Bordeaux : Pas si facile que ça de végétaliser la ville de pierres

ENVIRONNEMENT Alors que les candidats aux municipales rivalisent d’imagination pour proposer des solutions pour végétaliser Bordeaux, les associations investies sur ce terrain depuis des années expliquent leurs difficultés…

Elsa Provenzano

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Sur la place Dormoy, le petit green a été installé par le Petit grain et les Incroyables comestibles. Lancer le diaporama
Sur la place Dormoy, le petit green a été installé par le Petit grain et les Incroyables comestibles. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Le verdissement de la ville est au cœur de la campagne des municipales à Bordeaux.
  • Les associations qui agissent sur ce terrain racontent les difficultés à planter à cause des contraintes administratives et architecturales.
  • Pour durer, les projets de végétalisation doivent associer les habitants des quartiers concernés.

Bordeaux la minérale a encore de beaux jours devant elle si on en croit les associations engagées sur le terrain de la végétalisation depuis plusieurs années. Alors que tous les candidats aux municipales de mars 2020 rivalisent d’imagination pour proposer des projets d’espaces verts toujours plus ambitieux, ces structures racontent leurs difficultés à verdir les rues.

Dans les quartiers Mériadeck, Saint-Seurin, Bacalan, près de la gare Saint-Jean et à Bordeaux Lac, l’association les Incroyables Comestibles Bordeaux a installé des petits jardins, dont la particularité est de proposer plantes aromatiques et légumes, destinés aux riverains et aux passants. « Tout ce qui pousse, appartient à tous, résume Magali Bonniau des Incroyables Comestibles Bordeaux. On est convaincus que le partage du comestible est un vrai lien social »

Tram, réseaux, Unesco… Les contraintes pour planter

Au printemps 2017, l’association s’est lancée à Mériadeck avec l’idée d’étendre progressivement ce potager urbain. « Mais il y a la problématique des autorisations pour étendre le jardin, souligne Magali Bonniau. C’est très long sur le plan administratif, puisqu’il faut obtenir l’autorisation des espaces verts mais aussi de l’architecte des bâtiments de France, c’est interminable ». Du coup deux ans et demi après le premier coup de pioche, seule la première parcelle de 40 m2 a été installée.

Les Incroyables Comestibles n’ont toujours pas réussi à mettre un pied (de tomate) dans le quartier Saint-Michel, qui se situe dans le secteur sauvegardé, lui-même au centre du périmètre reconnu par l’Unesco en 2007. « Bordeaux ville de pierres, on y est encore, estime Magali Bonniau, nullement surprise que les candidats à la mairie verdissent leur programmes dans le contexte actuel. Quelques carrés de potager sur la place Pey-Berland, ce n’est pas du tout envisageable à l’heure actuelle ». Bordeaux est très fière de ses pierres blondes et depuis le début du classement, le secteur protégé ne fait que s’agrandir.

Autre difficulté qu’elle pointe, l’installation des lignes de tramway et la multiplication des réseaux pour les nouveaux logements, qui limitent les champs d’action pour planter de la verdure. « Néanmoins il reste plein d’espaces à végétaliser, avec des bacs par exemple. On reste positifs et convaincus qu’on peut faire des choses » conclut-elle.

Les habitants à la racine de la réussite

L’association Yakafaucon a été fondée en 2009 par des habitants de la rue Monfaucon qui ont voulu rendre leur rue moins triste et favoriser les rencontres entre voisins de palier. En 2010, ils ont lancé leur premier projet « à fleur de rues », avec l’appui de la Ville.

La rue Monfaucon fait partie des rues bordelaises les plus vertes.
La rue Monfaucon fait partie des rues bordelaises les plus vertes. - E.Provenzano / 20 Minutes

« C’est en bas de la porte des gens, c’est pour cela que ça fonctionne, estime Flora Lassalle, animatrice au café associatif le Petit Grain (en lien avec l’association Yakafaucon). Ils plantent chaque année, entretiennent les plantes, font du troc de graines etc. ». Depuis 2014, la mairie de Bordeaux encourage la végétalisation des rues et a créé plus de 5.000   petites fosses de plantation au pied de logements bordelais. « On répond à 1.500 à 1.600 demandes par an environ, commente Magali Fronzes, adjointe au maire chargée de la nature en ville et des espaces verts. Au début c’était expérimental mais ça a très bien fonctionné, on est satisfaits du dispositif ». S’ils se chargent de l’entretien, les habitants peuvent aussi demander que des pieds d’arbres ou des bacs soient fleuris par la Ville.

En partenariat avec les Incroyables Comestibles, le café associatif s’est lancé dans un projet de potager et de spirale à aromatiques en 2017 sur la place Jacques-Dormoy appelé « le petit green ». Et à cet endroit très fréquenté, les plantations ne sont pas toujours respectées. Il y a eu des dégradations et les plantes ont pris un gros coup de chaud pendant les vacances d’été.

Le café réfléchit à un projet en lien avec l’association Le Carillon pour mêler insertion et veille plus continue sur les plantations. Au petit grain, qui compte 1.500 adhérents dont 500 bénévoles, on rêve aussi d’un potager sur un toit. Lentement mais sûrement les jardins et potagers tentent se faire une place dans la ville de pierres.