« Je garde de ces vingt années des moments douloureux où Alain Juppé m’a un peu méprisée », confie Michèle Delaunay

MANDAT Figure de l’opposition socialiste à Bordeaux, l’ancienne ministre chargée des Personnes âgées se retirera de la vie politique à l’issue de son dernier conseil municipal ce lundi

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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L'ancienne ministre Michèle Delaunay, lors de son dernier conseil de Bordeaux, le 2 mars 2020.
L'ancienne ministre Michèle Delaunay, lors de son dernier conseil de Bordeaux, le 2 mars 2020. — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Michèle Delaunay est élue au conseil de Bordeaux, dans l’opposition, depuis 2001.
  • Son principal fait d’arme restera sa victoire contre Alain Juppé aux législatives de 2007.
  • De 2012 à 2014, elle a aussi été ministre en charge des Personnes âgées sous François Hollande.

Vingt ans de conseil municipal. Elue pour la première fois en 2001, la socialiste Michèle Delaunay vit ce lundi  son dernier conseil municipal de Bordeaux, puisqu’elle avait annoncé il y a quelques mois son intention de ne pas se représenter aux prochaines municipales. Ministre des Personnes âgées de 2012 à 2014 sous François Hollande, elle a marqué la vie politique locale en battant, à la surprise générale, Alain Juppé aux législatives de 2007, ce qui avait entraîné sa démission du gouvernement Fillon. Elle est toutefois restée dans l’opposition tout au long de sa carrière municipale, ce qu’elle n’a pas franchement bien vécu. 20Minutes l’a interrogée à l’occasion de ce dernier conseil.

Ce dernier conseil est-il spécial pour vous ?

Un peu, évidemment. J’adore prendre la parole, en essayant de dire des choses qui ont un sens, et je ne prendrai plus la parole dans ce beau lieu. Mais je n’ai pas de regret véritable, car lorsque je fais le bilan de ces vingt années de conseil, c’est beaucoup de travail pour peu d’actes positifs. Ici, on est assigné à l’opposition, c’est-à-dire qu’on ne peut pas proposer ou améliorer une délibération. Exceptionnellement, quelques maires acceptent une proposition et la font passer…

Mais c’est spécifique au conseil de Bordeaux, ou c’est le lot de toute opposition municipale ?

Ce qui a longtemps été particulier à Bordeaux, cela a été la personnalité d’Alain Juppé, qui accédait peu aux propositions. Et j’ose dire particulièrement aux miennes. Mais c’est vrai que la réglementation même d’un conseil municipal n’ouvre pas cette possibilité. Quand on est à l’assemblée, même quand on est en petit nombre dans l’opposition, vous pouvez faire des amendements, et il n’est pas exceptionnel qu’ils soient retenus. Et vous pouvez, ce qui est encore mieux, faire des propositions de loi. J’en ai fait passer quelques-unes. Mais ici ce n’est pas possible.

Le rôle d’une opposition dans un conseil reste important, tout de même ?

Le rôle de contrôle, de discussion, est important. Mais le rôle propositionnel est trop négligé. Je pense qu’il y a mieux à faire, car les citoyens veulent participer. Quand ils nous ont élus, avec des scores qui n’étaient pas minables, ils voulaient que cela serve à quelque chose, qu’on apporte ce que l’on portait durant notre campagne. C’est un déficit de notre démocratie.

Vous avez quand même le sentiment d’avoir pu faire avancer quelques dossiers ?

Très peu. Sur le tabac, et j’ai eu quelques succès pour que le dépistage contre le Sida soit inclus dans le plan local de santé. J’ai introduit quelques noms de rue, comme Sophie Scholl décapitée pour avoir combattu le nazisme, et je vais le faire encore pour ce dernier conseil en proposant Pierre Mendès France. C’est une très belle figure républicaine.

Est-ce que vous garderez en tête un moment ou un conseil particulier de ces vingt années ?

Je garde des fragments de moments douloureux où Alain Juppé m’a un peu méprisée, et même ostensiblement durant la période des législatives où je l’avais battu, c’est-à-dire au moins pendant cinq ans. C’est très pénible, car je suis très républicaine, et je pense que tout élu représente la République et doit être respecté. Mais le moment que je garde en tête, c’est celui où Alain Juppé a été battu aux primaires de la présidentielle. Il est de ma génération, et c’est une génération qui est arrivée par le travail. C’est particulièrement vrai pour lui. C’était l’espoir de sa vie cette présidentielle, la concrétisation d’une carrière. Là, j’ai complètement compris ce qu’il vivait.