Sanctions américaines contre le vin français : « Le marché américain est en train de s’effondrer », alerte la filière bordelaise

VIN L’interprofession viticole bordelaise veut que le gouvernement français neutralise les effets dévastateurs de la taxe Airbus mise en place par les Etats-Unis en créant un fonds de compensation

Elsa Provenzano

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Des tonneaux de vieillissement, Château La Dominique. Illustration.
Des tonneaux de vieillissement, Château La Dominique. Illustration. —
  • La filière bordelaise pointe les effets dévastateurs sur ses exportations vers les Etats Unis de la nouvelle taxe de 25 % sur les vins français.
  • Elle demande la création d’un fonds pour compenser ses pertes et conserver ses parts de marché outre Atlantique.
  • Elle estime que l’Etat français doit agir de façon urgente sous peine de pénaliser durablement la filière.

La filière viticole bordelaise hausse le ton ce lundi, d’une même voix. Elle demande la création, en urgence, d’un fonds de compensation par l’Etat français après la mise en place par les Etats-Unis, d’une taxe Airbus de 25 % qui pénalise fortement l’exportation de ses vins outre-Atlantique.

La taxe est effective depuis le 18 octobre dernier et la filière commence déjà à mesurer l’ampleur des répercussions sur ses exportations. Et, à l’écouter, elles sont catastrophiques : en novembre 2019, les vins de Bordeaux enregistrent un recul de 46 % de leurs chiffres d’affaires et de 24 % en volume sur leur deuxième marché à l’export, qui était jusqu’alors stable.

Une diminution des ventes constatée

« L’aéronautique est taxée à 10 % et les vins français, dans un conflit aéronautique, se trouvent taxés à 25 % », remarque Bernard Farges, président de l’interprofession bordelaise. Pour le consommateur américain cela revient à ce qu’un produit qui valait 10 dollars se retrouve tout à coup à 12,5 dollars « et derrière, avec le jeu de la distribution américaine, cela peut devenir 15 dollars », pointe-t-il.

« La seule solution qu’on a aujourd’hui pour garder nos parts c’est de prendre à notre charge la taxe, c’est-à-dire de réduire nos prix de 25 % ce qui est énorme et entame la rentabilité de nos entreprises », ajoute Georges Haushalter, vice président du syndicat de négoce et directeur d’une maison de négoce de taille moyenne (50 millions d’euros de chiffre d’affaires).

Pour que les prix proposés aux consommateurs américains n’augmentent pas, la filière souhaite que l’Etat français crée un fonds de compensation à hauteur de 300 millions d’euros par an (25 % d’1,2 milliard environ, soit le chiffre d’affaires à l’export de la filière vin française), en attendant que le conflit soit résolu.

« On ne remet pas en cause les choix commerciaux de la France mais ces choix doivent être assumés par la création de ce fonds », insiste Bernard Farge. Ce qui est en jeu pour l’interprofession ce n’est rien de moins que le maintien de ce flux commercial vers « un marché ancien et structuré ».

Les clients américains, conscients que le niveau des taxes peut changer tous les quatre mois sont attentistes et freinent leurs commandes auprès des négociants bordelais. « On voit bien que nos vins sont déréférencés, remplacés par des vins italiens ou d’autres origines non taxés et évidemment que la reconquête sera extrêmement longue, coûteuse et difficile », avertit Georges Haushalter. Pour lui, l’urgence est là et la filière n’a pas six mois devant elle, pour attendre une éventuelle condamnation de Boeing par exemple. « Dans six mois on sera morts », lâche-t-il.

Pas d’autre alternative commerciale

Les ventes à l’export baissent vers la Chine « pour des raisons géopolitiques », ce n’est pas facile avec Hong-Kong car « le marché se ferme », celui du Royaume Uni est incertain pour cause de Brexit et « en Europe la dynamique de consommation est en diminution », égrène Bernard Farges pour qui il n’existe pas d’alternative possible au marché américain, à préserver absolument.

Si la taxe gafa est repoussée, celle sur Airbus demeure et menace même d’augmenter. Une véritable « épée de Damoclès » pour le maire de Bordeaux Nicolas Florian qui a proposé au vote ce lundi une motion spéciale de soutien au monde du vin lors du conseil municipal. Il parle d’un « coup fatal » pour la filière si cette taxe venait à augmenter encore.

Dans deux mois aura lieu à Bordeaux le grand rendez-vous des primeurs, au cours duquel sera présenté le millésime 2019, et qui attire les clients étrangers, notamment américains. « Ils seront peut-être un peu réticents alors que les vins présentés seront livrés dans deux ans et que les taxes peuvent changer d’ici là », s’inquiète Jean-Marie Garde, président de la Fédération des grands vins de Bordeaux. D’ici là, la filière espère que le gouvernement aura pris en compte son appel de détresse.