Bordeaux: Le projet de métro est finalement enterré

INFO «20 MINUTES» Patrick Bobet, président LR de Bordeaux Métropole, révèle dans un entretien exclusif à « 20 Minutes » qu'il y a finalement « plus urgent » à faire que le métro

Mickaël Bosredon

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Le métro de Toulouse
Le métro de Toulouse — BORDAS/SIPA
  • Patrick Bobet estime que la métropole « n'est pas prête » pour se lancer dans le chantier d'un métro et qu'il y a « plus urgent » à réaliser.
  • Il relève toutefois que l'étude qu'il a commandée a démontré « qu'un métro à Bordeaux est techniquement faisable».
  • Il reste persuadé que le métro se fera un jour, mais renvoie la décision à la prochaine mandature voire à celle d'après.

Il siffle la fin de la récréation. Alors que le débat sur le projet de métro à Bordeaux était en train de s’enflammer depuis quelques semaines, Patrick Bobet, président LR de la métropole, dévoile dans un entretien exclusif à 20 Minutes, les conclusions qu’il donne  à l'étude qu'il avait commandée en avril dernier. Et qu’il a annoncées jeudi aux élus métropolitains réunis en bureau.

Patrick Bobet, président (LR) de Bordeaux Métropole, et maire du Bouscat.
Patrick Bobet, président (LR) de Bordeaux Métropole, et maire du Bouscat. - M.Bosredon/20Minutes

Après environ trois semaines de réflexion et d’échanges sur le sujet, Patrick Bobet conclut finalement qu' « il y a plus urgent. » « Je dis : arrêtons de nous exciter sur cette histoire-là, posons les choses et réfléchissons… Au fond de moi, je pense qu’on le fera un jour ce métro, mais d’ici 15 à 20 ans. On a le temps. Et d’ici là, nous aurons peut-être des techniques encore plus performantes pour le réaliser. »

Dans un communiqué jeudi soir, le bureau a confirmé qu'il en resterait là. « Après discussions, le bureau n’entend pas poursuivre par une phase d’analyse plus approfondie l’étude exploratoire réalisée lors du 1er semestre 2019 ayant pour but de répondre aux interrogations sur la pertinence d’un projet de métro pour la Métropole. »

Techniquement faisable

Patrick Bobet rappelle qu’il a souhaité cette étude « pour savoir si un métro est faisable et pertinent », notamment dans le contexte d’un réseau de tram qui va commencer à s’user à partir de 2030. 20 Minutes a pu consulter cette étude dans son intégralité. Il y est effectivement confirmé qu’une ligne de métro serait faisable techniquement et pertinente économiquement.

« C’est une des grandes nouvelles de cette étude, souligne l’élu, car cela vient balayer une vieille idée reçue encore bien ancrée à Bordeaux, comme quoi le métro ne serait pas possible en raison de la nature du sous-sol… L’étude conclut aussi qu’une ligne serait pertinente en termes d’efficacité, puisque l’on pourrait embarquer 120.000 passagers par jour. L’appréhension de ce problème a donc changé, très bien, mais ce n’est pas pour cela qu’on va tout révolutionner immédiatement. »

« L’urgence c’est la rocade »

 « L'urgence, c'est la rocade » soutient le président de la métropole. « Il faut accélérer sa mise à deux fois trois voies, et très vite passer à deux fois quatre voies d’ici à fin 2020 [en redessinant quatre voies avec les trois voies existantes, dont une voie dédiée au covoiturage et aux bus, et en abaissant la vitesse à 70 km/h]. » L’élu, qui est aussi maire du Bouscat, estime par ailleurs qu’il faut « trouver des solutions pour retenir les camions en amont et en aval, et les dissuader de passer par Bordeaux grâce à la création d’un barreau routier entre Mussidan et Langon. »

Sur les transports en commun, il rappelle que la métropole s’est déjà engagée avec la région sur la création de « liaisons en cars express, et sur le RER Métropolitain (comprendre le cadencement des TER)… Toutes ces choses-là, ça peut se faire dans les cinq ans à venir, et le métro viendra après… »

Un ensemble de projets qui a un coût. « Avec tout cela, on ne sera pas loin des 1,4 milliard d’euros que coûterait une ligne de métro… » Comprendre : on ne peut pas tout financer d’un coup. Sur ce point, l’étude concluait d’ailleurs que « le financement d’une telle infrastructure semble difficilement imaginable au vu des autres engagements financiers incontournables liés à la mobilité. »

La peur de l’impact des travaux sur la circulation

Patrick Bobet reste toutefois convaincu que le métro se fera. « Avec une agglomération qui gagne 1,5 % de population par an, cela fera 15 % d’augmentation en dix ans, je pense donc qu’on aura besoin du métro un jour. Ce n’est pas qu’on le voudra, c’est qu’on en aura besoin. Mais là, nous ne sommes pas mûrs pour prendre une décision dès maintenant. »

Concernant le tracé, l’étude plébiscite une ligne qui part de Bouliac, passe par l’Arena, la gare, la Victoire, le centre administratif, Ravezies, le lac et le stade, soit 14 km. « Cette ligne est bonne, mais il ne faut pas se précipiter, pour l’instant restons-en là » estime encore Patrick Bobet.

D’autant plus que l’étude met en garde contre « l’impact très conséquent qu’auront les travaux, et notamment la création des dix stations », sur la circulation. « Il faut laisser les Bordelais profiter de leur tram et de tout ce qu’on va proposer, et respirer un peu. Ce sera pour le mandat suivant, ou au pire celui encore d’après. »