Bordeaux : A la métropole, même enterré le métro agite encore les débats

MOBILITE De vifs échanges ont eu lieu ce vendredi en conseil de Bordeaux Métropole, au lendemain de l’annonce de l’abandon du métro

Mickaël Bosredon

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La station de métro Capitole, sur la ligne A.
La station de métro Capitole, sur la ligne A. — F. Scheiber - 20 minutes
  • Patrick Bobet et le bureau de Bordeaux Métropole ont annoncé jeudi qu’ils ne donneraient pas suite à la première étude sur le métro à Bordeaux.
  • Certains élus n’ont pas caché leur satisfaction ce vendredi en conseil, chacun donnant les priorités qu’il fallait désormais suivre.
  • Les communistes, eux, n’en démordent pas et proposent non pas une mais deux lignes de métro pour désaturer l’agglomération.

Le métro est enterré, mais il n’est pas mort. Il agite en tout cas encore les esprits des élus de Bordeaux Métropole. Car s’il n’était pas forcément prévu de débattre sur les mobilités, ce vendredi en conseil, les échanges se sont malgré tout enflammés sur le sujet, à l’occasion d’une délibération sur le bilan du réseau TBM pour l’année 2018.

Très clairement, le métro, il y a les élus pour, et les élus contre. Ces derniers ont été les plus nombreux à s’exprimer ce vendredi. Comme Michel Duchène, élu bordelais et vice-président en charge des grands projets d’aménagement urbain, très virulent à l’évocation de ce projet, et inquiet d’entendre que le président de la métropole considère qu’il pourrait quand même se faire d’ici à 20-25 ans.

« Le métro est une manière de faire croire que les technologies vont nous sauver »

« Ce projet de métro est une folie, prétend Michel Duchène, un ancien Vert qui a rallié Alain Juppé en 1995, car c’est un retour vers le passé, parce que c’est en rupture totale avec ce que nous devrions faire. Le métro, au-delà de son coût, c’est une manière de faire croire que les technologies, les gadgets, vont nous sauver. Le fond du problème, c’est le changement de comportement. Il faut prendre des mesures radicales, peut-être dures pour les habitants, mais qui pourraient permettre de diminuer le nombre de voitures qui rentrent dans la métropole. Nous pourrions ainsi mettre en place un péage sur la rocade, en la rendant gratuite à partir de deux personnes dans un véhicule. Et rendre les transports en commun totalement ou partiellement gratuits. »

Gérard Chausset, adjoint au maire (sans étiquette) de Mérignac, pense lui aussi que le salut de la métropole ne passera pas par le métro. « On nous parle souvent de Toulouse et de ses 28 km de métro. Mais c’est la ville la plus embouteillée de France aux heures de pointe, donc ils n’ont absolument pas réglé leurs problèmes. Et ils ne transportent pas plus de voyageurs que nous. Et nous, nous serions peut-être la première ville au monde à construire un métro après avoir construit un tramway. C’est extrêmement difficile de le faire dans ce sens-là. »

« Arrêter le tramway bashing »

L’élu mérignacais pense que d’autres solutions existent et qu’on a tort de sous-estimer le tramway. « Je souhaiterais qu’on arrête le tramway bashing : c’est un outil efficace, heureusement qu’on l’a. Certes, il a des faiblesses, mais on va réaménager les 74 rames et récupérer 10 % de capacité. »

Pour le maire de Saint-Médard, le centriste Jacques Mangon, le métro, au-delà de son coût, ne serait tout simplement même pas pertinent. « C’est un projet essentiellement bordelais qui amènera à reconcentrer les transports sur cette partie du centre-ville, déjà très efficace, ce qui me paraît contraire à nos besoins. »

Quand les communistes sortent un projet à 5 milliards d’euros

Mais, le métro a aussi ses partisans. Et ils ne s’avouent pas vaincus. Max Guichard, président du groupe communiste à la métropole, a ainsi dans sa besace un plan très ambitieux pour la métropole, et il entend le remettre aux élus sous peu. « Notre métro d’agglomération serait un réseau de 38 km, avec deux lignes nord-sud, est-ouest, qui traverserait huit communes, avant que les 28 communes puissent en bénéficier. Nous estimons son coût à 5,3 milliards d’euros, mais la charge pour la métropole serait de 20 millions d’euros par an, sur 50 ans. En revanche, il faudrait mettre en place des taxes. »

Tous les élus sont en tout cas d’accord pour dire, comme l’a souligné le maire de Mérignac Alain Anziani (PS), qu’aujourd’hui « le sujet d’agacement de la population qui revient sans cesse, est celui du temps perdu dans les transports… » Pour lui, il faut en priorité régler le problème de « l’entrée et la sortie de la métropole, où il y a un certain nombre de blocages, et cela nécessite une coopération avec les autres territoires. »

Mieux desservir l’Aéroparc

Autre priorité selon le maire de Mérignac : « la liaison entre la rive droite et la rive gauche, avec la question de nouveaux ponts. » Et enfin, mieux desservir la zone de l'Aéroparc, qui concentre 40.000 salariés. Jacques Mangon estime lui aussi que cette zone autour de Mérignac « va avoir besoin d’un transport en site propre. »

Ce qui est certain, c’est qu’avec l’approche des élections municipales, la vigueur du débat n’est certainement pas près de retomber.