid-19 en France.
  • La Nouvelle-Aquitaine, moins touchée par l’épidémie, envoie aussi en soutien des équipes soignantes, qui rejoignent les établissements saturés de l’Ile-de-France ou du Grand-Est où œuvrent des collègues épuisés.

Deux TGV médicalisés ont transporté, ce vendredi, 45 patients atteints de Covid-19 d’Ile-de-France vers la Nouvelle-Aquitaine. Dans le même temps, de nombreux soignants de la région annonçaient qu’ils étaient prêts à aller donner un coup de main à leurs collègues épuisés des établissements saturés de l’Ile-de-France ou du Grand-Est. En pleine épidémie de Covid-19, la Nouvelle-Aquitaine, région relativement épargnée, joue la carte de la solidarité et s’avère être, selon l’Agence régionale de santé (ARS), « la première région d’accueil des malades ».

Alors, ce vendredi, ce sont 45 nouveaux Covid-19 qui sont partis de la Gare d’Austerlitz, à Paris, pour rejoindre des établissements de Bordeaux, d’Angoulême et de Poitiers. Un premier « train de la solidarité », comme aime les appeler Michel Laforcade, directeur de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, a eu pour terminus Bordeaux à 12h45 et l’autre Angoulême à 16 heures, après un arrêt à la gare Poitiers-Futuroscope.

Trois patients « en réelle difficulté » restés à Paris

Ces patients étaient accompagnés par huit équipes de soignants de Nouvelle-Aquitaine (Bordeaux, Poitiers, Limoges, Niort) et par quatre équipes d’Ile-de France. Quarante-huit patients étaient attendus, mais trois « étaient en réelle difficulté et les médecins d’Ile-de-france ont préféré les garder sur place », a précisé Michel Laforcade.

A Bordeaux, cinq patients sont accueillis à l’hôpital inter-Armée (HIA), quatre à la polyclinique Bordeaux Nord et trois à la clinique Saint-Augustin. Douze autres ont été orientés vers le CHU, afin d’être accueillis en service de réanimation sur les sites de Pellegrin et Saint-André, ainsi que sur le site de Haut Lévêque, à Pessac. Les 21 autres patients ont, eux, été transférés au CHU de Poitiers, de Limoges, de Brive, de Niort, d’Angoulême et de Saintes. Le transfert au départ de la gare de Poitiers-Futuroscope vers Brive a été effectué en HéliSMUR, a précisé l’ARS.

La Nouvelle-Aquitaine, « première région d’accueil de malades »

Depuis le 1er avril, près de 200 malades ont déjà été évacués d’Ile-de-France par la route, le rail ou les airs vers des régions moins touchées par le coronavirus, notamment la Bretagne et les Pays de la Loire, afin de désengorger les hôpitaux franciliens. Parmi eux, 129 ont rejoint la Nouvelle-Aquitaine, « première région à accueillir des malades », selon le Dr Daniel Habold, directeur du pôle santé publique de l’ARS. « On peut y voir une bonne nouvelle car ces transferts indiquent que notre région est aussi relativement moins touchée par le Covid-19, détaille l’expert à 20 Minutes. Il montre également que des patients sortent de réanimation depuis quelques jours. »

Au total, plus de 2.500 malades du coronavirus sont actuellement en réanimation en Île-de-France, principal foyer épidémique en France avec la région Grand-Est, ils ne sont « que » 241 en réanimation ou en soins intensifs en Nouvelle-Aquitaine. La région est donc capable de donner un coup de main à ses voisines, confrontées à une situation de saturation persistante. « Même s’il y a une baisse des cas dans les régions faiblement impactées, comme en Nouvelle-Aquitaine, il faut garder en tête que notre système de santé n’a jamais été dans une situation aussi tendue, a toutefois rappelé ce vendredi matin le Dr Daniel Habold. Notre capacité d’accueil actuelle était inenvisageable il y a sept mois. Nous nous sommes totalement réorganisés. »

Ce vendredi, Michel Laforcade a, de son côté, assuré que l’arrivée de ces 129 patients « n’était pas en train de dégarnir l’offre de soin de la Nouvelle-Aquitaine », qui dispose de 691 places en réanimation. « Parmi ces patients, un seul est décédé. Vingt-quatre ont quitté la réanimation et certains sont rentrés chez eux », ajoute Michel Laforcade. Toujours à 800 kilomètres de leur foyer, les autres continuent d’être accompagnés dans d’autres services de médecine ou en rééducation pulmonaire, par exemple.

« Etre solidaire, c’est la moindre des choses »

Et en attendant l’arrivée de nouveaux « trains de la solidarité », certains soignants partent vers les hôpitaux débordés par les malades atteints du Covid-19. Avec plusieurs collègues de la polyclinique de Navarre, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), Laure Detaille a ainsi rejoint ce 2 avril l’hôpital de Mulhouse. « Etre solidaire dans des moments comme ça, c’est la moindre des choses », lâche l’infirmière anesthésiste. A ses côtés, le Dr Franck Decamps : « A Pau, il ne se passe rien, donc on ne réalise pas vraiment, il y a un gros décalage. Depuis que je suis arrivé, j’ai vraiment pu voir la gravité de cette pathologie, c’est quelque chose qu’on ne peut pas appréhender tant qu’on ne l’a pas vu. »

« J’ai pu aider et je reviens avec une expérience importante », estime, quant à lui, le Dr Patrick Bodiou, anesthésiste-réanimateur de retour chez lui dans le bassin d’Arcachon. Hélène Munsch, sa collègue aide-soignante de Brive-la-Gaillarde croisée par notre confrère de l’AFP, s’est, elle, fixé trois mots d’ordre : « suivre, écouter, apprendre ». La réanimation « est un service que beaucoup de soignants appréhendent », « très technique » avec des patients « très fragiles », reconnaît celle qui « ne (se) ne voyait pas ne pas y aller ».

Une nouvelle liste de 197 volontaires vient d’être transmise aux responsables des hôpitaux d’Ile-de-France. Selon l’ARS, « ces derniers n’auront qu’à appeler les soignants dont ils ont besoin ».