Bassin d’Arcachon : Pourquoi faut-il réensabler les plages du Pyla avec une drague aspiratrice ?

ENVIRONNEMENT Le Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon, a achevé dimanche une colossale opération de réensablement de quatre kilomètres de plages au Pyla-sur-Mer

Mickaël Bosredon

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La drague "Côtes de Bretagne" effectue le réensablement des plages du Pyla-sur-Mer en recrachant le sable
La drague "Côtes de Bretagne" effectue le réensablement des plages du Pyla-sur-Mer en recrachant le sable — SIBA
  • A cause de l’érosion, il est nécessaire de recharger régulièrement les plages en sable.
  • Tous les deux ans, une énorme drague aspiratrice vient ainsi récupérer 170.000 m3 de sable déposés sur le banc de Bernet, pour les recracher sur la zone du Pyla-sur-Mer, déficitaire.
  • Pour le Siba, il s’agit avant tout de maintenir les activités sur le plan d’eau, à savoir la pêche, la promenade sur le sentier de la plage, et la baignade.

L’opération s’est achevée dimanche, et a duré trois semaines. Une drague aspiratrice est allée prélever au banc de Bernet sur le bassin d’Arcachon, quelque 170.000 m3 de sable, pour les déverser sur les quatre kilomètres de plages du Pyla-sur-Mer sur la commune de La-Teste-de-Buch. Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette colossale opération de réensablement d’un budget de 400.000 euros, pilotée et financée par le Siba (Syndicat intercommunal du Bassin d’Arcachon.)

Une drague aspiratrice effectue l'opération de réensablement des plages du Pyla-sur-Mer, par la méthode
Une drague aspiratrice effectue l'opération de réensablement des plages du Pyla-sur-Mer, par la méthode - SIBA

Pourquoi faut-il réensabler les plages du Pyla-sur-Mer ?

Ces quatre kilomètres de plage, qui vont de la Corniche jusqu’à l’avenue des Vendangeurs, subissent comme d’autres endroits du bassin et de la côte, le phénomène d’érosion du littoral. Parallèlement, le banc de Bernet est un banc de sable long de 2,8 kilomètres qui peut se retrouver très chargé en sable au gré des houles, et il est nécessaire de le désensabler périodiquement.

« Même si cette opération permet effectivement de lutter contre l’érosion, notre mission est d’abord de maintenir les usages sur le plan d’eau », précise Isabelle Laban, directrice de la communication du Siba. « Il s’agit d’abord de maintenir la navigation pour les pêcheurs et les ostréiculteurs qui empruntent cette voie pour aller à Arguin, car il y a des secteurs où vous ne passeriez plus en bateau, tellement le secteur s’ensable. Deuxièmement, cette opération permet de réinstaurer un sentier du littoral, pour que l’on puisse continuer à longer la plage. Et le troisième usage, c’est bien entendu l’activité balnéaire. »

Christophe Castaing, pêcheur et président de l’union des bateliers du bassin d’Arcachon, confirme : « cette opération représente l’avantage de ne prendre du sable là où il n’y a que du sable. En plus, cela creuse des trous, dans lesquels le poisson vient se réfugier et c’est tout bénéfice pour les pêcheurs. » Par ailleurs, « cela permet de solidifier la côte, ce qui préserve les jolies vues. Sans le réensablement, tout se casserait la figure » assure-t-il.

Pourquoi faire appel à la drague « Côtes de Bretagne » ?

Cette grosse opération de réensablement, a lieu une fois tous les deux ans. Pour la mener à bien, le Siba fait appel à cette drague de 75 m de long, qui dispose de deux cuves de 600 m3 chacune, et qui peut traiter jusqu’à 8.000 m3 par jour. Des capacités que n’a pas la drague du Siba, or, pour un chantier qu’il faut mener tambour battant en début d’année, c’est absolument nécessaire. Et cette drague ne chôme pas, puisqu’elle est restée à l’ouvrage 24/24 h, 7/7 jours, pendant trois semaines. Elle utilise la méthode très spectaculaire du « rainbowing », c’est-à-dire de la projection en forme d’arc-en-ciel.

Pourquoi effectuer cette mission si tôt dans l’année ?

A cause de la seiche. La seiche entre effectivement dans le bassin « entre le 5 et le 20 mars, explique Christophe Castaing, et nous posons nos filets à pêche aux alentours du 15 mars, or si la drague est encore en train de creuser à ce moment-là, cela ferait peur aux seiches, et cela enterrerait les filets. » Le bassin est un important réservoir à seiche, puisqu’on y a pêché « jusqu’à 300 tonnes annuellement » assure Christophe Castaing, « même s’il y en a un peu moins depuis deux-trois ans [84 tonnes en 2018 et 30 tonnes en 2017]. »

Cette opération est-elle la seule action de réensablement du bassin d’Arcachon ?

Non, il y en aura d’autres. « Notre drague est au Cap-Ferret pour constituer un stock de sable de 20.000 m3 pour anticiper des besoins de réensablement futurs, souligne ainsi Isabelle Laban. Ensuite, on attaquera les plages du Moulleau, car si on ne le fait pas les bateliers ne peuvent plus prendre de passagers à la jetée du Moulleau. » L’union des bateliers arcachonnais regroupe 26 bateaux, qui effectuent des balades touristiques et du transport de passagers entre les communes du bassin. Ils transportent quelque 300.000 passagers par an.