Gironde : Les efforts de la centrale de Blaye pour se prémunir des inondations après la tempête de 1999

SECURITE 20 ans après la tempête de 1999, qui avait provoqué une inondation des sous-sols de la centrale du Blayais, elle a présenté, ce mercredi, tous les dispositifs de prévention et de lutte contre les inondations qu’elle a développé

Elsa Provenzano

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En 1999, les sous sols techniques de la centrale ont été inondés et trois des quatre réacteurs. arrêtés.
En 1999, les sous sols techniques de la centrale ont été inondés et trois des quatre réacteurs. arrêtés. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • 20 ans après la tempête de 1999, la centrale du Blayais a fait le point ce mercredi sur toutes les mesures prises pour prévenir les inondations sur le site.
  • La digue a été rehaussée et des moteurs diesels d’ultime secours ont été installés dans des bâtiments prévus pour résister à des intempéries exceptionnelles.
  • En plus de former le personnel de la centrale à gérer des crises, une force d’action rapide du nucléaire a été créée au niveau national et se tient prête à intervenir sur tous les sites nucléaires, dont celui de Blaye.

Le 27 décembre 1999, lors de la tempête Martin, qui allie des vents à 190 km/h et une houle exceptionnelle, il n’y a pas eu de catastrophe sur le site de la centrale de Blaye : « La sûreté n’a pas été en jeu mais il y a eu quelques fonctions indisponibles », estime Séverin Buresi, directeur de la centrale EDF du Blayais. A l’époque, les sous-sols techniques avaient été inondés, deux lignes de 400.000 et 225.000 volts mises hors tension, trois des quatre réacteurs arrêtés et la route d’accès coupée pendant cinq heures.

L’épisode de la tempête reste une belle frayeur et a conduit EDF à réaliser des améliorations de prévention du risque inondation au fil des années. « Si on avait aujourd’hui une tempête équivalente ou même au-delà de 1999, il n’y aurait pas d’inondation, promet Séverin Buresi, qui organisait une visite des nouvelles installations de protection ce mercredi sur le site. Et même si elle l’était, on aurait la possibilité de mettre en place une nouvelle réalimentation. »

Des travaux matériels d’envergure sur le site

La digue du côté de l’estuaire a été rehaussée de 2,50 m par rapport au niveau de 1999. Son niveau pourrait encore être augmenté, c’est un élément en discussion avec l’autorité de sûreté nucléaire (ASN). Des blocs de béton de deux tonnes ont aussi été installés pour casser la houle. Les capacités de pompage de l’eau en cas d’inondation ont également été redimensionnées. Des grilles de protection anti-débris ont été appliquées sur toutes les tuyauteries du site.

Des grilles de protection des tuyauterie ont été installées pour éviter qu'elles ne soient atteintes par des projections de débris.
Des grilles de protection des tuyauterie ont été installées pour éviter qu'elles ne soient atteintes par des projections de débris. - E.Provenzano / 20 Minutes

« On a aussi tiré beaucoup de leçons de l’accident de Fukushima, ajoute Séverin Buresi. Quatre moteurs diesels d’ultime secours (en plus des cinq autres moyens d’alimentation des réacteurs) ont été montés dans des bâtiments qui résistent à des tornades, des tsunamis, des séismes et qui ont une autonomie de trois jours ».

Des moyens humains pour répondre à l’urgence

Les agents du site blayais et en particulier ceux qui interviennent dans les salles de commandes bénéficient de beaucoup de formations. « On revoit leur « permis de conduire » tous les deux ans et ils s’entraînent à réagir dans des situations exceptionnelles sur des simulateurs », souligne Séverin Buresi. Les équipes de la centrale sont soumises à quelque 14 exercices de crise par an.

En avril 2011, après l’accident de Fukushima survenu en mars, la force d’action rapide du nucléaire (FARN) a été créée par EDF. Ces professionnels du nucléaire, issus de quatre bases réparties sur l’Hexagone, sont formés à intervenir en cas d’urgence sur tous les sites nucléaires français. Ils sont capables d’apporter sur les lieux des pompes pour refroidir un réacteur, des compresseurs d’air pour réguler les générateurs de vapeur ou des groupes électrogènes, par exemple.

L'équipe du FARN s'est entraînée ce mercredi sur les eaux tourmentées de l'estuaire de la Gironde, aux abords du site de la centrale de Blaye.
L'équipe du FARN s'est entraînée ce mercredi sur les eaux tourmentées de l'estuaire de la Gironde, aux abords du site de la centrale de Blaye. - E.Provenzano / 20 Minutes

Ce mercredi, l’équipe venue de Civaux s’est exercée sur les eaux tourmentées de l’estuaire de la Gironde. « Il y avait de la houle et un vent assez important, ce sont des conditions difficiles et donc intéressantes pour notre entraînement », a souligné Jérôme Renaux, chef de la colonne de Civaux, qui compte 14 personnes.

Quand les sites sont inondés et que des arbres barrent les routes, la FARN doit pouvoir quand même passer et s’appuie sur un équipement matériel important (hélicoptère, camions, barges etc.) « Mais attention, il ne s’agit pas de mettre en danger les équipes et de rajouter un pépin au pépin », souligne Pierre Eymond, directeur de la FARN. Elle est intervenue dans les Antilles lors de la tempête Irma et c’est à ce jour la seule intervention réalisée en conditions réelles.