Gironde : Des fongicides appliqués sur les vignes retrouvés dans l’air du Médoc et de Bordeaux

POLLUTION DE L'AIR L’Atmo, observatoire régional de l’air, a publié fin août son bilan annuel sur la qualité de l’air en Nouvelle Aquitaine. Le folpel, fongicide utilisé dans les vignes, est présent dans l’air de la zone viticole du Médoc mais aussi dans celle urbaine de Bordeaux…

Elsa Provenzano

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L'observatoire Atmo mesure tous les ans les concentrations de pesticides dans l'air.
L'observatoire Atmo mesure tous les ans les concentrations de pesticides dans l'air. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Le rapport annuel de l’Atmo montre, sans surprise, que l’air de la Gironde est chargé de pesticides utilisés dans la viticulture.
  • Les zones urbaines ne sont pas épargnées même si les concentrations de molécules y sont moins importantes.
  • Le collectif Info Médoc Pesticides rappelle que l’exposition en elle-même est dangereuse, peu importe la dose. Il alerte aussi sur l’effet cocktail dont on ne connaît pas les conséquences au vu du nombre de molécules identifiées.

Les pesticides (insecticides, fongicides, herbicides) utilisés dans les agricultures locales se retrouvent bien dans l’air. En Gironde, le folpel, un fongicide appliqué sur les vignes pour lutter contre le mildiou, a été notamment quantifié dans le  bilan annuel 2018 de l'observatoire régional de la qualité de l'air, l’Atmo. Il est présent à d’assez fortes concentrations dans l’air du Médoc, territoire viticole, mais aussi à Bordeaux, distante d’une soixantaine de kilomètres, à des concentrations un peu plus faibles. Au total 51 molécules ont pu être détectées sur les sept points de mesure de la région, sur les 67 recherchées par l’Atmo.

Les zones urbaines ne sont pas épargnées

L’air circule et les pesticides utilisés dans l’agriculture se retrouvent dans les zones urbaines. « Le nombre de composés retrouvés en zone urbaine et en zone rurale est quasiment identique (entre 17 et 36 molécules détectées) », note l’observatoire dans son bilan. « On voit bien qu’on ne peut rien contre la dérive (des pesticides), commente Marie Lys Bibeyran, du collectif Info Médoc Pesticides. Les panneaux récupérateurs ou les haies sont présentés comme des moyens de lutte contre la dérive mais aucun ne la supprime. La seule solution est de se passer de ces produits. »

Si l'Atmo mesure les pesticides dans l'air depuis 2001, les sites de Bordeaux et du Médoc n'ont fait l'objet d'analyses que depuis 2017. 

Les fongicides très présents dans l’air des régions viticoles

Selon les mesures 2018 de l'Atmo, les concentrations de folpel, un fongicide, sont quatre fois supérieures à celles enregistrées en 2017 « car l’été a été assez chaud et humide provoquant l’apparition de mildiou », explique Florie Chevrier, ingénieure d’études à l’Atmo, qui a participé à l'élaboration du bilan. « Au lieu de diminuer, comme promis par le plan Ecophyto, ça augmente, pointe Marie Lys Bibeyran. Ce n’est pas nouveau les aléas climatiques dans l’agriculture, et les agriculteurs bio arrivent à s’en sortir et se portent même très bien, il faut en tirer la conclusion qui s’impose ».

« Les concentrations moyennes de fongicides sur le site du Médoc présentent des valeurs deux fois plus élevées que sur le site du Cognaçais et six à 54 fois plus élevées que sur les sites urbains (Bordeaux, Limoges et Poitiers) et ruraux (Saint-Yrieix-la-Perche et CC des Grands Lacs) », mentionnne le rapport. A l'heure actuelle, il n’existe pas de seuils réglementaires concernant les concentrations de pesticides dans l’air.

Ces fongicides sont présents dans l'air en particulier entre fin avril et fin août quand les herbicides polluent l’air des régions de grandes cultures (céréales, maïs, oléagineux) d’octobre à décembre. Les insecticides sont eux présents tout au long de l’année mais « dans des concentrations relativement faibles », précise l'Atmo. 

La dose ne fait pas le poison

Mais voilà, même en quantité relativement faibles, les pesticides ne seraient pas sans danger. « A partir du moment où il y a une présence dans l’air d’un pesticide il y a danger, explique Marie-Lys Bibeyran. Ce n’est pas la dose le problème mais le fait que vous soyez exposés. »

Elle rappelle que le folpel est classé « cancérigène » et qu’il est nocif par inhalation. « Et, une cinquantaine de molécules ont été détectées dans ce bilan de l’Atmo, il y a donc un effet cocktail dont les conséquences sont inconnues ». Les sources d’exposition (eau, nourriture etc.) sont aussi multiples.

L’Atmo, dont le rôle est simplement de mesurer les pesticides dans l’air, présente son bilan annuel comme un outil pour des organismes comme l’Anses et l’Agence régionale de Santé. Ces deux institutions n’ont pas donné suite aux sollicitations de 20 Minutes.

« L’étude a le mérite d’exister, pointe Marie Lys Bibeyran, mais il faut en tirer les conclusions. on sait bien que les verrous sont du côtés des pouvoirs publics et de firmes comme Bayer Monsanto ».