Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : L’ostréiculture subit « une perte de chiffre d’affaires de 80 % depuis le début du confinement »

INTERVIEW Président du comité de la conchyliculture Arcachon-Aquitaine, Thierry Lafon se dit inquiet par la crise du coronavirus, qui est en train de « déstructurer » le marché

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Les huîtres des parcs, une fois triées, sont stockées dans l'eau des mannes, sortes de petits bassins proches de la chaîne de conditionnement.
Les huîtres des parcs, une fois triées, sont stockées dans l'eau des mannes, sortes de petits bassins proches de la chaîne de conditionnement. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Le secteur de l’ostréiculture n’a quasiment plus de débouché pour écouler ses stocks.
  • Pendant ce temps les huîtres poursuivent leur croissance dans les parcs du bassin d’Arcachon.
  • Un risque de thrombose sur le marché en sortie de crise est à craindre.

Une profession touchée de plein fouet, et très inquiète pour l’avenir… Président du comité régional de la conchylicture Arcachon-Aquitaine, qui représente 280 entreprises (situées à plus de 90 % sur le bassin d'Arcachon), Thierry Lafon fait le point pour 20 Minutes sur la situation de la filière, face à la crise du Covid-19.

Quelle est la situation de la filière ostréicole face à la crise du coronavirus ?

Le problème de notre activité, c’est que la production doit continuer, parce que les huîtres c’est un cycle d’élevage entre trois et cinq ans avec des contraintes saisonnières, alors que les ventes s’effondrent. Nous sortions en plus d’une période difficile, avec le problème du norovirus du début de l’année…

Les professionnels n’arrivent plus à écouler les stocks aujourd’hui ?

Beaucoup de débouchés sont fermés, les restaurateurs, les dégustations, un certain nombre de marchés, tandis que la grande distribution a fermé énormément de rayons marées, et ceux qui sont ouverts n’ont quasiment aucun débit en huîtres. L’incidence sur le volume d’affaires actuel est très significative, nous subissons une perte de chiffre d’affaires de l’ordre de 80 % depuis le début du confinement. Et nous allons perdre les vacances de Pâques et très certainement le mois de mai qui sont des périodes de forte consommation chez nous.

Comment envisagez-vous la suite, quels sont les scénarios en fonction de la durée du confinement ?

C’est difficile de faire de la prospective. On est très inquiets sur les conséquences de cette période, car cela va avoir un effet délétère sur les stocks, qui évoluent : ce qui n’est pas vendu actuellement risque de générer une thrombose sur le marché à la reprise. Et en face, vous avez des entreprises qui vont avoir un besoin urgent de trésorerie. C’est un événement qui est de nature à déstructurer le marché, avec une déstabilisation des entreprises. Plus que le préjudice à court terme, ce sont les conséquences dans quelques mois qui nous inquiètent vraiment.

Quel est l’état des stocks actuellement ?

Pour l’instant, nous sommes dans la collecte de données, et je ne peux pas m’avancer sur des chiffres. Mais il faut savoir que le printemps est une période favorable pour la croissance de l’huître, puisqu’il y a du phytoplancton en abondance et son bol alimentaire devient important. C’est ennuyeux parce que tous les stocks d’huîtres déjà arrivés à taille marchande (n° 2 et n° 3) vont continuer à grossir et se retrouver dans des catégories supérieures. Ces stocks encombrent les parcs, et c’est gênant pour la remise en place des plus jeunes qui doivent faire les récoltes suivantes. Le problème est que l’on ne sait pas combien de temps va durer cette crise, donc nous sommes plutôt dans une situation intermédiaire en ce moment, qui ne préjuge pas de ce que va être la situation finale. Mais par expérience, on sait très bien que quand on vit une période d’effondrement des cours, le temps qu’il remonte c’est généralement très laborieux.

Est-ce que l’on peut conserver les huîtres longtemps dans les parcs ?

On peut les conserver relativement longtemps, le problème est de disposer du bon emplacement sur le bassin, car la croissance est très différente selon les endroits. Sur ce qu’on appelle les dépôts, qui sont des parcs relativement hauts sur le bassin, on peut stocker l’huître beaucoup plus longtemps, mais cela nécessite d’avoir de la place sur l’emplacement adapté. Par ailleurs, cela nécessite du travail donc c’est un coût. Enfin, les huîtres vont continuer de grossir, et il y aura même des phénomènes de mortalité qui interviendront à un moment donné. Donc dans l’absolu, on peut garder les huîtres quelques mois, mais ce n’est pas une boîte de conserve : même si nos animaux se nourrissent tout seuls, c’est un entretien permanent.