Nouvelle Aquitaine : Après l’accident en Champagne Ardenne, un collectif ne veut pas de train sans contrôleur

TRANSPORTS Le comité régional de vigilance ferroviaire, qui réunit des cheminots et des usagers, s’inquiète de la disparition des contrôleurs sur certaines lignes urbaines de TER. Mais la région, qui a expérimenté le dispositif, assume

Elsa Provenzano

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Trains TER de la région Nouvelle-Aquitaine, en garde de Bordeaux.
Trains TER de la région Nouvelle-Aquitaine, en garde de Bordeaux. — M.Bosredon/20Minutes
  • Le collectif régional de vigilance ferroviaire demande à la Région de ne pas généraliser la circulation de TER sans contrôleurs. 
  • L'autorité organisatrice rétorque que ce dispositif a été validé par l'établissement public de la sécurité ferroviaire. 
  • Il va concerner seulement les TER circulant sur le secteur du futur RER de la Métropole bordelaise.  

En Nouvelle-Aquitaine, les trains régionaux sans contrôleur font débat. « On a signé une convention le 31 décembre 2018 avec la SNCF dans laquelle on stipule que les contrôleurs restent dans les trains, sauf en territoire périurbain, c’est-à-dire sur le secteur du RER métropolitain », explique Renaud Lagrave, l'élu chargé des infrastructures à la région Nouvelle-Aquitaine, autorité organisatrice pour les TER.

Des circulations de trains sans contrôleur ont été expérimentées pendant un an sur la ligne Bordeaux/Arcachon et elles vont être étendues à des secteurs comme Langon, Libourne, Macau dès le 1er janvier. « Les trains dont on parle sont équipés pour un agent seul, c’est-à-dire d’un système technique comprenant des caméras et cet équipement a été validé par l’établissement public de sécurité ferroviaire », souligne l’élu. « On a vu ce que cela donnait en Champagne Ardenne », ironise David Plagès, de la CGT cheminots, membre du comité régional de vigilance ferroviaire, qui réunit associations d’usagers, syndicats et mouvements politiques.

L’accident en Champagne pointé par le collectif

Mi-octobre, une collision entre un convoi exceptionnel et un TER, qui reliait Sedan à la gare Champagne-Ardenne TGV – avec 70 passagers à bord – a fait 11 blessés légers sur un passage à niveau dans les Ardennes. Aucun contrôleur n’était à bord et le conducteur a dû gérer seul l’accident. Certains cheminots avaient alors exercer leur droit de retrait. 

Pour coordonner le départ du train, gérer l’installation des personnes à mobilité réduite, la présence de vélos de plus en plus nombreux dans les rames, le collectif de vigilance ferroviaire estime que le contrôleur joue un rôle indispensable. Et il met en avant un coût de seulement 25 millions d’euros au total sur la région au sein de la convention TER, soit 0,23 centime d’euros par voyageur transporté.

Des brigades de contrôleurs continuent à effectuer des contrôles sur la ligne Bordeaux/Arcachon sans qu’un contrôleur soit présent systématiquement à bord. « Les brigades de contrôle sont mises en avant mais pour plus de 50 % des trains il y a 0 contrôle, c’est une vision marchande du service aux voyageurs », s’alarme David Plagès.

Bataille sur les chiffres

« Il y a eu une réduction du taux de fraude de 2 % sur la ligne Bordeaux/Arcachon », fait valoir Renaud Lagrave. Et, selon la SNCF, le sentiment de sécurité se serait amélioré depuis la fin des contrôleurs. « Mais selon le sondage qu’on a réalisé le 25 novembre auprès des usagers (741 physiquement et 75 en ligne) 79 % d’entre eux veulent un retour des contrôleurs dans les trains », réplique David Plagès. Il ajoute que pour 75 % des usagers interrogés ²le sentiment d’insécurité est grandissant depuis la mise en place de cette organisation.

« On n’a pas les mêmes chiffres avec le comité régional de vigilance ferroviaire, constate Renaud Lagrave. Mais, ce qui nous importe c’est la sécurité des personnes et avec cette mesure nous sommes dans les clous, comme l’atteste l’établissement public de sécurité ferroviaire. » Les régions Hauts de France et Occitanie ont fait le choix, dans leur convention avec la SNCF, de ne pas faire circuler de TER sans contrôleur.

Le comité de vigilance a alerté la région Nouvelle-Aquitaine en lui remettant un rapport préventif sur la circulation des équipements avec un agent seul. « On attend de la région qu’elle se saisisse d’un avenant pour le retour d’un contrôleur dans chaque train, explique David Plagès. Il y a une mise en danger, on ne peut pas faire l’économie de tout. »