Bordeaux : Le chantier de la villa Shamengo suspendu par la justice

SOCIETE Le chantier de construction de la villa Shamengo qui doit promouvoir des entrepreneurs innovants écologiquement a été suspendu par la justice dans une ordonnance du 3 janvier

Elsa Provenzano

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Des poteaux ont été installés pour les fondations de la villa Shamengo sur l'Allée Serr, à Bordeaux.
Des poteaux ont été installés pour les fondations de la villa Shamengo sur l'Allée Serr, à Bordeaux. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Les travaux de la villa Shamengo ont été suspendus par la justice dans l’attente d’une décision sur le fond, après plusieurs recours déposés par une association.
  • La structure associative met en cause la légitimité d’un projet privé sur une emprise publique, normalement inconstructible.
  • Shamengo se défend en mettant en avant l’aspect éphémère de son projet, présenté comme un démonstrateur d’innovations écologiques unique au monde.

En ce début d’année, seuls les poteaux en bois destinés à soutenir les soubassements de la villa Shamengo s’alignent sur l’Allée Serr, dans le quartier de la Bastide à Bordeaux. Les machines de chantier sont à l’arrêt depuis que le tribunal administratif a décidé, le 3 janvier, de suspendre l’arrêté concernant le permis de construire (octroyé par la mairie de Bordeaux pour ce bâtiment provisoire jusqu’à 2023).

Les travaux sont arrêtés jusqu’à ce que la justice tranche sur le fond, après plusieurs recours contre le projet de villa Shamengo déposés par l’association pour la conservation et la promotion des espaces libres de la Bastide (ACPEL). La livraison était prévue pour octobre 2020.

Un projet mal compris ?

« C’est un coup dur pour les innovateurs et les centaines de personnes qui ont travaillé sur le projet depuis deux ans, réagit Catherine Berthillier entrepreneuse sociale à l’origine du projet Shamengo. Mais, on va continuer à se battre pour qu’il existe. » Présenté comme une sorte de vitrine d’initiatives écologiques innovantes, le projet de villa Shamengo est le premier du genre à sortir de terre. Raison pour laquelle il est mal compris, selon Catherine Berthillier.

Mais pour l’association ACPEL, qui apprécie peu qu’un projet privé empiète sur un espace public du quartier, il aurait en réalité une vocation commerciale. « Dans le permis de construire, que nous avons consulté, la destination pour le bâtiment est indiquée en totalité pour des activités commerciales », précise Noël Eyrignoux, président de l’association. « Les activités marchandes [restauration, hôtellerie] serviront à financer les activités associatives mais le projet n’est pas à but lucratif », se défend Catherine Berthillier.

Autre inquiétude : la villa doit s’installer temporairement sur ce site mais, au lieu des techno pieux amovibles promis, l’association observe que des troncs d’arbres ont été installés sur l’Allée Serr, ce qui lui fait craindre que le bâtiment ne soit « ni éphémère, ni démontable ». « Ils se décomposeront après notre départ, justifie Catherine Berthillier avec une pointe d’exaspération, nous ne sommes pas là de façon définitive. On essaye de trouver les solutions les plus écologiques possible ».

Après une participation remarquée au budget participatif de Bordeaux, dans le cadre duquel l’association a proposé un projet d’aménagement de cet espace public, la suspension des travaux est un nouveau motif de satisfaction.

La Métropole et la mairie de Bordeaux, sollicitées par 20 Minutes, n’ont pas souhaité s’exprimer avant l’avis sur le fond du tribunal administratif.

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