Bordeaux : Après le garde-meubles entre particuliers, jestocke veut « répondre aux enjeux de la livraison en ville »

INTERVIEW Après s’être imposée sur le marché du garde-meubles entre particuliers, la start-up de Bègles, près de Bordeaux, attaque le marché du stockage pour le e-commerce et pour la livraison en ville

Mickaël Bosredon

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L'équipe de la start-up jestocke.com, garde-meubles entre particuliers.
L'équipe de la start-up jestocke.com, garde-meubles entre particuliers. — jestocke.com
  • Lancée en 2014 sur le marché des particuliers, jestocke.com a peu à peu intéressé les professionnels du BTP et les commerçants pour du stockage de matériel.
  • La start-up béglaise entend désormais répondre aux défis posés par l'e-commerce et la livraison dans les grands centres urbains.
  • Pour cela elle vient de lever 1,7 million d’euros auprès d’investisseurs.

Leader français du garde-meubles entre particuliers, la start-up béglaise jestocke.com vise maintenant le marché des professionnels. Installée dans les anciens locaux de DDP (les Docks Dupont) à Bègles près de Bordeaux, l’entreprise créée en 2014 par Laure Courty, emploie désormais une vingtaine de salariés, et vient de réaliser une nouvelle levée de fonds qui va lui permettre de recruter et d’accélérer sur l’enjeu de la logistique urbaine. Laure Courty a répondu aux questions de 20 Minutes.

Laure Courty, directrice générale de jestocke.com

Comment est-ce que le marché du stockage a évolué depuis votre lancement ?

En 2014, l’idée de départ de jestocke était, face à la flambée des prix de l’immobilier, de proposer de la location de m2 supplémentaires pour entreposer des affaires dont on n’a pas besoin de manière constante dans son appartement. Nous faisions de la mise en relation de particuliers pour du stockage temporaire. Progressivement nous avons commencé à travailler avec des bailleurs sociaux, sur la vacance de leurs garages boxés, et cela a intéressé des acteurs du BTP, des commerçants ou des restaurateurs… Ces surfaces leur correspondaient parfaitement, que ce soit en milieu urbain ou en périphérie des villes, par exemple pour des besoins de chantiers temporaires. Et plus le marché du e-commerce explosait, plus les enjeux de stockage devenaient prégnants, et notre solution devenait une véritable carte à jouer.

Avez-vous senti dès le début ce marché à destination des professionnels ?

Non, nous n’avions pas identifié ce marché à notre lancement, mais nous sommes arrivés au bon moment, avec en plus toute l’expérience emmagasinée auprès des particuliers, que cela concerne les questions d’assurances, la gestion des impayés ou de la data…

Vous avez réalisé il y a quelques jours une nouvelle levée de fonds d’1,7 million d’euros auprès d’investisseurs, c’est pour développer ce marché professionnel ?

Oui, il faut qu’on se développe sur la partie professionnelle, en répondant aux enjeux de logistique urbaine et de la livraison en ville. Parmi les défis à relever, il y a celui des e-commerçants qui sont obligés d’éclater leurs stocks pour mailler le territoire et livrer leurs clients le plus vite possible. Autre enjeu : pour répondre à l’évolution des centres urbains et des mobilités douces, il manque un maillon dans la chaîne de la logistique : le maillon urbain. Il existe d’énormes plateformes de stockage en rase campagne, il y a des entrepôts de 8.000-9.000 m2 à la périphérie des grandes villes, mais il manque le dernier maillon qui permettra de faire de la mobilité douce pour distribuer en centre-ville. Et on pense que demain, il faudra des relais de stockage intra-muros d’où partiront de petits véhicules type triporteurs. Ces nouveaux lieux, on ne va pas les fabriquer mais réutiliser du patrimoine qui dort aujourd’hui, comme le patrimoine qui était destiné à l’archivage.

Sur quels autres développements travaillez-vous ?

Nous voulons aussi faire évoluer notre produit pour qu’il soit 100 % digital, et permettre de piloter l’ouverture et la fermeture des locaux à distance. Pour cela il faut développer de la technologie.

Vous êtes présent surtout dans les grands centres urbains ?

Nous sommes présents sur toutes les métropoles en France, et nous réalisons la majorité de notre chiffre d’affaires en ville. Mais pas seulement : le parc de box des bailleurs sociaux est éclaté sur le territoire, et la vacance se situe généralement à la périphérie des villes, parce que ce sont des zones où il n’y a pas de problème de stationnement, donc les gens rendent leurs garages. C’est cela qu’on exploite, et on arrive à avoir des taux de remplissage de quasiment 100 %.

Quel est le type de stockage que vous proposez ?

Nous proposons 1,275 million de m3 de stockage. Il s’agit généralement de box fermés, d’une surface de 12 m2 environ. Le temps de location est passé de six mois au démarrage de notre activité, à douze mois en moyenne. Nous proposons aussi des caves, plutôt à destination des particuliers. C’est un marché qui se développe.

Et votre modèle économique diffère selon que vous vous adressiez à des particuliers ou à des professionnels ?

On prend des frais de service sur chaque location qui se fait sur notre plateforme, que ce soit un garage, une cave ou des m2 dans un entrepôt. Sur la partie grands comptes, notamment les bailleurs sociaux, on se met d’accord sur une répartition du chiffre d’affaires, ou sur un modèle de redevance en fonction du remplissage de l’espace de stockage.