Bordeaux : Un réseau qui droguait des mineurs isolés et les poussait à voler a été démantelé

ENQUETE Les commanditaires d’un réseau de recel de vol en bande organisée impliquant des mineurs non accompagnés (MNA) vient d’être démantelé par le groupe d’enquête spécialisé de la sûreté départementale de la Gironde

Elsa Provenzano

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De nombreux téléphones, et tablettes ont été saisis ans le cadre de l'opération de démantèlement du réseau de recel.
De nombreux téléphones, et tablettes ont été saisis ans le cadre de l'opération de démantèlement du réseau de recel. — DDSP33
  • Le groupe d’enquête mineurs non accompagnés (MNA) de la sûreté départementale de la Gironde vient de démanteler un réseau de recel.
  • Six interpellations ont eu lieu et de nombreux objets volés ont été saisis dans des véhicules destinés à se rendre en Algérie.
  • Des MNA étaient drogués et employés pour voler à la solde de ce réseau.

C’est une belle opération pour le groupe d’enquête MNA (mineurs non accompagnés) de la sûreté départementale de la Gironde, fraîchement créé en septembre 2019 pour répondre à la problématique grandissante de jeunes (se présentant comme mineurs alors qu’ils sont parfois majeurs) et commettant des délits sur l’agglomération bordelaise.

Le 18 février au matin, le groupe a interpellé six personnes pour vols en bande organisée et recel de vol en bande organisée impliquant des mineurs non accompagnés. Deux d’entre elles seront prochainement convoquées par le juge instructeur et les quatre autres sont déférées ce vendredi et présentées au juge d’instruction.

Les objets volés écoulés en Algérie

« On avait commencé à travailler sur une entreprise familiale sans pouvoir mettre en exergue la réalité du réseau et, depuis novembre, de nouveaux éléments nous ont permis d’ouvrir une enquête », détaille Ronan Illien, commandant de police et responsable du groupe MNA. Grâce à un travail d’écoutes téléphoniques et de surveillance, le groupe parvient à comprendre que le réseau de recel s’organise autour d’une famille algérienne, et que des allers-retours ont lieu tous les mois avec l’Algérie, depuis plusieurs années.

« On a matérialisé un premier départ et on a pu interpeller plusieurs membres du réseau et des véhicules chargés d’objets volés », précise Ronan Illien. Au total 91 téléphones volés, des vélos, des appareils Hifi, 19 ordinateurs portables, des tablettes, 25 montres et de nombreux bijoux en or, 37.155 euros en liquide et deux véhicules ont été saisis dans cette affaire. « On a découvert une fiche de commandes avec une valeur pour chaque objet, et l’équivalent des prix en dinars algériens, ajoute le responsable du groupe MNA. On a aussi pu identifier l’intermédiaire, qui mettait en liaison voleurs et receleurs ».

Des mineurs drogués par les têtes de réseau

Autant d’objets qui sont amenés aux têtes de réseaux par de jeunes mineurs vivant dans des squats de l’agglomération et agissant sous l’emprise de la drogue. La police a mis également la main sur 589 boîtes de médicaments opiacés « destinés à mettre en condition les mineurs », explique le commandant de police. Les mineurs touchaient une commission en fonction de la valeur des objets volés pour le réseau.

Il est difficile d’évaluer le nombre de jeunes captés par ce réseau sur l’agglomération bordelaise mais il pourrait se situer entre 50 à 100, selon la police. Pour ramener leur butin, ils se livrent à des vols à la tire à la sortie de boîtes de nuit ou dans le tramway et à des vols à l’arraché, en particulier pour les bijoux, dans la rue. Depuis un an, la police a aussi noté une augmentation des cambriolages de petits commerces, notamment très tôt le matin.

« Cette cellule est fortement utile car le phénomène des MNA est particulièrement prégnant à Bordeaux et ses résultats sont très rapides, se félicite Nicolas Perez, commissaire de police. Ce n’est plus une cellule mais un groupe intégré à la sûreté départementale qui va perdurer. »