Bordeaux : « Une ligne de métro serait tout à fait pertinente » mais coûterait environ 1,4 milliard d’euros

TRANSPORTS Le président de Bordeaux Métropole a dévoilé ce lundi les contours d’une étude réalisée sur le projet de métro à Bordeaux

Mickaël Bosredon
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Le métro de Toulouse.
Le métro de Toulouse. — Fred Scheiber/20 Minutes
  • Cette étude sera débattue par les élus de Bordeaux Métropole en novembre.
  • Selon le président de la métropole Patrick Bobet, une ligne qui partirait de l’Arena de Floirac, passerait par la gare, la Victoire, pour se terminer au parc des Expositions serait pertinente.
  • Il souligne en revanche le coût important de ce projet et l’ampleur des travaux qu’il nécessiterait.
  • L’association Métro de Bordeaux estime de son côté que la capacité, la vitesse et la fiabilité d’un métro, l’emportent sur les autres considérations.

On est encore très loin d’un accord politique sur ce dossier. Mais l'idée d'un métro à Bordeaux fait, tranquillement, son petit bout de chemin. Lors de sa conférence de rentrée ce lundi, le président de Bordeaux Métropole Patrick Bobet (LR) a annoncé que l'étude qu'il avait commandée en avril dernier est prête. Et qu’elle sera discutée par les élus métropolitains en novembre prochain.

« J’ai eu ce document, conséquent, en mains la semaine dernière », explique-t-il. Et, histoire de balayer les critiques sur la pertinence même de cette enquête, il a longuement insisté sur son sérieux. « A la première lecture elle m’a semblé pointue et approfondie, de la part de l’ingénieur qui l’a réalisée. Et qui n’est pas un jeune ingénieur qui sort d’école… »

Certains élus, de leur côté, commencent à manifester leur intérêt pour le projet, comme le maire de Pessac Franck Raynal (LR).

« Passer sous la Garonne ce n’est pas très compliqué, on sait faire »

Patrick Bobet a rapidement évoqué les premières conclusions de cette étude. « Pour faire très simple, et je vais juste dévoiler quelques éléments, il y a cinq points majeurs dans ce qui est proposé : trois points très positifs, deux autres qui le sont beaucoup moins. »

Premier point, est-ce réalisable ? « Oui, sans aucune difficulté, annonce Patrick Bobet. Les métros de Moscou ou Saint-Pétersbourg ont été réalisés à -80 m ou -100 m, donc passer sous la Garonne ce n’est pas très compliqué, on sait faire. » Deuxième point : est-ce pertinent, efficace et attendu ? « La réponse est oui. Une seule ligne est très pertinente pour être tout à fait précis. Elle partirait de l’Arena à Floirac, passerait sous la Garonne puis desservirait la gare, la Victoire, la Cité administrative, le secteur des Aubiers et le parc des expositions. » Enfin, est-ce que ce serait un projet rentable ? Là encore la réponse est oui.

« A chaque station il y aurait une emprise de travaux colossale »

« Deux points en revanche sont négatifs, a poursuivi le président de Bordeaux Métropole. D’abord le coût. On est sur un bon milliard d’euros, voire 1,4 milliard. C’est important. Ensuite, c’est l’impact des travaux. A chaque station il y aurait une emprise de travaux colossale, qui fait que c’est très compliqué. Pas autant que le tramway certes, mais quand même. »

Enseignant-chercheur, Mickaël Baubonne avait relancé cette idée de métro en 2018, et a monté une association pour défendre cette ambition. Contacté par 20 Minutes à l’issue des annonces de Patrick Bobet, il se montre tout d’abord satisfait des avancées de ce dossier.

9.000 voyageurs par heure et 35 km/h de vitesse commerciale

« En revanche, nous identifions du côté de notre association beaucoup plus que trois points positifs, dit-il. Il y a la capacité d’abord, car c’est quand même un mode de transport qui peut dépasser les 9.000 voyageurs par heure et par sens, quand le tramway ne peut aller au-delà de 6.000 voyageurs. On est sur une vitesse inégalable de 35 km/h. Le réseau de métro de Rennes, c’est 0,14 panne tous les 10.000 km, soit trois fois moins que le tramway de Bordeaux. C’est donc un mode plus fiable. »

Par ailleurs, poursuit-il, « nous sommes sur une infrastructure qui peut atteindre l’équilibre : les coûts de fonctionnement sont couverts par les recettes d’exploitation, ce qui vient relativiser le montant de l’investissement, et c’est une infrastructure durable par rapport au tramway qui est très vite saturé. »

Quid de la rive droite ?

Derniers atouts, souligne Mickaël Baubonne, « mettre un métro en souterrain, cela permet de préserver l’espace en surface pour l’affecter aux modes doux tels que vélos, trottinettes et piétons. Quant au coût annoncé, il faut le comparer au plan mobilité que Toulouse met en œuvre d’ici à 2030, et qui s’élève à 4 milliards d’euros, dont 2,7 milliards pour une ligne de métro de 27 km. »

Sur le tracé, « ce qui me paraît pertinent c’est au moins le tronçon entre Floirac et la Victoire… Pour le reste, c’est un peu surprenant, mais pourquoi pas ?, analyse le chercheur. Je pense toutefois qu’il manque un tronçon entre les deux rives de la Garonne dans la partie centrale. D’ici à 2025, la question de la capacité de la ligne A du tram va en effet se poser, alors que de nouveaux quartiers se profilent rive droite, comme Niel. Cela me paraît donc problématique... »