«Gilets jaunes» à Bordeaux : Il a eu la main arrachée par une grenade GLI-F4, sa plainte auprès de l'IGPN classée sans suite

JUSTICE Après que sa main droite a été arrachée par une grenade GLI-F4 le 8 décembre 2018 à Bordeaux, la plainte d’Antoine Boudinet pour mutilation auprès de l’IGPN a été classée sans suite par le parquet. Son avocat va saisir le procureur général pour qu’une information judiciaire soit ouverte

Elsa Provenzano

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Antoine Boudinet, 27 ans, a eu la main droite arrachée par une grenade GLI-F4 le 8 décembre. Il manifestait ce dimanche avec d'autres mutilés.
Antoine Boudinet, 27 ans, a eu la main droite arrachée par une grenade GLI-F4 le 8 décembre. Il manifestait ce dimanche avec d'autres mutilés. — GEORGES GOBET / AFP
  • Le 8 décembre 2018, Antoine Boudinet a eu la main droite arrachée par une grenade de désencerclement sur la place Pey-Berland à Bordeaux.
  • Sa plainte auprès de l'IGPN  pour mutilation volontaire a été classée sans suite par le procureur de la République de Bordeaux, au motif que l’agent qui a lancé la grenade n’a pu être identifié.
  • Son avocat annonce qu’une nouvelle plainte va être déposée la semaine prochaine auprès du procureur général pour l’ouverture d’une information judiciaire.

Ce dimanche, Antoine Boudinet bat encore le pavé à Bordeaux pour alerter sur le danger de certaines armes utilisées par les forces de l’ordre. Il marche aux côtés d’autres personnes blessées de manière irréversible, qui portent des croix jaunes sur lesquelles sont inscrites les dates de leurs mutilations et les armes qui en sont responsables.

Le 8 décembre dernier, ce jeune homme de 27 ans a eu la main arrachée par une grenade de désencerclement (GLI-F4) alors qu’il avait participé à la marche pour le climat et à celle des « gilets jaunes ». Quand un objet roule près de lui, sur la place Pey-Berland, à Bordeaux, il pense que c’est une nouvelle grenade lacrymogène, qu’il veut renvoyer par réflexe. C’est alors que la grenade GLI-F4, qui contient de la TNT, explose et lui arrache sa main droite.

Le procureur a classé la plainte sans suite

« Dès le 17 décembre j’ai déposé une plainte contre le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et le préfet de la Gironde pour mutilation volontaire, explique Jean-François Blanco, l’avocat d’Antoine Boudinet. En juin 2018, l’Etat reconnaît la dangerosité des grenades GLI-F4 et annonce son abandon mais il continue à en doter les forces de l’ordre pour écouler les stocks. Dans ces conditions, j’estime que leur responsabilité pénale est engagée. »

L’enquête de l’inspection générale des polices (IGPN) déclenchée par cette plainte vient d’aboutir à un classement sans suite par le procureur de Bordeaux pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Le motif ? L’agent des forces de l’ordre à l’origine du jet de grenade n’a pas pu être identifié. « Le problème c’est que l’enquête est vide, il n’y a pas eu de reconstitution de la scène et aucune vérification n’a été opérée au niveau de l’inventaire des munitions que doivent réaliser les forces de l’ordre après une intervention », estime le conseil du jeune homme.

Contactés par 20 Minutes, la préfecture de la Gironde et le ministère de l’Intérieur n’ont pas souhaité commenter cette décision de justice.

Cette affaire n’est pas terminée

La semaine prochaine, Jean-François Blanco va saisir le procureur général de la cour d’appel de Bordeaux pour l’ouverture d’une information judiciaire. Il espère qu’elle permettra « des investigations impartiales et sérieuses ». L’affaire n’est donc pas terminée.

Son client l’impressionne par sa détermination : « Il a la volonté de connaître la vérité », pointe-t-il. Et ce n’est pas un sentiment de vengeance qui l’anime : « Je suis allé lui rendre visite à l’hôpital Pellegrin, le mardi suivant le 8 décembre et il m’a dit qu’il n’en voulait pas au policier qui a tiré la grenade mais qu’il tenait à ce qu’on n’utilise plus ces armes et qu’on recherche des responsabilités au niveau hiérarchique ».