Coronavirus : Droit de retrait, absentéisme des facteurs... La distribution du courrier sera « perturbée »

EPIDEMIE A Bordeaux ou Grenoble, les employés de La Poste font jouer leur droit de retrait

Marion Pignot
— 
Un facteur avec un masque pour se protéger d'éventuel cas de coronavirus pendant sa tournée.
Un facteur avec un masque pour se protéger d'éventuel cas de coronavirus pendant sa tournée. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • A Bordeaux et à Grenoble, SUD PTT a appelé les postiers à exercer leur droit de retrait et la distribution du courrier est perturbée.
  • Le syndicat dénonce les mesures prises par La Poste face à l'épidémie de coronavirus, qu'il estime « insuffisantes pour protéger la santé des postiers et celle de leurs clients ».
  • De son côté, La Poste réfute tout manquement à la sécurité de ses agents, assure qu'elle poursuivra sa mission de service public mais que la distribution du courrier devrait être « forcément perturbée ».

L’épidémie de coronavirus n’épargne pas La Poste qui, ce mardi, doit aussi composer avec des agents en colère, en Gironde, dans le Puy-de-Dôme, l'Aube, le Finistère, le Val-de-Marne, la Sarthe et les Hauts-de-Seine ou en Isère. A l’appel de SUD étant, des postiers exercent leur droit de retrait, estimant « insuffisantes » les mesures prises par La Poste face à l’épidémie de coronavirus. Ces droits de retrait ont un impact « minime » sur la distribution du courrier « par rapport à l’absentéisme lié au coronavirus », assure à 20 Minutes l’entreprise de service public, qui a vu le matin même 80 % de ses 73.000 facteurs partir faire leur tournée.

« Des agents ont des enfants et doivent les garder, donc forcément la distribution sera perturbée, certaines plateformes de tri ne seront peut-être pas livrées à temps et les garanties de délais pas respectées. Il faudra être patient et indulgent », détaille La Poste. Quid de ce droit de retrait qui devrait se prolonger et essaimer dans les bureaux du territoire ? C’est en interne, « dans le cadre du dialogue social en vigueur que la question sera réglée », répond La Poste qui rappelle être « considérée par l’Etat comme un "opérateur d’importance vitale (OIV)" qui doit assurer ses missions de service public ».

En pleine épidémie de coronavirus, l’OIV se doit donc de « garantir la distribution du courrier et d’ouvrir des bureaux donnant accès au cash », soit deux de ses quatre missions habituelles [contribuer à l’aménagement du territoire et le portage de la presse sont les deux autres]. « On doit assurer ces services essentiels afin que personne ne soit mis à l’écart, poursuit La Poste. Nous le faisons aujourd’hui sans aucun manquement à la sécurité de nos agents. »

Arrêter avec « le confinement à deux vitesses »

A Bordeaux ou Grenoble, SUD étant n’est pas de cet avis. « Tous les médecins nous disent de réduire les contacts et, nous, on les multiplie », lâche Julien Colas, de l’antenne girondine du syndicat. Depuis ce lundi, des employés font donc jouer leur droit de retrait et ce dernier devrait « s’intensifier jusqu’à ce que la direction prenne toutes les mesures pour sécuriser nos postes de travail ». Le syndicat précise à 20 Minutes que « plus de 150 agents travaillent les uns à côté des autres à l’hôtel de la logistique urbaine (HLU) de Bordeaux nord, sans masque, sans gants et sans gel alors qu’un agent aurait signalé que sa femme avait été testée positive au coronavirus. » Ce que La Poste dément « formellement ».

Enfin, des agents exercent, ce mardi, leur droit de retrait dans une dizaine d’établissements de Gironde qui arrosent en courrier le département, quand des facteurs reçoivent « de la directrice du centre de Mériadeck des attestations de travail pour remplir leur mission de service public ». « Nous voulons des directives claires, pas de confinement à deux vitesses, précise Julien Colas. On ne peut pas dire à l’un "partez en tournée" et à l’autre, "restez chez vous". Dire aux bureaux de poste "ne faites surtout pas d’opérations bancaires" et mettre en danger les facteurs qui rencontrent des personnes âgées, touchent des boîtes aux lettres, des portes d’entrée. »

« Une bouteille d’eau, un paquet de mouchoirs jetables et un sac-poubelle : c’est tout ce que la Poste a fourni aux facteurs au lendemain de l’allocution du président, dénonce François Marchive, responsable de Sud PTT Isère-Savoie. Des mesures ont été prises dans les bureaux de poste, mais du côté des facteurs, rien n’est fait. Les agents mettent leur vie en danger. »

Déposer le colis à la porte, désinfecter les boîtiers

« Nous suivons scrupuleusement les règles depuis le début de l’épidémie de coronavirus et les recommandations sont inscrites dans chaque site. Nos facteurs doivent respecter le mètre de distanciation, déposer les colis devant la porte, désinfecter les boîtiers sur lesquels les clients confirment la réception des recommandés », indique La Poste. Du gel hydroalcoolique et des lingettes désinfectantes auraient également été commandés et seraient « en cours d’acheminement » vers les 2.300 sites de la branche services courrier colis et les bureaux de poste.

Ce mardi, sur tout le territoire national 1.600 bureaux de poste étaient ouverts sur 7.740, assurant les deux opérations prioritaires et 90 % des tournées ont été assurées en Nouvelle-Aquitaine, glisse La Poste qui note que 28 bureaux restaient ouverts en Gironde. Julien Colas assure, lui, que le mouvement ne fait que commencer et qu’avec « la montée en puissance de l’épidémie de nombreux facteurs préféreront faire jouer leur droit de retrait ». De son côté, Sud étant Isère-Savoie a fait savoir qu’il allait « demander à être reçu par le préfet et à avoir un contact avec le cabinet du ministre de la Santé » Olivier Véran, ancien député de l’Isère.