Affaire de pédophilie à Jonzac : « Elle est d’une ampleur phénoménale, et ce n’est pas terminé »

JUSTICE A partir des carnets d’un chirurgien à la retraite, racontant des scènes sexuelles avec des mineurs, des investigations ont été lancées par le parquet de La Rochelle. Celui-ci a annoncé ce lundi avoir identifié 250 victimes potentielles à ce jour

Elsa Provenzano

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Palais de justice de la Rochelle.
Palais de justice de la Rochelle. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Le parquet de La Rochelle a indiqué que 250 victimes potentielles du chirurgien de Jonzac avaient été identifiées.
  • Le sexagénaire sera jugé en mars dans un premier volet pour deux viols et trois agressions sexuelles sur mineurs devant les Assises de Charente-Maritime.
  • C’est la découverte de carnets à son domicile mentionnant 200 noms de mineurs qui a déclenché l’ouverture d’une nouvelle enquête, toujours en cours.

Le nombre de victimes potentielles de l’ancien chirurgien digestif de Jonzac, suspecté de viols et d’agressions sexuelles sur mineurs, ne cesse d’augmenter. Ce lundi, le parquet de La Rochelle a indiqué dans un communiqué que leur nombre avait grimpé à 250. 20 Minutes fait le point sur cette affaire d’une ampleur inédite en France.

Un premier volet de l’affaire jugé en mars

Le retraité, aujourd’hui âgé de 68, sera jugé aux assises dans un premier volet pour deux viols et trois agressions sexuelles sur mineurs, du 13 au 17 mars prochain. Ce sont des faits relatés par sa petite voisine, âgée de cinq ans à l’époque, qui ont déclenché l’affaire. Ses nièces seront aussi parties civiles au procès. Le sexagénaire reconnaît certaines agressions sexuelles mais pas les viols.

Des carnets à l’origine du second volet

Lors de perquisitions réalisées dans le cadre de la première enquête, des carnets ont été découverts au domicile du chirurgien mentionnant 200 noms de mineurs. Ces écrits relatent des scènes sexuelles notamment sur des patients hospitalisés dans le service du médecin dont certaines remontent aux années quatre-vingt-dix. Leur découverte a donné lieu à une seconde enquête en cours actuellement.

Que dit le chirurgien de ces carnets ?

Son avocat Thibault Kurzawa, interviewé en août 2019, rappelait que « sur les faits relatés dans ces carnets, aussi sordides et immondes soient-ils, la position de mon client est de dire que ce sont des fantasmes ». Sur les scènes impliquant de jeunes patients, il précisait également : « il ne reconnaît pas d’agressions sexuelles sur son lieu de travail ».

Où en est la justice de son enquête sur ces carnets ?

Dans son communiqué, le parquet de La Rochelle a indiqué que 250 victimes potentielles de faits non prescrits avaient été identifiées et que parmi elles, 184 ont porté plainte. En septembre, une soixantaine de victimes potentielles avaient été recensées par le parquet. « Il y a encore des vérifications à effectuer à partir des données des carnets et certaines des victimes qui se sont manifestées ne sont pas dans les carnets », précise Me Francesca Satta, qui défend une dizaine de victimes dont la moitié ne figure pas dans les écrits du chirurgien.

Quelles sont les prochaines étapes ?

« L’enquête préliminaire est en cours et la prochaine étape sera de fixer un nombre de victimes », estime maître Francesca Satta. C’est seulement après l’ouverture d’une information judiciaire que le suspect, présumé innocent, pourrait être éventuellement mis en examen. Comme une majorité des plaignants vivent dans le Morbihan, le parquet de Saintes a été dessaisi au profit de celui de Lorient.

« Compte tenu du nombre de faits et de victimes potentielles recensées, le délai d’enquête s’annonce encore long et l’ouverture d’une information judiciaire n’est pas encore d’actualité », a confirmé dans un communiqué la procureure de la République à Lorient, Laureline Peyrefitte.

Les investigations principales continueront à être menées par la Section de Recherches de la gendarmerie de Poitiers « afin de garantir la continuité de l’enquête ». « Les investigations s’attacheront notamment à poursuivre l’identification et l’audition de l’ensemble des personnes victimes des faits portés à la connaissance des autorités judiciaires, et de vérifier leur réalité », a précisé la procureure.

« C’est une affaire d’une ampleur phénoménale au regard du nombre de victimes, assure maître Francesca Satta. Et l’enquête n’est pas terminée »…