Bordeaux : « La situation va devenir explosive si on arrête de construire », estime la fédération des promoteurs

URBANISME Les acteurs locaux du secteur du bâtiment ont adressé un message ce jeudi aux candidats aux municipales qui veulent lever le pied sur les constructions qui sortent de terre sur la métropole bordelaise

Elsa Provenzano

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De nouveaux bâtiments en hauteur sont sortis de terre en bord de Garonne.
De nouveaux bâtiments en hauteur sont sortis de terre en bord de Garonne. — GEORGES GOBET / AFP
  • Les acteurs de la construction adressent ce jeudi un message aux candidats aux municipales qui veulent freiner les constructions sur la métropole bordelaise.
  • Pour répondre à la demande dans une ville très attractive, ils estiment qu’il faut continuer à construire massivement en cherchant un modèle de densité à la bordelaise.
  • Si un manque d’équipements est pointé, ils plaident pour un rattrapage en la matière, sans cesser la construction de logements.

Constatant que certains élus et habitants partagent l’idée qu’on aurait trop construit à Bordeaux, la filière de la construction locale a pris la parole ce jeudi pour faire part de ses craintes, à la veille des élections municipales qui se tiennent les 15 et 22 mars.

« Une politique de logement ne s’apprécie pas à l’aune du sentiment de ceux qui sont déjà logés mais des besoins de ceux qui ne le sont pas ou mal », estiment les acteurs de la construction (fédération du bâtiment, des promoteurs, des travaux publics et ordre des architectes) dans leur communiqué commun.

Construire de concert logements et équipements

Or, selon les chiffres de la métropole, il faudrait produire 10.000 nouveaux logements chaque année sur l’agglomération. « Et on a déjà 3.000 logements de retard par an alors la situation va devenir explosive si on arrête de construire, prévient Arnaud Roussel-Prouvost, président de la fédération des promoteurs immobiliers de la Nouvelle-Aquitaine. Il y a déjà eu en 2019 une baisse de 30 % des mises en vente dans le neuf par rapport à 2018 ».

Les candidats ont bien entendu l’exaspération des Bordelais sur l’explosion des prix de l’immobilier depuis 2015 et la saturation des axes de circulation. Pour y répondre, certains proposent de lever un peu le pied et notamment de rééquilibrer l’offre d’équipements publics par rapport aux logements. « Il ne faut pas faire de pause mais continuer à construire du logement et parallèlement développer les équipements », assure Arnaud Roussel-Prouvost. Une analyse que partage Christian Surget, président de la fédération régionale des travaux publics Nouvelle Aquitaine. Il attribue ce décalage à un essor remarquable de l’attractivité bordelaise : « Tout le monde a été un peu surpris de l’effet LGV, Bordeaux a été victime de son succès et on ne va pas s’en plaindre. »

Un modèle bordelais de densité à inventer

La France s’est engagée à ne plus artificialiser de sols à partir de 2030, mais pour ces acteurs, le délai est trop court. Le président de la fédération des promoteurs immobiliers de la région plaide, pour aller dans cette direction, en faveur d’une nouvelle réflexion sur la densité. Mais il prévient, « il va falloir sortir du modèle de l’échoppe [maison individuelle typiquement bordelaise]. Oui à une reconstruction de la ville sur la ville mais en étant ambitieux. Il ne faut pas faire Manhattan non plus mais repenser la ville avec de nouvelles formes architecturales ».

Les derniers quartiers sortis de terre aux Bassins à flot ou à Ginko sont pourtant loin de faire l’unanimité au sein de la population. « Les possibilités de densité varient selon les contextes », rétorque Virigine Gravière, présidente du conseil de l'ordre des architectes Nouvelle Aquitaine, qui défend une diversité de l’offre.

Et, au-delà de la métropole, le président de la fédération régionale des travaux publics Nouvelle Aquitaine estime qu’il faut s’inspirer du modèle du Grand Paris pour développer des infrastructures en ceinture de l’agglomération. Il souhaite qu’une « vision d’ensemble » se dégage et permette de « marier les territoires avec la ville ».