Bordeaux : Un siècle plus tard, hommage aux 568 victimes du naufrage du paquebot « Afrique »

HISTOIRE Une cérémonie interreligieuse est organisée ce jeudi après-midi quai des Chartrons à Bordeaux, pour rendre hommage aux victimes du « Titanic » français

Mickaël Bosredon

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Carte postale figurant le paquebot Afrique.
Carte postale figurant le paquebot Afrique. — WikiCommons/retronews
  • Le paquebot «Afrique» faisait régulièrement la liaison entre Bordeaux et les colonies d’Afrique.
  • Le 9 janvier 1920 il part du quai des Chartrons avec 602 passagers, et coulera trois jours plus tard au large de la Nouvelle-Aquitaine.
  • Parmi les 568 victimes, figurent 178 tirailleurs sénégalais, tombés dans l’oubli.

Le 12 janvier 1920, le paquebot Afrique, parti de Bordeaux le 9 janvier, faisait naufrage au large de la Nouvelle Aquitaine. Il s’agit de la plus grande catastrophe maritime française, puisque sur les 602 passagers, ce naufrage emporte 568 personnes dont 178 tirailleurs sénégalais, et 20 missionnaires de la congrégation du Saint-Esprit.

Pour « rendre hommage aux victimes et réhabiliter le sacrifice des tirailleurs sénégalais naufragés », l’association bordelaise Mémoires & Partages organise plusieurs événements. Ce jeudi à 16h, une cérémonie interreligieuse se tient au niveau du quai des Chartrons, d’où était parti le paquebot il y a un siècle jour pour jour. Et une exposition, Le Mémorial des Tirailleurs Naufragés, réalisée par Karfa Sira Diallo – fondateur et directeur de l’association – est présentée jusqu’au 16 janvier au Musée Mer Marine de Bordeaux.

« C’est un hommage très tardif », note Karfa Sira Diallo, qui se bat depuis des années pour que l’on honore ces victimes, tombées dans l’oubli.

Des corps parsemés tout au long de la côte

Ce paquebot de passagers, faisait régulièrement le trajet entre la France et les anciennes colonies d’Afrique : il avait comme destination Dakar, la Côte d’Ivoire, la Guinée… « Il part régulièrement de Bordeaux car à l’époque c’est le premier port colonial français, explique Karfa Sira Diallo. Il transportait des familles, des administrateurs des colonies, des missionnaires… » C’est d’ailleurs pour cela que la cérémonie ce jeudi, réunit un imam, un rabbin, un représentant de l’archevêché et une pasteure.

Les raisons de ce drame ne sont pas encore totalement éclaircies. « On sait que le paquebot, en quittant la Garonne, aurait heurté une épave et une voie d’eau se crée, il commence alors à dériver », raconte Karfa Sira Diallo. Le commandant du bateau lance un message d’alerte par radio le dimanche 11 janvier au soir : « Envoyez d’urgence remorqueur. Crains de ne pouvoir tenir jusqu’au jour. »

Un navire, le Ceylan, vient à son secours, et aurait tenté de le remorquer, mais une tempête l’empêche finalement de poursuivre ses manœuvres. « Et c’est au cœur de cette tempête que L’Afrique va sombrer. Il y aura 34 rescapés sur les 568 passagers, dont 7 tirailleurs sénégalais. On a repêché des corps parsemés tout au long de la côte, vers l’Ile de Ré, les Sables d’Olonne… »

L’épave du paquebot a été retrouvée au large des Sables-d’Olonne, où elle gît encore.

« Quadruple peine pour les tirailleurs sénégalais »

Ce naufrage est aujourd’hui peu connu des Français. « C’est notamment parce qu’il se passe deux ans après la fin de la Première Guerre mondiale, et il faut se rappeler que cette guerre a été une boucherie innommable avec presque dix millions de victimes, analyse Karfa Sira Diallo. Il faut donc resituer ce drame dans ce contexte politique de l’époque. Il y a aussi le fait qu’il y avait une élection présidentielle la même année, qui a été très disputée. »

Et puis, « il y a la présence des tirailleurs sénégalais, et cela est une raison supplémentaire pour que cette histoire ne soit pas retenue » assure le responsable de l’association Mémoires & Partages. « C’est quelque chose d’extrêmement gênant pour l’opinion publique française de l’époque. Aujourd’hui, il y a de la reconnaissance pour ces soldats des colonies, mais en 1920 nous étions encore dans un contexte colonial… Au final, c’est une quadruple peine pour ces tirailleurs : ils sont colonisés, réquisitionnés pour une guerre qui n’est pas la leur, naufragés puis oubliés… »

Oubliés, alors que l’histoire du naufrage de L’Afrique, ce n’est ni plus ni moins que l’histoire du Titanic français…