Bordeaux : Six nouvelles plaques dans les rues pour « un travail de juste mémoire » sur son passé négrier

SOCIETE Au début de l’année 2020, six nouvelles plaques portant les noms de négriers reconnus et des explications biographiques les concernant vont être accrochées dans les rues bordelaises.

Elsa Provenzano

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Des explications sont proposées en dessous des noms des négriers reconnus.
Des explications sont proposées en dessous des noms des négriers reconnus. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Six nouvelles plaques vont être installées début 2020 dans les rues bordelaises portant les noms d’anciens négriers, avec des mentions explicatives.
  • La mairie de Bordeaux souhaite mener un travail de « juste mémoire » en rapportant l’implication des personnalités visées dans la traite des noirs mais aussi ce qui explique qu’elles ont été honorées par la ville.
  • D’autres noms de rues restent controversés à Bordeaux, notamment pour les liens des personnes citées avec le commerce colonial.

En septembre 2017, l’association Mémoires et Partages demandait dans une lettre ouverte à Alain Juppé que des panneaux explicatifs soient apposés dans les rues qui portent le nom de négriers. Elle savoure une première victoire ce lundi avec le dévoilement par la ville de Bordeaux de six nouvelles plaques, lors de la journée internationale pour l'abolition de l'esclavage. Elles sont pourvues d’éléments biographiques et seront accrochées début 2020 dans les rues bordelaises correspondantes.

C’est une des initiatives menées par la ville pour faire face à son passé négrier. Elle a été le premier port colonial pour le commerce en droiture et le troisième pour la traite négrière, entre la fin du XVIIe et le début du XIXe siècle. 150.000 esclaves ont été déportés. « Bordeaux fait face de façon vigoureuse à son passé longtemps oblitéré », s’est félicité Dominique Taffin, directrice de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, dont Bordeaux appartient aux 22 membres fondateurs.

Les anciens esclavagistes épinglés

Le service des archives municipales a travaillé pour déterminer si les personnalités controversées dont les noms ornent certaines rues bordelaises étaient oui ou non impliquées dans la traite négrière. « Ces plaques représentent un travail de juste mémoire, on indique les rôles joués dans cette traite et aussi, les rôles positifs, c’est-à-dire pourquoi ils ont été honorés », détaille Marik Fetouh, adjoint au maire de Bordeaux en charge de l’égalité et de la citoyenneté.

Par exemple, Pierre Desse, dont une rue bordelaise porte le nom, a été capitaine sur quatre expéditions négrières mais s’est aussi distingué pour avoir sauvé 92 hommes d’un navire hollandais en perdition. En plus des quelques lignes biographiques, l’adresse du site comportant des données plus complètes et un QR code complètent la plaque. « Il ne s’agit pas de stigmatiser un patronyme, a ajouté Nicolas Florian, le maire de Bordeaux. Mais, de porter le message que la banalisation de l’époque ne peut pas être reproduite aujourd’hui ».

Une deuxième vague prochainement ?

La ville de Bordeaux a retenu six rues portant les noms d’anciens esclavagistes quand Mémoires et partages en dénombrait une vingtaine. « Il y a les armateurs qui ont participé à la traite mais aussi les esclavagistes propriétaires notamment de plantations », pointe Patrick Serres, président de l’association.

La majorité municipale, si son mandat est reconduit après les élections, envisage une deuxième phase pour identifier les personnalités impliquées dans le commerce colonial. « Mais cela représente beaucoup plus de personnes si on considère le fonctionnement de la société à l’époque », avertit Marik Fetouh.