Coronavirus à Bordeaux : Les restaurateurs vident leurs frigos, les associations débordées

GROS HIC A Bordeaux, des restaurateurs obligés de fermer tentent de vider leurs frigos mais se heurtent à des associations « dans le flou »

Marion Pignot

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Obligés de fermer à cause de l'épidémie de coronavirus, beaucoup de restaurateurs bordelais ont tenté, lundi 16 mars 2020, de vider leurs frigos.
Obligés de fermer à cause de l'épidémie de coronavirus, beaucoup de restaurateurs bordelais ont tenté, lundi 16 mars 2020, de vider leurs frigos. — Marion Pignot
  • Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé, samedi, la fermeture de tous les lieux publics « non indispensables ». Les bars, les restaurants ou encore les cafés étaient appelés à fermer à partir de minuit.
  • A Bordeaux, ce lundi, les restaurateurs s’organisaient pour vider leurs frigos. Beaucoup ont posté des annonces sur les réseaux sociaux ou passé un coup de fil aux Restos du cœur.
  • Suspendus aux mesures « anti-coronavirus » du gouvernement, les Restos comme la Banque alimentaire ou le Secours populaire ont dû refuser ces précieux stocks.

« On en sauve le plus possible. J’en donne à mon personnel, aux amis et aux clients qui passent. » Comme beaucoup de restaurateurs bordelais, Pierre Skawinski a ouvert son enseigne ce lundi pour « faire le tri » et pour « s’organiser » avant de rouvrir quand « l’épidémie de coronavirus sera dernière nous ». Quand le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé, samedi, la fermeture de tous les lieux publics « non indispensables », le gérant du Paus’K a tout de suite pensé à « vider les frigos », refusant de jeter la nourriture en péril. Même chose du côté du Bistro Régent, bien connu des Bordelais. Seul hic, le coronavirus est plus fort que ces bonnes intentions.

Saturés d’appels, la Banque alimentaire ou les Restos du cœur n’ont pu que refuser les dons. « On est suspendus aux annonces du président ce soir. Jusqu’ici nous avions une dérogation pour continuer à distribuer de la nourriture, mais comme cela risque de changer on est obligé de refuser, répond-on aux Restos du cœur qui, de plus, ne voudraient pas mettre leurs « bénévoles sexagénaires en danger ».

« Ne laisser personne sur le carreau »

Même réponse du côté de la Banque alimentaire : « C’est désolant mais nous sommes obligés de refuser. D’autant que nous venons de recevoir un énorme arrivage du Sivu (cuisine centrale) de Bordeaux-Mérignac ». La Banque alimentaire de Gironde a réuni son comité de direction (codir) afin de prendre de nouvelles mesures protégeant notamment ses bénévoles à risque. Des mesures « qui pourront changer dès ce soir ».

Pierre Skawinski a, lui, été livré vendredi. « Les stocks sont au max et je ferme à 15 heures, aujourd’hui. On nous aurait prévenus au moins 72 heures à l’avance, on aurait pu s’organiser un peu avec les assos ou autres. Mais là, quatre heures avant la fermeture, c’était impossible ». « On est encore dans le flou, mais on s’adaptera pour ne laisser personne sur le carreau, précise la Banque alimentaire. En attendant, on ne peut pas prendre le risque d’accepter des denrées sachant que nos associations ne pourront peut-être pas les récupérer. »

« Les restaurateurs sont si cool depuis ce matin »

Le Bistro Régent qui a, ce lundi matin, « très vite contacté les Restos du cœur », s’est donc heurté à la loi Covid-19, soit « pas de contact, pas de bénévoles » pour réceptionner onglets de bœuf et magrets de canard. « Ils étaient débordés alors on s’est vite réunis et on a décidé de distribuer les stocks de nos enseignes bordelaises aux 149 membres du personnel », détaille le patron Marc Vanhove.

« Les associations sont débordées, je n’ai même pas réussi à les joindre. Et je ne veux pas me tourner vers la livraison à vélo car c’est mettre en danger les livreurs. Alors, il faut trouver la parade pour vider les frigos, avance Nicolas Meynard, qui claquemure ses deux restaurants de la rue Saint-Rémi. Dans le coffre de sa voiture, des cageots de fruits, des Tupperwares bien remplis qu’il va « distribuer aux amis, à la famille ».

Plus loin, Pierre Skawinski a, lui, fini par poster une annonce sur les réseaux sociaux. Son resto est pris d’assaut. A deux rues de là, Louis, jeune sans-abri, se précipite en lâchant un « merci pour l’info. Les restaurateurs sont si cool depuis ce matin. Je n’ai jamais eu autant à manger. On m’a même fait cuire un steak. »

Pour éviter de jeter « la nourriture qui peut être sauvée », les restaurateurs, comme Nicolas Lascombes, de la Brasserie Bordelaise, se sont tournés vers leurs partenaires comme Too Good to Go, l’appli anti-gaspi qui sillonne les rues bordelaises, ou , nouvelle appli lancée à Bordeaux par Bruno Houppenmas qui, ce lundi midi, se tient juste en face de lui. Certains ont choisi de poster une annonce sur la page Facebook Resto & nous, créée pour mettre en contact restaurateurs et affamés de Nouvelle-Aquitaine. Enfin, d’autres ont lancé leur  , tel le Papà Lello. L’objectif ? Se servir (avec ses propres contenants et ses gants de protection) jusqu’à 18 heures ce lundi soir et donner les euros que l’on veut (tout en respectant les restaurateurs qui « en ont gros »).