Bordeaux: Les vélos Pibal de Starck c'est fini, «une belle opération» ou un «fiasco»?

POLITIQUE Lancés en juillet 2014, les 580 vélos Pibal dessinés par Starck pour Bordeaux ont été retirés à cause d’un défaut de soudure à partir de 2016. Le point sur ce dossier qui a eu de multiples rebondissements

Elsa Provenzano

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Bordeaux, 25 fevrier 2013. - Le Pibal, designe par Philippe Starck, futur velo de la ville de Bordeaux en pret gratuit a la Maison du velo. - Photo : Sebastien Ortola
Bordeaux, 25 fevrier 2013. - Le Pibal, designe par Philippe Starck, futur velo de la ville de Bordeaux en pret gratuit a la Maison du velo. - Photo : Sebastien Ortola — S. ORTOLA / 20 MINUTES
  • Un protocole transactionnel avec Peugeot a signé la fin du Pibal, le vélo dessiné par Starck pour Bordeaux.
  • L’opposition a pointé l’échec cuisant de ce vélo présenté en grande pompe en 2013.
  • La majorité fait valoir que le vélo jaune a participé a développé la pratique sur la ville.

A l’époque, son dévoilement avait été mis soigneusement en scène dans la cour de l’hôtel de ville de Bordeaux. Le Pibal, vélo dessiné par le célèbre designer Philippe Starck pour la flotte de vélos en prêt de Bordeaux avait été présenté avec fierté par la Ville le 25 février 2013 à une cohue de journalistes.

Le 29 avril dernier, le conseil municipal a voté en faveur d’un protocole transactionnel avec Peugeot pour la destruction des 581 deux-roues, retirés définitivement des rues bordelaises à partir de 2016 à cause d' un défaut de soudure entre le cadre et la patinette. De longues expertises n’ont pas attribué la responsabilité de ce problème technique au constructeur, déclare la Ville. Si l’opposition (qui a voté contre le protocole) y voit un fiasco complet, la majorité défend cette opération qui a selon elle participé à développer la pratique du vélo sur la ville.

Pourquoi les vélos sont-ils retirés définitivement ?

En 2016, le constructeur a fait des essais pour tenter de résoudre le problème de soudure de ce vélo-patinette présenté comme innovant mais « l’homologation de la soudure, régie par des normes européennes a changé entre 2013 et 2016 », fait valoir Anne Walryck, adjointe au maire chargée du défi climatique, de la transition écologique.

Les conditions pour les remettre en service à Bordeaux étaient trop contraignantes selon elle (nombre réduit de vélos, révision des deux-roues toutes les six semaines et signature d’une décharge). Elle explique que la Ville n’a voulu prendre aucun risque et qu’elle préfère clore définitivement le chapitre Pibal, qui a tout de même été « une belle opération ». Elle assure que seuls les cadres des vélos seront détruits, le reste des Pibal étant destiné à une filière de recyclage.

Que dit le protocole transactionnel entre Peugeot et la Ville ?

Pour compenser le retrait définitif des Pibal, Peugeot va fournir à la ville 50 vélos à assistance électrique, ce qui équivaut à la moitié de la valeur du parc Pibal. Bordeaux doit verser une indemnisation à Peugeot pour les frais de rapatriement des cycles. « C’est un protocole défavorable à la Ville, estime Nicolas Guenro, conseiller municipal socialiste. La compensation est inférieure à 50 % [44 % si on prend le montant hors taxes] au regard de l’investissement initial. » « La Ville n’a aucune part de responsabilité dans cette affaire, ainsi les 247.000 euros auraient dû être remboursés en intégralité, c’est Peugeot qui est responsable ! », surenchérit Pierre Hurmic, conseiller municipal EELV.

Le Pibal a-t-il permis de développer le vélo à Bordeaux ?

Si son retrait est un incident qu’il regrette, le maire de Bordeaux Nicolas Florian estime que le Pibal a participé au développement de l’usage en ville à une époque où il n’avait pas autant d’adeptes qu’aujourd’hui. « En 10 ans, la pratique du vélo à Bordeaux a quasiment doublé », souligne-t-il. Et le vélo-patinette de Starck a apporté sa pierre à l’édifice, selon lui.

L’opposition est loin de partager sa position. Nicolas Guenro pointe un vélo qui même opérationnel était très lourd (16 kg) et donc peu adapté à une pratique urbaine où l’usager s’arrête et repart fréquemment. « Si les crédits étaient illimités pour le vélo, je dirais le Pibal pourquoi pas mais là ce sont quelques centaines de milliers d’euros de perdus et un beau gâchis. » Pour Matthieu Rouveyre, conseiller municipal socialiste c’est plutôt les VCUB, vélos en libre-service de la Métropole qui ont permis de « démocratiser la pratique ».

Pour Pierre Hurmic, l’opération de communication de la Ville s’est retournée contre elle et se clôt par un « grand fiasco ». Au contraire pour la Ville, le Pibal a fait aimer le vélo aux Bordelais. La preuve, quelques-uns ont même refusé de rendre leur vélo Starck.