Gironde: Une innovation proche du salage des routes pour éviter la formation de grêlons au-dessus des vignobles bordelais

TECHNOLOGIE Alors que les épisodes de grêle sont de plus en plus fréquents, et parfois dévastateurs pour les cultures, plusieurs vignobles bordelais se sont tournés vers le dispositif de la société Selerys qui empêche la formation des grêlons

Elsa Provenzano

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Illustration du dispositif de la société Selerys qui permet d'éviter la formation de grêlons par l'envoi de ballons d'hélium chargés de substance active dans une cellule orageuse.
Illustration du dispositif de la société Selerys qui permet d'éviter la formation de grêlons par l'envoi de ballons d'hélium chargés de substance active dans une cellule orageuse. — Selerys et Lacroix
  • Les vignobles Gabriel & Co viennent de s’équiper de radars et de ballons d’hélium de la société Selerys pour lutter contre la grêle.
  • En cas d’orages locaux détectés, ils permettent de disperser des sels hygroscopiques qui empêchent la formation des grêlons.
  • 200 utilisateurs ont fait le choix de cette solution dans le Bordelais, particulièrement touché par les épisodes orageux avec grêle.

La grêle fait partie des fleaux redoutés par les viticulteurs et ces dernières années, les épisodes sont de plus en plus rapprochés.  Les vignobles Gabriel & Co viennent de choisir de s’équiper collectivement du dispositif anti-grêle proposée par la société Selerys , qui a déjà convaincu 200 utilisateurs dans le Bordelais.

Pour les Vignobles Gabriel & Co, deux radars météo capables de fournir des données très précises localement ont été installés, l’un à Saint-Aubin-de-Blaye (Côtes de Blaye) et l’autre à Berson (Côtes de Bourg) et permettent d’avertir d’épisodes orageux la trentaine de vignerons de Gabriel & Co concernés, couvrant ainsi 900 hectares de vignes. Dès qu’une cellule orageuse est détectée (grâce à un réseau de capteurs efficaces à une fine échelle), les viticulteurs peuvent se rendre à leurs postes de tirs pour y déployer leurs ballons.

« Le même effet que lorsque les routes sont salées »

« C’est un système qui permet d’ensemencer les nuages entre 800 et 1000 mètres d’altitude grâce des ballons intelligents gonflés à l’hélium pour les faire précipiter avant le cycle de création de la grêle, explique Antoine Riberat, responsable des ventes chez Selerys, concernant le dispositif Laico développé avec la société Lacroix. Nous recréons un environnement salin qui permet de réduire le risque de formation de la grêle. C’est un système non contaminant pour les cultures ».

Depuis l’équipement collectif fin avril, les vignobles Gabriel & Co ont déjà eu l’occasion d’éprouver le système : « On a vu que la zone violette disparaissait assez vite, commente Jean-François Réaud, fondateur des vignobles. Cela a un peu le même effet que lorsque les routes sont salées en hiver mais il faut être très réactifs et intervenir dans les 15 minutes après l’alerte ».

Il s’est intéressé à cette solution après la diffusion d’un reportage qui en faisait état sur l’appellation Condrieu-Côte Rotie dans le nord de la vallée du Rhône et l’estime meilleure que les canons anti-grêle, bruyants et pour lesquels la couverture est moins efficace.

95 euros à l’hectare

Pour les 30 vignerons de son vignoble, ce nouvel équipement représente environ 140.000 euros sur cinq ans soit une cotisation à l’hectare de 95 euros par viticulteur. « Il faudrait couvrir plus d’hectares pour faire baisser le coût », observe Jean-François Réaud. Il espère que ce rôle de « pilote d’essai à nos frais » pourra éveiller l’intérêt de l’interprofession et pourquoi pas des collectivités.

Ces viticulteurs doivent être néanmoins assurés contre la grêle mais « ce n’est pas parce qu’on est assurés qu’on ne doit rien faire, ce n’est pas parce que votre maison est assurée que vous n’avez pas de tuiles sur votre toit », lance Jean-François Réaud. Le dispositif est en tout cas une garantie supplémentaire pour ce vignoble qui produit six millions de bouteilles par an.

« Il y a une vraie prise de conscience des vignerons sur ce qu’il est possible de faire maintenant et qui n’était pas possible il y a deux ans », pointe Antoine Riberat, soulignant qu’entre Bordeaux et Cognac existe un couloir orageux bien identifié par les spécialistes.