Bordeaux : Les logements vacants, une « solution miracle » face à la crise de l’immobilier ?

IMMOBILIER Régulièrement ressorti comme une solution pour régler la crise immobilière, le sujet de la mobilisation des logements vacants est en réalité plus complexe qu’il n’y paraît

Mickaël Bosredon
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Illustration immobilier à Bordeaux
Illustration immobilier à Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes
  • La question des logements vacants à Bordeaux a fait l’objet d’un échange lundi en conseil municipal entre la majorité et l’opposition.
  • Si l’on recense bien plus de 20.000 logements vacants à Bordeaux, en réalité seuls 4.180 font l’objet de la taxe sur les logements vacants, soit 3 % du parc.
  • Les résidences secondaires, font, elles, l’objet d’une surtaxe d’habitation de 50 %.

La mobilisation des logements vacants. Un sujet qui ne manque pas d’être ressorti des cartons à chaque élection municipale, et présenté parfois comme solution miracle face à la crise immobilière. Il s’est invité au dernier conseil de Bordeaux, lundi, au moment d’aborder la question des taxes locales.

Le conseiller d’opposition Pierre Hurmic, tête de la liste Bordeaux Respire (EELV-PS-PC) pour les élections municipales, s’est en effet agacé « de ne pas avoir de chiffre stable sur les logements vacants : on nous en a donné un en commission, puis Fabien Robert [premier adjoint au maire Nicolas Florian] en a donné un autre en conseil municipal… Il n’existe pas d’étude précise non plus : certains logements sont vacants pour de bonnes raisons (travaux, courte durée…) mais d’autres sont là depuis longtemps ou sont de purs produits spéculatifs gérés par des banques ou des organismes financiers, qui doivent être mobilisés. Mais faisons d’abord cet inventaire, d’autant plus qu’il y a beaucoup d’appartements vétustes qui appartiennent à des personnes âgées, qui n’ont pas les moyens de les rénover, et nous pourrions les aider en échange de quoi ils s’engageraient à faire du logement social pendant quelques années. »

Quelque 19.000 habitations exonérées de la taxe sur les logements vacants

Fabien Robert revient pour 20 Minutes sur ces chiffres. « Il existe deux chiffres, explique-t-il, mais la source Insee ne nous paraît pas la plus intéressante car elle ne tient pas compte de la vacance conjoncturelle, à savoir les logements en travaux, les immeubles en restructuration, les successions… Nous nous basons donc sur les données fiscales, sur lesquelles se base la taxe sur les logements vacants (TLV) qui rapporte deux millions d’euros par an à l’Anah (Agence nationale d’amélioration de l’habitat). »

Au 1er janvier 2019, il y avait 23.028 locaux d’habitation vacants, dont 19.000 exonérés de la taxation. » Les résidences secondaires, les logements détenus par des organismes HLM, ou ceux dont la durée d’occupation est supérieure à 90 jours consécutifs durant une année, ne sont effectivement pas soumis à la TLV. Il ne reste donc « que » 4.180 logements réellement vacants sur le marché, « soit 3 % du parc », assure Fabien Robert.

Les résidences secondaires surtaxées à 50 %

Les résidences secondaires font en revanche l’objet d'une taxe d'habitation majorée, autorisée depuis 2015 et revue à la hausse en 2017. Les villes concernées (situées en zones tendues) peuvent surtaxer de 5 % à 60 %. Une décision gouvernementale pour inciter les propriétaires à remettre leur bien sur le marché de la location.

Le conseil de Bordeaux avait décidé en 2018 de faire passer cette surtaxe de 20 % à 50 %. « Nous avons tous le droit d’avoir une résidence secondaire, reconnaît Fabien Robert, toutefois nous avons pris cette mesure en 2018 car nous pensons qu’elle peut permettre de remettre un certain nombre de ces logements [environ 14.000] sur le marché classique. »

Pierre Hurmic estime cependant que la majorité ne va pas assez loin, et se prive d’une recette de près de 528.000 euros par an. « La loi nous donne la possibilité de taxer les résidences secondaires jusqu’à 60 %, allons au bout, à l’instar de Paris et Lyon », réclame-t-il.

« Pour avoir plus de logements il faut construire »

La majorité municipale s’agace, elle, que le débat sur le logement tourne autour de cette question de la vacance. « Nos adversaires présentent ce sujet comme la solution miracle pour remettre des logements sur le marché, et avancent le chiffre de 20.000 logements vacants, ce qui est donc une plaisanterie, dénonce Fabien Robert. L’enjeu n’est pas sur la vacance, qui est faible. Nous savons que pour avoir plus de logements il faut construire. »

Et le premier adjoint de citer un chiffre : « Rien que pour contenir le même nombre d’habitants, Bordeaux doit construire 700 logements par an, pour les enfants ou les divorces… Donc quand on m’explique que l’on va arrêter les grandes opérations urbaines, il faut qu’on me dise où on va créer du logement. »