Chute d’une grue à Bordeaux : « On aurait pu sauver des affaires mais personne ne nous écoute », déplore une sinistrée

SINISTRE Le 25 octobre, une grue de chantier s’est écroulée sur huit maisons du quartier de la Bastide à Bordeaux, plongeant 13 familles dans de grandes difficultés.

Elsa Provenzano

— 

La grue de chantier intervenait sur la construction d'une résidence de 33 appartements. Lancer le diaporama
La grue de chantier intervenait sur la construction d'une résidence de 33 appartements. — Collectif sinistrés Bordeaux
  • Une grue s'est effondré sur huit maisons du quartier de la Bastide à Bordeaux le 25 octobre dernier, plongeant 13 familles dans de grandes difficultés. 
  • Les sinistrés se sont réunis en collectif et cherchent à obtenir des réponses pour leur relogement et la sécurisation de leurs biens. 

Il y a d’abord eu la chute d’une grue sur huit maisons du quartier Bastide de Bordeaux le 25 octobre dernier. Puis le passage de la tempête Amélie alors que certains des logements étaient éventrés et en proie aux intempéries. Et, enfin, des cambriolages pour deux des propriétaires sinistrés.

Les victimes sont réunies en collectif.
Les victimes sont réunies en collectif. - E.Provenzano / 20 Minutes

Des coups de massues successifs pour les 13 familles privées de leurs maisons et de leurs affaires. Elles se démènent auprès de leurs assurances, leurs banques, du promoteur et de la mairie pour faire face à la situation. Chacun de leur interlocuteur se renvoie la balle et elles s’arrachent les cheveux. Réunies en collectif, les victimes ont les traits tirés et les mines inquiètes, elles se sentent abandonnées à leur sort.

Des maisons ouvertes aux intempéries et aux vols

Trois semaines après l’accident, la grue a été enlevée et les habitations enfin bâchées. « Les maisons arrêtent donc de se dégrader », pointe Batien, le frère d’une des propriétaires victimes, Gwendoline Gross. « Je n’aurais eu que des dégâts de toit s’ils avaient bâché assez tôt, là les travaux seront considérables et l’humidité va s’installer dans toute la maison », regrette, amère, Sylvie Baucher, une autre propriétaire.

Les dégâts sur les habitations sont considérables.
Les dégâts sur les habitations sont considérables. - Collectif sinistrés Bastide

Les habitants n’ont toujours pas pu rentrer chez eux pour constater l’étendue des dégâts, la sécurisation et les expertises n’ayant pas encore été réalisées. « On ne sait pas ce qu’on nous a volé, on ne peut pas rentrer », déplore Gwendoline Gross, dont la maison a été cambriolée. Un vigile avait été recruté en place par le promoteur du site LP Promotion mais ce gardiennage s’est avéré insuffisant. « Depuis vendredi soir, à la suite de ces cambriolages, un deuxième agent de sécurité a été dépêché et nous avons demandé la mise en place de caméras de surveillance sur l’arrière des bâtiments sinistrés », commente le service communication de LP Promotion.

Des relogements compliqués

Miguel et Sylvie Baucher ont été relogés par LP Promotion dans des studios mais ils n’ont reçu aucune assurance écrite sur la pérennité de ce relogement après le 25 novembre. « Elles seront relogées pour le temps nécessaire », assure de son côté LP Promotion. 

Gwendoline Gross, mère de deux adolescents, a refusé le logement trop petit qu’on lui proposait et qui ne lui permettait pas de les accueillir dans de bonnes conditions. « Ils auraient dû dormir ensemble dans un lit double, ce n’est pas possible », souligne cette mère de famille, d’abord hébergée chez une cousine puis un ami de son frère. « LP Promotion m’a dit qu’ils n’étaient pas responsables et qu’ils étaient déjà bien gentils de faire un relogement », ajoute Gwendoline Gross. « A titre informatif, le relogement des sinistrés n’incombe pas au Groupe LP Promotion mais à leurs assureurs respectifs », nous confirme le promoteur. Gwendoline Gross s’est bien adressée à son assurance mais on lui a répondu qu'il lui faudrait avancer les loyers d’un appartement (en plus de son prêt) pour ensuite être remboursée.

Le secteur a été bloqué pour l'enlèvement de la grue et la sécurisation des lieux.
Le secteur a été bloqué pour l'enlèvement de la grue et la sécurisation des lieux. - E.Provenzano / 20 Minutes

Fanny Noyer, étudiante en design, était en colocation dans un appartement situé sur le secteur de l’accident. Elle explique qu’elle et son colocataire n’ont pas eu l’aide promise pour retrouver un logement. Ils ont fini par en dégoter un par leurs propres moyens mais ils ne disposent pas des fonds nécessaires pour le meubler. Résultat : les deux étudiants sont revenus chez leurs parents. « On aurait pu sauver des affaires les premiers jours, mon colocataire qui était à l’intérieur quand la grue est tombée a vu que le salon était épargné mais personne ne nous écoute », déplore l’étudiante.

Sylvie Monin, lourdement handicapée, est une autre victime locataire. Elle a eu cinq jours d’hôtel pris en charge par son assurance et elle est hébergée au centre communal d'action sociale (CCAS) provisoirement depuis quelques jours. Mais très en colère, elle ne sait pas à quoi s’en tenir pour les jours et les semaines à venir. Un sentiment de lassitude et d’exaspération partagé par toutes les victimes. « On est mal et on veut des solutions, les responsabilités on verra ça au tribunal », explicite Batien.

Les familles ont déposé plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui, et destruction. Un avocat, qu’elles ont consulté, les a préparés à au moins un an de procédures. Une perspective éprouvante pour laquelle elles espèrent trouver des soutiens.