Nouvelle Aquitaine : Comment lutter contre les sécheresses à répétition dans la première région agricole de France ?

ENVIRONNEMENT Ce mardi, la nouvelle préfète Fabienne Buccio a mis l’accent sur la nécessaire préservation de la ressource en eau, dans une région très agricole et promise à une forte croissance démographique…

Elsa Provenzano

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En Charente, les sols et la végétation ont souffert de la sécheresse.
En Charente, les sols et la végétation ont souffert de la sécheresse. — Jean Michel Nossant/SIPA
  • La préfète veut travailler à mieux préserver la ressource en eau en Nouvelle-Aquitaine, en quantité et en qualité.
  • Des « bassines » de stockage lancées dans les Deux-Sèvres pourraient faire partie des solutions pour répondre au déficit d’eau des agriculteurs en été.
  • Elle voudrait aider financièrement les agriculteurs qui ont des points de captages d’eau sur leurs exploitations agricoles à passer à l’agriculture biologique, pour préserver la qualité de la ressource.

« Je ne veux pas inquiéter mais juste me montrer réaliste, a averti, ce mardi, la préfète de Nouvelle-Aquitaine Fabienne Buccio. On a les moyens, si on fait les choses intelligemment, d’arriver à des résultats. Néanmoins, il faut se dire que si on ne fait rien, le déficit en eau sera multiplié par six dans les 30 prochaines années, selon les scientifiques. »

Plusieurs départements de la première région agricole de France ont été frappés par la sécheresse cet été et ont fait l’objet de mesures de restriction, imposant aux agriculteurs de diminuer voire de stopper leurs prélèvements sur certains secteurs. « Cette problématique de déficit d’eau a pris de l’ampleur cette année et je ne vois pas pourquoi elle ne continuerait pas à en prendre », estime la préfète. D’autant que les prévisions tablent sur 550.000 résidents supplémentaires d’ici 2030, dans une région qui en compte déjà six millions.

L’exemple de « bassines » dans les Deux-Sèvres

Dans les Deux-Sèvres, un projet d’installation de 19 « bassines » pour récolter et stocker l’eau en hiver afin de répondre aux besoins des agriculteurs en été est en cours. « Il existe des solutions techniques qu’on peut trouver en bonne intelligence et qu’on pourrait reproduire », souligne Fabienne Buccio.

« Sur cette question, ce qu’on remet en cause, c’est le modèle agricole dominant, qui destine des surfaces très importantes aux cultures irriguées, pointe Michel Hortolan, président de France Nature Environnement en Nouvelle-Aquitaine. On ne veut pas montrer les agriculteurs du doigt mais souligner que les solutions pour un autre système existent (agriculture biologique, agroécologie etc.) »

Une eau à protéger des pesticides

« Seulement un tiers de la masse d’eau est aujourd’hui considéré en bon état en Nouvelle-Aquitaine, déclare la préfète. Et 117 perçages sont qualifiés de prioritaires, c’est-à-dire à préserver. »

Elle propose d’aider financièrement les agriculteurs qui ont des captages d’eau sur leurs exploitations à se convertir à l’agriculture biologique. Dans la région, la majorité de ces captages sont situés sur des terrains agricoles et déjà soumis à des distances réglementaires. Sans recourir à des moyens coercitifs, la préfète veut aller plus loin, sans attendre que les textes se durcissent sur ce sujet.

« On ne peut être que favorable à cette mesure, réagit Michel Hortolan. Mais, dans un contexte plus général il ne faudrait pas se limiter à ces zones de captages quand on connaît la volatilité des molécules de synthèse utilisées ». La FNE appelle de ses vœux de vraies mesures d’accompagnement des agriculteurs pour assurer une transition vers un autre modèle agricole.