Déviation routière de Beynac en Dordogne: «On est au milieu du match», estime le président du département, porteur du projet

FEUILLETON JUDICIAIRE Dans l'affaire de la déviation routière de Beynac, le Département de la Dordogne, porteur du projet, a fait appel de la décision du tribunal administratif qui a annulé l'autorisation de travaux mais l’Etat a annoncé qu'il ne formerait, lui, pas d'appel

Elsa Provenzano

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Beynac est classé comme l'un des plus beaux villages de France.
Beynac est classé comme l'un des plus beaux villages de France. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Le Département veut éviter toute démolition d’éléments déjà construits sur le site alors que le tribunal administratif a annulé l’arrêté préfectoral autorisant les travaux et demandant la remise en état du site.
  • C'est sans compter sur le soutien de l’Etat sur ce dossier que la collectivité fait appel. 
  • Les associations environnementales qui avaient déposé un recours contre le projet se réjouissent de ces décisions de justice. 

L'Etat ne fait pas appel de la décision du tribunal administratif d'annuler l'autorisation des travaux de la déviation routière de Beynac, un beau village de Dordogne très prisé des touristes pour son château médiéval. Le Département de la Dordogne se retrouvera seul devant la cour d'Appel de Bordeaux. 

Les travaux ont été mis à l’arrêt sur décision du Conseil d’Etat fin 2018, après des recours déposés par des associations de défense de l’environnement. « Plus de la moitié des travaux ont été réalisés et 20 millions d’euros ont été investis », estime Germinal Peiro, président socialiste du Département de la Dordogne. 

Le chantier a été stoppé le 28 décembre.
Le chantier a été stoppé le 28 décembre. - E.Provenzano / 20 Minutes

En quoi consiste le projet de déviation ?

Pour diminuer le trafic routier, et notamment de poids lourds, sur la petite route du village de Beynac-et-Cazenac, une déviation de 3,2 km a commencé à être construite autour de la commune. Elle comprend deux ponts et un pont-rail, autant d’infrastructures pointées du doigt par les opposants au projet qui veulent préserver la vallée. Le coût du projet est de 32 millions d’euros, selon le Département, beaucoup plus selon ses détracteurs.

Quelles sont les dernières décisions de justice ?

Le 9 avril dernier, le tribunal administratif a annulé l'arrêté préfectoral autorisant les travaux de la déviation, et a demandé également au Département de remettre en état le site. Le Département a annoncé récemment qu’il faisait appel de la décision du tribunal et qu’il formulait « une requête en sursis à exécution » pour ne pas démolir les éléments de construction, notamment les piles, déjà sortis de terre. Le ministère de la transition écologique a annoncé qu’il ne ferait pas appel. « Je suis déçu mais pas surpris », réagit Germinal Peiro, déplorant une incohérence de l’Etat sur ce dossier puisqu’il avait obtenu « légalement toutes les autorisations de travaux » avant de lancer le chantier.

Qu’en pensent les opposants ?

« C’est une immense satisfaction que le tribunal administratif ait jugé au fond que le projet ne répond pas à un intérêt public majeur comme les opposants le mentionnaient déjà dans l’enquête publique d’août 2017 », a réagi Théophile Pardo, président de l’association Défendre l’intérêt général en Dordogne (DIGD). Il estime que le trafic est surtout important au mois d’août et que « ça coince » seulement quelques jours par an. L’association de sauvegarde de la vallée de la Dordogne, qui a déposé un recours contre le projet avec la Sepanso, a lancé une pétition et un appel aux dons pour remettre le site en état.

Quelle est la stratégie des défenseurs du projet ?

L’association J'aime Beynac et sa vallée est derrière le Département pour continuer la bataille judiciaire et faire sortir de terre la déviation. « Les problèmes de circulation à Beynac, ça continue et ça s’aggrave », assure Fabrice Berbessou membre de la structure associative. Scandalisé par l’arrêt forcé des travaux, il pense qu’il n’y a pas d’alternative pour traiter les problèmes de circulation dans le village médiéval et en est persuadé : « Un jour, il y aura une déviation ».

En argument massue, le Département invoque la sécurité, pointant le risque d’effondrement des falaises qui surplombent la petite route du village. Il veut à tout prix éviter de détruire ce qui a déjà été construit sur le site.

Quand sera-t-on fixé sur le projet ?

Le président du Département espère que la cour d’appel de Bordeaux statue d’ici la fin de l’année 2019 mais il ne doute pas que les opposants vont ensuite saisir le conseil d’Etat. « On est au milieu du match, estime cet amateur de rugby, là on en est à la mi-temps et rien n’est joué ». Il n’est pas prêt de renoncer à un projet défendu depuis des décennies par les majorités départementales successives, de droite et de gauche.

Les opposants restant eux aussi fermement déterminés à défendre la vallée classée à l’Unesco et Natura 2000, la bataille judiciaire est donc loin d’être terminée.