Municipales 2020 à Bordeaux : « Il faut faire le deuil de l’attractivité économique à tout prix »

POLITIQUE « Bordeaux Maintenant », l'association créée en vue des municipales par Matthieu Rouveyre (PS) pourrait rallier la liste écologiste menée par Pierre Hurmic (EELV)…

Elsa Provenzano

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Matthieu Rouveyre, fondateur de Bordeaux maintenant, et élu d'opposition PS à la mairie de Bordeaux.
Matthieu Rouveyre, fondateur de Bordeaux maintenant, et élu d'opposition PS à la mairie de Bordeaux. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • L’association Bordeaux Maintenant a été fondée par Matthieu Rouveyre, élu d’opposition municipal (PS) et vice-président du département de la Gironde.
  • Elle propose de renverser la politique d’attractivité des dix dernières années pour favoriser l’emploi local et lutter contre une fracture entre les territoires.
  • Elle envisage de se rallier à la liste écologiste avec laquelle elle discute actuellement.

Il n’est pas candidat déclaré mais veut peser dans le débat des municipales, qu’il juge pour l’instant pauvre sur le fond. Fondateur de l’association « Bordeaux Maintenant » et élu municipal d’opposition, le socialiste Matthieu Rouveyre a présenté ce mercredi une vision en matière de développement économique de la ville et la métropole bordelaise à rebours des méthodes employées ces dernières années.

Pour lui, il faut arrêter une politique d’attractivité à tous crins qui ne profite pas à l’emploi local et force la frange la plus fragile de la population à s’installer en dehors de la métropole. Soucieux de susciter un débat d’idées avant de se lancer officiellement dans la course, « Bordeaux Maintenant » pourrait néanmoins « très probablement » se rallier à la liste écologiste menée par Pierre Hurmic (EELV).

La politique d’attractivité critiquée

Si le taux de chômage baisse légèrement sur la métropole, la démographie augmentant (8 % sur dix ans) le nombre de demandeurs d’emploi n’y baisse pas (entre juin 2016 et juin 2019 il a augmenté de 4,5 %). Et parmi ces derniers, 50 % sont des chômeurs de longue durée. Un symptôme de l’échec de la politique d’attractivité, pour l’association.

Selon les analyses de Bordeaux Maintenant, les implantations d’entreprises du numérique n’auraient, par exemple, pas du tout bénéficié à l’emploi local. « Il y a un phénomène d’emplois importés qui nous semble néfaste, estime Matthieu Rouveyre. En faisant venir des entreprises on fait venir des personnes de l’extérieur qui sont déjà en emploi mais on ne trouve pas de solutions pour les personnes sans emploi qui sont là ». Le plus souvent, les entreprises nouvellement implantées débaucheraient des salariés d’autres sociétés du secteur, ou déplaceraient leurs salariés plutôt que de recruter localement.

Un développement jugé aux dépens des territoires voisins

La métropole aurait aussi un peu tendance à « vampiriser » ses voisins, en fonction de ses besoins de croissance. Il s’agit de recourir aux champs captants du Médoc pour assouvir les besoins en eau par exemple, ou d’envoyer une partie des déchets métropolitains à l’extérieur de l’agglomération. Bordeaux Maintenant a rencontré David Redon, le maire de Porchères, qui rappelle qu' « à chaque fois qu’un immeuble sort de terre à Bordeaux, il faut creuser un trou quelque part en zone rurale pour extraire du gravier et autres matériaux de construction ». L’association estime que le futur maire de Bordeaux devra penser à intégrer ces territoires dans une gouvernance qui soit davantage collaborative. « Il n’est plus possible pour Bordeaux de rester dans sa tour d’ivoire », estime Matthieu Rouveyre.

« Accepter des tours près de chez soi »

Pour l’élu, certains chiffres parlent d’eux-mêmes et doivent donner l’alerte. « En 2018, un automobiliste bordelais passe en moyenne 223 heures par an dans les bouchons, c’est énorme », s’exclame-t-il. Un chiffre qu’il rapproche de la concentration de 60 % des emplois de l’agglomération sur Bordeaux et Mérignac et des nécessaires déplacements domicile-travail. Ces dix dernières années, l’association estime qu’un développement intense a eu lieu sans vision globale et qu’il favorise une fracture territoriale.

Pour résoudre les problématiques de logement et lutter contre l’étalement urbain, l’élu d’opposition est prêt à mettre en avant une mesure impopulaire. « Oui il va falloir accepter des tours près de chez soi pour densifier, lance-t-il. On ne peut pas faire des marches pour le climat et refuser de densifier ». Pendant les six prochains mois il appelle à « un examen de conscience » pour s’engager sur la bonne voie : « si on ne change pas de modèle de développement on va dans le mur ». Des discussions sont actuellement en cours avec le groupe écologiste.