A Bordeaux, un trafic qui met la justice en pétard

Fabienne Cosnay

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Le palais de justice de Bordeaux, le 27 octobre 2008.
Le palais de justice de Bordeaux, le 27 octobre 2008. — C. BLUMBERG / 20 MINUTES

Les juges ne sont pas sortis d'affaire. Trente-huit prévenus comparaissent depuis hier devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour avoir participé, à des degrés divers, à un vaste trafic de stupéfiants, organisé entre l'Espagne et la région Aquitaine. Fait très rare, dix jours de procès sont prévus pour permettre aux magistrats d'y voir plus clair sur les responsabilités de chacun. Car, hier, au premier jour d'audience, les prévenus interrogés n'ont cessé de revenir sur leurs précédentes déclarations devant le juge d'instruction tout en cherchant à faire porter le chapeau à leurs voisins de bancs.

L'affaire remonte à décembre 2005. Un appel anonyme met la police sur la piste d'un vaste trafic de cannabis organisé dans la communauté maghrébine de Bordeaux. Des écoutes téléphoniques permettent de remonter une partie du réseau, qui écoulait du cannabis (près de 400 kg) et de la cocaïne pour neuf d'entre eux, essentiellement dans l'agglomération bordelaise. Les enquêteurs sont aussi alertés par la veuve d'Abdelakim Medjar, tué par balles, en Espagne, en 2005. Cette dernière va révéler les relations d'affaires qu'entretenait son mari avec certains des prévenus. C'est le cas de Mourad M., présenté comme l'un des chefs du réseau. Entendu hier par le tribunal, l'homme est apparu décontracté, allant jusqu'à tutoyer la présidente Dominique Piot. «Tu me prends pour Mesrine ou quoi!», a t-il lancé à la magistrat, qui l'interrogeait sur son rôle de fournisseur dans le réseau. «Vous n'êtes pas très bon dans le registre comique», lui a rétorqué Dominique Piot.

récidive
Plus de la moitié des prévenus ont déjà été condamnés pour des faits relevant du trafic de stupéfiants. Jugés en état de récidive légale, certains risquent vingt ans de prison au lieu de dix pour l’acquisition, le transport et la détention de produits illicites.