Bordeaux : Avec JonOne et l'institut Magrez, « l’art urbain passe de la friche au château »

CULTURE A Bordeaux, l'institut Bernard-Magrez veut devenir la « référence du street art » en France

Marion Pignot
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Le graffeur JonOne expose jusqu'au du 11 mars au 7 juin 2020 au Château Labottière, à Bordeaux.
Le graffeur JonOne expose jusqu'au du 11 mars au 7 juin 2020 au Château Labottière, à Bordeaux. — Marion Pignot
  • Le château Labottière, à Bordeaux, reçoit jusqu’au 7 juin l’exposition « Free Spirit » du graffeur américaine JonOne. C’est la première fois que l’artiste réalise des œuvres in situ.
  • En organisant cette exposition, l’institut Magrez, récemment entré dans la cour des grandes places du street art, espère asseoir sa notoriété dans le milieu.
  • Il mise également sur la venue, dans trois mois et pour une exposition commune, de huit pionniers français du genre, parmi lesquels Speedy Graphito, Jacques Villeglé et Jérôme Mesnager.

« C’est notre mission depuis un an : que l’institut Bernard-Magrez devienne la référence du street art en France. » Dans la rotonde, du château Labottière, à Bordeaux, Aurélien Desailloud lance ce mercredi l’exposition « Free Spirit » de JonOne et le directeur artistique de l’institut sait qu’il a choisi un « parrain » de poids. JonOne, c’est le graffeur que le monde du street art s’arrache et l’institut Magrez vient de décrocher la première exposition in situ de l’américain en France.

« JonOne était déjà venu il y a cinq ans et ça s’était bien passé, poursuit Aurélien Desailloud. On l’a appelé et il a été séduit tout de suite par notre projet. » Soit de faire une rétrospective qui ne dit pas son nom et de donner carte blanche au New-Yorkais pour « repeindre » durant sa résidence le premier étage de l’hôtel particulier du XVIIIe siècle. Résultat, une « chambre d’ado comme chez » sa mère avec pots de peinture à l’abandon et échafaudage en plein centre ou des splashs de peintures, des coulures et des « drippings » que les visiteurs pourront piétiner.

JonOne, devant la Jaguar du collectionneur Bernard Magrez, « pimpée » et exposée devant le château Labottière, à Bordeaux.
JonOne, devant la Jaguar du collectionneur Bernard Magrez, « pimpée » et exposée devant le château Labottière, à Bordeaux. - Marion Pignot

Le « King of Harlem » est un ami de longue date de Bernard Margrez, « amoureux de l’art », selon Aurélien Desailloud et « précurseur malgré son jeune âge », blague John Perello alias JonOne. Le collectionneur détient plus d’une centaine d’œuvres d’art urbain signées d’artistes reconnus et vient de se faire « pimper » sa Jaguar par l’artiste de rue. « Il voit tout de suite quand ça va plaire et a vu d’emblée que j’avais quelque chose à raconter », explique JonOne qui estime que le château Labottière est le plus beau lieu qu’il a investi. « Il y a des fantômes je crois, j’ai senti un truc. Il a une vraie énergie », explique le graffeur qui a mis sept jours et sept nuits à redécorer l’étage de la bâtisse.

« Le street art a le vent en poupe depuis une dizaine d’années »

Un hôtel cossu qui mise tout sur la popularité de l’Américain pour enfin gagner en notoriété dans le milieu du street art et remplir son objectif 2019. « Le choix est bon, assure William Speestra, collectionneur et mécène qui a découvert JonOne à ses débuts, il y a plus de quinze ans. Le street art a le vent en poupe depuis une dizaine d’années. Les institutions muséales et les fondations privées s’y intéressent, intriguées par le succès de Banksy, d’Invader ou de Swoon. Et aujourd’hui il n’y a plus une expo ou une vente de street art qui se fasse sans un JonOne. » Et les œuvres à l’huile ou à l’acrylique de l’ex-graffeur du métro se vendent désormais jusqu’à 90.000 euros, « voire plus durant les enchères ».

Depuis 1981 et la première exposition de graffitis au Musée des monuments français, l’art urbain a fait son chemin. Jusqu’à l’institut de la rue Labottière qui mise sur la niche et un « Magrez visionnaire », selon William Speestra, pour mettre en avant « un style qui est celui de l’interdit, du danger et de la rébellion ». « En trente ans, l’art urbain est passé de la friche au château », glissera durant l’avant-première de l’expo Roswitha Guillemin, du Street art Journal. La punchline résume la position de l’institut Magrez qui dans trois mois ouvrira ses portes à Speedy Graphito, Jacques Villeglé, Jérôme Mesnager et à cinq autres pionniers du street art qui ont refait les murs dans les années 1970.

Exposition « Free Spirit » au Château Labottière, du 11 mars 2020 au 07 juin. Plein tarif : 8 euros / Tarif réduit : 6 euros. Gratuit pour les – 12 ans, demandeurs d’emploi et tous les premiers dimanches du mois