Inondations à Bordeaux : « Soit on se surprotège et on vit dans un château fort, soit on apprend à vivre avec »

INTEMPERIES Des mesures de prévention des inondations existent à Bordeaux et sur la métropole et elles devraient s'intensifier dans les années à venir 

Elsa Provenzano

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Bordeaux, 3 mars 2014. - Debordement / Inondation de la Garonne, des quais de Bordeaux. - Photo : Sebastien Ortola
Bordeaux, 3 mars 2014. - Debordement / Inondation de la Garonne, des quais de Bordeaux. - Photo : Sebastien Ortola — SEBASTIEN ORTOLA
  • Les dernières intempéries ont fait peu de dégâts sur la ville de Bordeaux.
  • Des dispositifs de prévention, comme des digues et des cuves de rétention des eaux pluviales, ont été construits pour mieux protéger les biens et les personnes.
  • Certaines communes très exposées envisagent des ouvrages de mises à l’abri en cas d’urgence.

Si alerte orange il y a eu, les intempéries des derniers jours n’ont pas provoqué de graves dégâts sur le domaine public à Bordeaux. La Garonne frôle les cinq mètres de hauteur et certaines voies près des berges ont tout de même été fermées (promenade Martin-Luther-King, parc aux Angéliques, etc.)

Et, si la municipalité n’a pas encore le retour des particuliers qui ont appelé les pompiers pour faire face aux inondations, certains ont dû écoper leurs caves ou espaces semi-enterrés, principalement au sud de Bordeaux. Des dispositifs de prévention sont déployés depuis quelques années et un plan de prévention du risque inondations (PPRI), piloté par l’Etat, est attendu pour fin 2020.

Des digues en construction

Si l’événement est qualifié de classique, il est aussi l’occasion de vérifier que « les digues font leur boulot », estime Kévin Subrenat, conseiller métropolitain délégué aux risques technologiques et naturels. Si les digues entre Bordeaux rive droite et Bouliac sont achevées, il reste à protéger la presqu’île d’Ambès, Bordeaux Lac et Bègles. Leur livraison sera d’ailleurs un peu retardée par rapport à l’objectif fixé à 2021.

Des pics de montées des eaux dépassant les prévisions pourraient se produire, même si les ouvrages sont construits pour résister aux crues les plus fortes déjà enregistrées. Les digues pourraient, à ce rythme, être encore rehaussées plus tôt que prévu. « On veut construire pour les 40 ans à venir mais on se rend compte que ce sera peut-être davantage pour 30 », relève Fabien Robert, premier adjoint au maire de Bordeaux. Le niveau des équipements est constamment à revoir et « il faut encore accélérer dans la lutte contre le réchauffement climatique », estime-t-il.

Des cuves de rétention des eaux pluviales

Depuis la tempête de 2013, la métropole a lancé la construction de cuves de rétention des eaux pluviales pour stocker l’eau en excès lors de fortes pluies et la réinjecter dans le réseau progressivement, après les intempéries. Une cuve a été construite sur la place Nansouty, une autre est en construction place Dormoy et une est en projet dans le quartier Saint-Genès. « Le réseau unitaire (réunissant eaux pluviales et eaux usées) n’est pas assez capacitaire sur la rive gauche », explique Fabien Robert.

Ramsès, un outil de gestion à distance de l’eau en fonction de la pluviométrie, est aussi mis en avant. « Il permet de réguler le niveau d’eau dans les bassins-versants, notamment grâce à des bassins de retenue et d’étalement, Ramsès a évité de nombreuses inondations », assure Kévin Subrenat, maire d’Ambès.

Des communes en première ligne

« Soit on se surprotège et on finit par vivre dans un château fort, soit on apprend à vivre avec [ce risque inondation] », estime ce dernier. Sur la commune dd’Ambès de 3.200 habitants, très exposée au risque inondations, il se refuse à jouer un rôle de « gardien de musée », et estime qu’il ne faut pas geler tous les petits projets mais bien sûr « prendre en compte le risque ». Il accepte les permis de construire au compte-gouttes. Le dernier particulier a en avoir décroché un a par exemple proposé un projet de maison surélevé de deux mètres.

Sur Ambès une zone de mise à l’abri en hauteur est en réflexion sur le site du gymnase de la ville, qui va être réhabilité. En septembre 2019, une école refuge a été inaugurée à Saint-Vincent-de-Paul, commune voisine d’Ambès sur la presqu’île. « On voudrait que l’édifice soit perché à environ trois mètres de haut, pour mettre à l’abri le plus de personnes possible en cas de gros pépin, explique le maire d’Ambès. Mais il est difficile d’être précurseur en la matière, on n’a pas d’autre exemple en France et le coût est important, environ deux fois supérieur à un gymnase classique ».

Sur la métropole, Fabien Robert relativise l’imperméabilisation des sols souvent pointée du doigt pour expliquer la montée en puissance des inondations : « c’est vrai qu’on bâtit mais il y a un équilibre vertueux avec environ 50 % d’espaces naturels et 50 % d’espaces bâtis ».