Pendant quatre ans, les micropolluants ont été étudiés dans les eaux rejetées sur la Métropole de Bordeaux.
Pendant quatre ans, les micropolluants ont été étudiés dans les eaux rejetées sur la Métropole de Bordeaux. — UGO AMEZ/SIPA

POLLUTION INVISIBLE

Bordeaux: Médicaments, détergents, cosmétiques… Les résidus de micropolluants dans l’eau traqués par la Métropole

Pendant quatre ans, la Métropole bordelaise et ses partenaires ont étudié les micropolluants qui passent les barrières de traitement des stations d'épuration pour se déverser dans le milieu naturel

  • Les conclusions d’une étude sur les micropolluants dans l’eau a été menée sur quatre ans par Bordeaux Métropole et ses partenaires.
  • Si de nombreux résidus sont captés par les stations d’épuration, d’autres passent entre les mailles du filet et polluent le milieu.
  • Des pistes de réduction de ces micropolluants à la source ont été avancées.

Quels sont les micro-polluants qui passent les barrières des stations d’épuration ? Et comment réduire leur présence dans l’eau des milieux naturels de la Métropole, comme  la Garonne ? C’est en substance les questions qui ont occupé les parties prenantes du projet Regard (réduction et gestion des micro-polluants sur la métropole bordelaise) pendant quatre ans. Ce mardi, les conclusions de cette étude inédite d’ampleur, qui a mobilisé 3,3 millions d’euros, ont été rendues.

Qu’est-ce qu’un micro-polluant ?

La réglementation actuelle recense 110.000 molécules considérées comme des micro-polluants, c’est-à-dire qu’elles sont susceptibles d’avoir une action toxique sur les organismes vivants, même à des concentrations très faibles (inférieures au microgramme par litre). Au cours de l’étude, les eaux usées brutes, c’est-à-dire non traitées, sont analysées et il en ressort qu’elles sont chargées en micro-polluants : des résidus de médicaments, de détergents, de cosmétiques mais aussi de produits utilisés par les industriels et les hôpitaux.

Quelles sont les substances les plus dangereuses identifiées ?

Quelque 250 molécules ont été passées au crible lors de l’étude Regard. Si certaines sont filtrées par les stations d’épuration plutôt récentes de la Métropole bordelaise d’autres passent à travers les mailles du filet. Parmi celles-ci, une trentaine de molécules « à enjeux » ont été pointées. C’est le cas par exemple du filpronil, un antiparasitaire prescrit pour les animaux de compagnie, de l’AMPA (dérivé du glyphosate) que l’on retrouve dans les lessives, du bisphénol A et du diclofénac, un anti-inflammatoire. Les résidus de cuivre, cobalt, chrome et zinc sont eux considérés comme des micro-polluants métalliques problématiques.

Quelles sont les pistes pour les réduire ?

« Sur le CHU de Bordeaux, 15 actions ont été mises en place pour réduire l’utilisation des biocides, pour la désinfection des chambres par exemple », pointe Anne-Lise Jacquet, vice-présidente en charge de l’Eau et de l’Assainissement à la Métropole. Pour préserver le milieu, la Métropole a testé une dératisation non chimique de ses canalisations à l’aide de pièges et juge la méthode « efficace ». L’amélioration de la capacité de traitement des stations d’épurations pour capter quelques micro-polluants supplémentaires serait aussi à l’étude mais la priorité, insiste Mélodie Chambolle, directrice adjointe du LyRE, centre de recherche sur l’eau du groupe Suez basé à Bordeaux « c’est la réduction à la source ».

Une expérimentation a été menée auprès de 43 familles pour leur faire changer leurs habitudes au quotidien et arrêter l’usage de certains produits. La directrice adjointe du LyRE admet que « quand on arrivera à travailler au plus près de la formation des produits [auprès des industriels donc] on aura gagné la bataille, notamment avec les écolabels ». Une solution pour traiter les eaux pluviales, également contaminées par des micro-polluants lors de leur ruissellement et issues d’un réseau séparatif, est aussi à l’étude.

Quel impact sur le prix de l’eau ?

« L’enjeu est de garder un prix de l’eau assez modique tout en réduisant la pollution à la source », souligne Guillaume Choisy, directeur général de l’agence de l’Eau Adour Garonne. Or, plus on traite l’eau en station et plus le coût peut aller à la hausse. La Métropole a demandé son avis à un échantillon de la population via un questionnaire en ligne et en moyenne, un ménage est prêt à payer l’équivalent d’une hausse de 6 % sur sa facture d’eau pour financer des nouvelles stations des eaux usées.