Gironde: «Le jour du marché, il y a plus de monde», la «Cocotte-minute» est devenu un modèle de tiers-lieu rural

REPORTAGE A Lesparre-Médoc, l’espace de travail partagé la « Cocotte-minute » existe depuis quatre ans et compte aujourd'hui une trentaine d'adhérents. Première en son genre à l'époque elle a depuis fait des émules sur le territoire médocain

Elsa Provenzano
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La cocotte minute existe depuis 4 ans à Lesparre, dans le Médoc.
La cocotte minute existe depuis 4 ans à Lesparre, dans le Médoc. — Cocotte Minute
  • La Cocotte-minute est un tiers lieu ou espace de travail partagé qui s’est implanté dans le Médoc il y a quatre ans.
  • Aujourd’hui, elle réunit une trentaine d’adhérents et s’est bien intégrée à la vie du quartier.
  • Elle appartient à un réseau Médoc tiers lieux, qui comprend bientôt cinq membres, témoignant du dynamisme local de ce concept.

A 1h30 de Bordeaux en voiture, dans la petite commune girondine de Lesparre-Medoc d’environ 6.000 habitants, la devanture de « La cocotte-minute » située dans la principale rue commerçante retient l’attention. A côté des boutiques traditionnelles comme la cordonnerie et la boutique de cosmétiques, ce nouvel espace de coworking tranche avec ses verrières de style atelier, très contemporaines.

A la veille de la présentation du plan pour les tiers lieux, 20 Minutes est allé rendre visite à ces pionniers de l’espace de travail partagé en milieu rural.

Une dizaine de postes de travail sont disponibles au sein de l'espace de coworking.
Une dizaine de postes de travail sont disponibles au sein de l'espace de coworking. - E.Provenzano / 20 Minutes

Quatre femmes qui travaillent dans le milieu de la communication, du graphisme et de la photographie ont eu l’idée, il y a quatre ans, de transformer cette ancienne charcuterie pour en faire le premier tiers lieu du Médoc. « Au début, on avait des papis et des mamies qui rentraient et nous demandaient si on avait du poulet rôti », raconte Marie-Laure Leglu, coprésidente de l’association « Cocotte-Minute », l’air amusé.

Une trentaine d’adhérents

A la Cocotte-minute, un tiers lieu propriété d’une société civile immobilière (SCI) mais géré par une association, on peut rencontrer des travailleurs indépendants, des télétravailleurs, des membres d’associations, des blogueurs etc. De 17 au départ les « cocotteurs » sont aujourd’hui une trentaine. Certains ont des bureaux fixes, où ils peuvent laisser leurs affaires. « Ce sont ceux où il y a le plus de bazar », pointe Marie-Laure Leglu. Sinon, les effectifs fluctuent beaucoup d’un jour à l’autre. « Le mardi c’est jour de marché alors il y a plus de monde », sourit la coprésidente.

La Cocotte, aidée au démarrage par la Région, propose dix postes de travail, une salle de réunion séparée, un studio-photo, une cuisine et même un patio. Cet espace de coworking est ouvert à tous moyennant une adhésion de 10 euros. Pour avoir son bureau personnel, il faut compter 160 euros par mois. D’autres formules existent, comprenant notamment du prêt de matériel.

Moins de solitude et plus d’émulation

Ce n’est pas le besoin d’espace qui pousse les cocotteurs à rejoindre le tiers lieu car dans le Médoc, où ils habitent tous, les logements sont plus spacieux que les appartements des grandes métropoles. « Mais, quand on est travailleur indépendant et qu’on est coincé avec son chat, (ou ses chevaux pour moi) le lien humain ce n’est pas mal, on en a besoin », témoigne Marie-Laure Leglu, spécialiste de l’accompagnement de projet et de la communication numérique. C’est aussi évidemment une façon d’éviter des trajets pendulaires quotidiens relativement longs vers la métropole.

« On s’entend bien avec tous les gens qui viennent bosser ici, raconte Delphine Trentacosta, photographe et membre de la Cocotte. On déjeune ensemble, ça permet de découvrir ce que font les uns et les autres, d’augmenter notre activité et de faire des ponts ». Grâce à cette émulation, « on sait que quand on intègre un espace de coworking, on peut aller jusqu’à un gain de 30 % en chiffre d’affaires », souligne la coprésidente de la Cocotte. Les membres du tiers lieu peuvent aussi, par exemple, répondre à un marché public « un peu costaud » à deux ou trois.

Un tiers lieu sur la parentalité

La Cocotte fait aussi des petits. Travailleuse sociale de formation, Fanny Audard a pu mûrir son projet professionnel d’ouverture d’un tiers lieu autour de la parentalité au sein de la Cocotte. A quelques pas de là, elle a ouvert en avril 2016 « Un air de famille » où elle propose un espace boutique (avec des jouets pour enfants fabriqués en France et dans des pays répondant à certains standards environnementaux) et un espace avec des ateliers artistiques et culturels variés, en lien avec des intervenants.

Fanny Audard a ouvert un tiers lieu autour de la parentalité en avril 2016.
Fanny Audard a ouvert un tiers lieu autour de la parentalité en avril 2016. - E.Provenzano / 20 Minutes

« La Cocotte m’a aidé pour ma communication et j’ai aussi eu des échanges avec les membres sur leurs attentes vis-à-vis d’un tel lieu, qu’ils soient parents ou non », raconte Fanny Audard, qui a été accompagnée par la suite par un incubateur bordelais. Trois ans après son lancement, l’entreprise est viable. Elle a su séduire une clientèle locale, au départ un peu déstabilisée par ce modèle hybride qui mêle activité commerciale et ludique.

De son côté, la Cocotte a bien fait les preuves de son intégration à la vie locale. Après avoir ouvert récemment le café-librairie associatif « Mots et merveilles », elle travaille en réseau avec les autres tiers lieux médocains ( Médoc Tiers lieux) tout en préparant le prochain vide-greniers du quartier.

« On a été le premier espace tiers lieu dans le Médoc. Maintenant on est quatre et un cinquième va ouvrir bientôt, face à la mer et je crois qu’il va avoir un certain succès », se réjouit Marie-Laure Leglu.

 

Prudence autour du plan du gouvernement

Le gouvernement va lancer un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour identifier 300 « fabriques des territoires », (des tiers lieux existants ou nouvellement lancés) qui bénéficieront d’aides financières. « Cela peut être des outils pour faire vivre ceux des tiers lieux qui ne seraient pas confortables et cela peut être aussi une mise en demeure de faire du service public (sur l’accès au numérique notamment). Or, on n’est pas des relais de l’Etat », pointe Marie-Laure Leglu, attendant de connaître le contenu précis de cet appel. Si candidature il y a, elle émanera du réseau Médoc tiers lieux dans son ensemble.