Nouvelle Aquitaine : « Ange Gardien », une application unique pour améliorer la prise en charge des patients dans les déserts médicaux

SANTE Des professeurs du CHU de Bordeaux ont développé avec la société Capgemini une application pour améliorer la prise en charge de certaines maladies chroniques

Elsa Provenzano

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Le 09 septembre 2011. Illustration d'une consultation chez un medecin generaliste en Essonne .
Le 09 septembre 2011. Illustration d'une consultation chez un medecin generaliste en Essonne . — V. WARTNER / 20 MINUTES
  • L’application « Ange Gardien » vise à améliorer la prise en charge de malades souffrant de maladies chroniques inflammatoires, en repérant les premiers symptômes.
  • Elle va être déployée en Gironde et en Dordogne au printemps, après un test concluant dans les Landes.
  • Elle met en lien des spécialistes du CHU de Bordeaux avec des médecins généralistes libéraux et propose un suivi personnalisé aux patients.

Repérer les symptômes plus tôt pour améliorer la prise en charge de certaines maladies inflammatoires chroniques, c’est le défi que doit relever l’application « Ange Gardien ». « La particularité de cette application est qu’elle s’adresse autant au patient qu’au médecin alors qu’en général, on trouve sur le marché soit des applications d’aide à la décision pour le médecin soit des applications d' e-coaching pour le patient. Ici on mixe les deux approches », explique Ulysse Moutard, directeur e santé chez Capgemini, la société implantée à Mérignac près de Bordeaux, qui a développé « Ange Gardien ».

« La Région apporte une grosse subvention d’1,5 million d’euros et a soutenu le dispositif contre vents et marées depuis deux à trois ans, relève Françoise Jeanson, conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine déléguée à la Santé. On accompagne son lancement et il devra ensuite trouver son propre modèle ».

L’application aura un effet plus fort sur les déserts médicaux

En fonction de leurs spécialités, les professeurs à l’origine du projet – Patrick Berger, Jean-Luc Pellegrin, Thierry Schlaeverdeke et Patrick Blanco – ont décidé de s’intéresser à quatre pathologies chroniques : l’asthme, la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), le diabète et le phénomène de Raynaud. D’abord testée dans les Landes auprès de 200 patients et 80 médecins généralistes, l’application va être étendue dès avril aux départements de la Gironde et la Dordogne.

« Ces pathologies relèvent d’urgences relatives, au sens où on ne parle pas d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) par exemple. Certaines de ces maladies se développent six mois après les premiers symptômes, explique le professeur Patrick Blanco, chef du laboratoire d’immunologie du CHU de Bordeaux. Et l’idée c’est de travailler avec les médecins généralistes pour optimiser la prise en charge des patients concernés, en particulier dans les déserts médicaux ». Si l’application, et plus généralement le service, vise autant les zones urbaines que rurales, « les tests ont montré qu’elle risque d’avoir un impact plus fort en zone rurale où l’accès à un spécialiste est plus compliqué », précise Ulysse Moutard.

Sur le phénomène de Raynaud, qui affecte 10 à 15 % de la population, « il est en général bénin mais parfois il peut être annonciateur d’une maladie grave, explique Patrick Blanco. Notre ambition est aussi de capter les maladies rares et d’éviter d’être à un stade où l’on est au-delà des ressources thérapeutiques ».

Quel suivi pour le patient ?

En fonction d’un symptôme biologique ou clinique, le médecin va proposer au patient de bénéficier du dispositif Ange Gardien. S’il accepte, il aura accès à des recommandations personnalisées, à un suivi de soins via des indicateurs de santé partagés avec son (ou ses) médecin(s). Il pourra aussi recevoir des notifications liées à son parcours de soins, à sa prise de médicaments etc. L’application propose également une sécurisation des ordonnances et un plan d’action en cas de crise.

« Les informations médicales saisies par le patient sont partagées avec son médecin, via sa propre version de l’application, pour que la consultation soit enrichie de données pour un meilleur échange et de meilleures décisions », pointe Ulysse Moutard.

« L’application sert aussi la recherche en soins primaires, puisque les malades soignés au CHU ne sont pas représentatifs des pathologies de la population générale », relève le professeur Patrick Blanco. Il ajoute que pour les patients suivis dans le cadre de ce dispositif les aspects environnementaux (pollution de l’air, exposition à une activité agricole etc.) peuvent aussi être opportunément étudiés.

Après quelques mois d’expérimentation à partir d’avril, une montée en charge du nombre de patients suivis est attendue en septembre et devrait porter la cohorte au-delà de 10.000 personnes.