Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : Que sait-on de la mutinerie au centre de détention d’Uzerche ?

EPIDEMIE En pleine épidémie de Covid-19, les visites aux parloirs sont suspendues et 200 détenus ont répondu à un appel à la mutinerie lancé sur les réseaux sociaux

M.P. avec AFP

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Une prison (illustration)
Une prison (illustration) — KONRAD K./SIPA
  • Une mutinerie a éclaté, dimanche soir vers 17 heures, au centre de détention d’Uzerche, en Corrèze.
  • Alors qu’en pleine épidémie de Covid-19, les visites aux parloirs sont suspendues, plus de 200 détenus sur 540 ont protesté en montant sur les toits, ou en saccageant les cellules et en mettant le feu à des matelas.
  • Ce lundi matin, deux bâtiments de la prison sont « inexploitables » et plus de 300 détenus sont transférés vers d’autres prisons de Nouvelle-Aquitaine.

 

Plus de 200 prisonniers en colère sur 540 détenus. Un important mouvement s’est produit dimanche soir au centre de détention d’Uzerche, en Corrèze. 20 Minutes fait le point sur cette « mutinerie » qui, selon le syndicat pénitentiaire Force ouvrière (SNP-FO), « restera l’un des plus importants » mouvements collectifs de protestation parmi ceux qui essaiment dans les prisons depuis le début de l’épidémie liée au coronavirus.

Pourquoi les détenus du centre de détention d’Uzerche se sont-ils rebellés ?

Conséquence du confinement général de la population française, la suspension des parloirs pour les familles rendant visite aux détenus a été annoncée mardi. Des incidents ont éclaté dans plusieurs établissements pénitentiaires, notamment à Grasse (Alpes-Maritimes) ou, ce dimanche, à Uzerche. Selon plusieurs sources proches du dossier, les détenus ont voulu protester contre cette mesure de restrictions. « Ils ont certainement rebondi sur ces mesures restrictives, mais un appel à la mutinerie a été lancé dimanche sur Snapchat et honnêtement, ce mouvement restera l’un des plus importants, Uzerche est le centre le plus touché », note Raphaël Jolin, de SNP-FO.

L’administration pénitentiaire a recensé depuis mardi « une trentaine de mouvements collectifs », dont « 24-25 se sont limités à des refus de réintégrer » les cellules à l’heure prévue après les promenades dans les cours des prisons.

Que s’est-il passé exactement ?

La « mutinerie » a commencé peu après 17 heures, à l’heure de la promenade. « Il y avait beaucoup de monde dehors, une quarantaine de détenus est montée sur les toits, puis d’autres ont très vite rejoint les rangs, certains ont mis le feu à des matelas, détaille à 20 Minutes Raphaël Jolin. Des personnes sur le toit ont presque atteint la sortie mais ont été repoussées au gomme-cogne. » Les interventions d’une équipe régionale d’intervention et de sécurité (Eris) et d’un escadron de Limoges « ont été nécessaires pour rétablir le calme » vers une heure du matin, a expliqué lors d’un point presse la préfète Fabienne Buccio.

Le SNP-FO précise que plusieurs détenus ont été hospitalisés, après avoir été asphyxiés à la suite d’un départ de feu. De son côté, la préfecture indique que plus de 200 cellules ou lits ont été dégradés, saccagés ou brûlés et seraient « inutilisables ». « Deux bâtiments complets sont démolis, ils sont inexploitables. Nous n’avons plus d’ordinateur. C’est un carnage, estime Raphaël Jolin, ajoutant que le personnel du centre de détention n’avait aujourd’hui plus de moyens de surveillance : « Il y a de l’eau partout, plus de lumière, plus de moyens de contrôle. Tout est mort. » Selon plusieurs sources concordantes, plus de 300 détenus seraient « en train d’être repartis dans les autres centres de la Nouvelle-Aquitaine ».

Que prévoit la direction de l’administration pénitentiaire ?

En pleine épidémie de Covid-19, les effectifs des personnels pénitentiaires étant réduits, la direction de l’administration pénitentiaire (DAP) a affirmé que sa réponse serait « ferme » face aux violences et dégradations. Outre des poursuites pénales et des sanctions disciplinaires, « les détenus qui participent à des mouvements collectifs ne bénéficieront pas des dispositifs exceptionnels » sur lesquels travaille le ministère de la Justice pour réduire la population carcérale, a insisté la DAP.

Appelée depuis plusieurs jours à libérer « massivement » et en « urgence » des détenus afin d’éviter une crise sanitaire et sécuritaire dans le huis clos de la détention, la garde des Sceaux Nicole Belloubet a, de son côté, ouvert la voie à la libération anticipée de détenus malades et d’autres en fin de peine. La ministre a également donné instruction de ne pas mettre à exécution les courtes peines d’emprisonnement pour ne pas intégrer de nouvelles personnes en prison. Ce lundi entrent, par ailleurs, en vigueur les mesures compensant la suspension des parloirs : télévision gratuite pour tous les détenus, forfait téléphonique et aide pécuniaire pour les plus démunis.