Bordeaux: Deux ans de prison ferme pour un trafiquant de civelles

CONTREBANDE Le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné un mareyeur originaire de Vendée à deux ans de prison ferme avec mandat de dépôt, pour un trafic de civelles, un alevin d'anguilles

20 Minutes avec AFP

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Illustration de civelles.
Illustration de civelles. — JS EVRARD/20 MINUTES
  • Un autre prévenu a été condamné à 16 mois ferme et un troisième à huit mois avec sursis.
  • Les trois hommes avaient été arrêtés en février en Gironde avec 300 kg de civelles.
  • Les civelles, protégées depuis 2009, font l'objet d'un trafic qui serait évalué à plusieurs milliards d'euros entre l'Europe et les marchés asiatiques.

Un « signal fort » s’est félicité l’avocat d’une association de protection de la nature, partie civile dans l’affaire. Le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné jeudi un mareyeur à deux ans de prison ferme, avec mandat de dépôt, pour un trafic de civelles (alevins de l'anguille). Une peine inédite.

Outre ce mareyeur originaire de Vendée, le tribunal correctionnel a condamné jeudi un autre prévenu, absent à l’audience, à 16 mois de prison ferme – peine assortie d’un mandat d’arrêt – et un troisième à huit mois de prison avec sursis.

Les trois hommes avaient été arrêtés par les douanes en février en Gironde sur l’A63 alors qu’ils transportaient près de 300 kilos de civelles. Ils étaient poursuivis pour détention sans document justificatif régulier, transport non autorisé et atteinte à la conservation d’une espèce protégée, le tout en bande organisée.

Pêche strictement réglementée

Les civelles, protégées depuis 2009, font l’objet d’un trafic qui serait évalué à plusieurs milliards d’euros entre l’Europe et les marchés asiatiques, particulièrement friands de ce mets. Leur pêche est très strictement réglementée, avec un système de licences et quotas, destinés pour partie à la consommation et pour partie au repeuplement des rivières.

Au cours de la dernière saison de pêche (2017-2018), les services répressifs européens ont pu saisir 3.394 kg de civelles de contrebande d’une valeur estimée à 6,5 millions d’euros, selon Europol.

« La première fois que je vois quelqu’un qui part (directement) en détention pour des espèces protégées »

Des peines de prison ferme ont déjà été prononcées – à Bordeaux en 2018 ou à Nantes en février – dans des procès de filières de plus en plus organisées, mais « c’est la première fois en 20 ans que je vois quelqu’un qui part (directement) en détention pour des espèces protégées », souligne François Ruffié, avocat de la Sepanso, qui a obtenu 15.000 euros de dommages et intérêts.

« Ce qui change en ce moment, c’est l’ampleur du trafic et sa prise en compte par l’institution judiciaire », relève-t-il. « Un parallèle a été fait à l’audience avec les stupéfiants : les infractions sont qualifiées de la même façon et le mode opératoire y ressemble, avec un go fast (convoi de voitures) », ajoute l’avocat.

« De plus en plus de délinquants de stups se tournent vers le trafic d’espèces protégées »

« D’ailleurs, même si ce n’est pas le cas dans cette affaire, on s’aperçoit que de plus en plus de délinquants de stups se tournent vers le trafic d’espèces protégées. Le risque pénal est bien moindre, deux à trois ans de prison contre dix, alors que le profit reste significatif, le prix de gros allant de 400 à 600 euros le kilogramme. »

L’avocat du mareyeur, Me Jean Gonthier, que l’AFP n’a pas pu joindre, a confié à la presse locale son intention de faire appel.