Bordeaux: Faut-il s'inquiéter ou se réjouir de la croissance impressionnante de l'aéroport ?

TRANSPORTS L'aéroport de Bordeaux-Mérignac a doublé son trafic en dix ans, et veut atteindre les dix millions de passagers annuels en 2023

Mickaël Bosredon

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L'aéroport de Bordeaux-Mérignac
L'aéroport de Bordeaux-Mérignac — M.Bosredon/20Minutes
  • Face à la croissance impressionnante de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, qui ne s'arrête plus, un plan de 140 millions d'euros pour développer les infrastructures vient d'être voté.
  • Des élus commencent à remettre en cause cette augmentation du trafic, qui irait à l'encontre de la lutte contre le réchauffement climatique.
  • Pour le maire de Mérignac, il faut au contraire se « réjouir » de cette « prospérité » tout en accompagnant cette croissance.

Avec + 9,3 % de croissance en 2018, l’aéroport de Bordeaux-Mérignac a enchaîné une… neuvième année consécutive de croissance. Qui se poursuit en 2019, puisque la hausse du trafic est de l’ordre de 10 % au premier trimestre.

En dix ans, le trafic a ainsi doublé pour atteindre 6,8 millions de passagers en 2018. Et l’aéroport de viser les 10 millions en 2023. Pour accompagner cette croissance, l’infrastructure vient de se doter d'un plan de développement de 140 millions d’euros pour construire de nouveaux parkings, agrandir le terminal low-cost Billi ou encore étendre les zones commerciales.

« Sacro-saint développement économique »

Un plan évidemment adopté par les élus qui siègent au conseil de surveillance de la société aéroportuaire. Pourtant, des voix remettant en cause cette frénétique course à la croissance commencent à se faire entendre. A commencer par celle de Gérard Chausset, élu LREM de Mérignac. « Je ne remets pas en cause l’aéroport en soi qui est utile (…) mais on doit se poser des questions : quel développement, jusqu’où, à quel prix ?  écrit-il sur son blog. »

Des chantiers d'envergure sont prévus jusqu'en 2023 sur la zone aéroportuaire.
Des chantiers d'envergure sont prévus jusqu'en 2023 sur la zone aéroportuaire. - E.Provenzano / 20 Minutes

Et l’élu mérignacais de remettre en cause le conseil de surveillance de la société aéroportuaire, « un cénacle où les élus qui y siègent depuis des années accompagnent sans barguigner la croissance de l’aéroport et le sacro-saint développement économique (…) sans se poser les questions de l’impact de son développement et des nuisances. »

« Nos populations veulent du transport aérien »

Interrogé par 20 Minutes, le maire de Mérignac, et premier vice-président de la métropole, Alain Anziani (PS) balaie ces arguments d’un revers de manche. « C’est un débat très artificiel, lancé par quelques personnes, mais qui ne trouve aucun intérêt auprès de la population », assure-t-il.

« Pourquoi l’aéroport se développe-t-il ? poursuit le maire de Mérignac. Ce n’est pas parce que son directeur ou des élus ont décidé qu’il fallait absolument le développer, mais parce que nos populations veulent du transport aérien. Deux tiers des vols sont générés par des demandes de nos populations, qui veulent non pas aller à Paris mais à Budapest, à Vienne ou à Copenhague, et qui pour cela ont trouvé le low-cost. Si demain on ferme ces lignes, les plus pauvres renonceront à ces voyages, et les plus riches prendront l’avion quand même, via Paris ou via Toulouse. »

Alain Anziani estime qu’il vaut mieux se concentrer sur « l’accompagnement » de ce développement, en restant notamment vigilant sur « le problème des nuisances sonores. » « Il faut aussi régler la question des parkings, poursuit-il, et j’ai demandé au directeur de l’aéroport d’arrêter de faire des poches de parking un peu partout, et de favoriser les parkings silos, comme on en retrouve dans la plupart des grands aéroports. »

Taxer davantage les liaisons intérieures

Une analyse que ne partage absolument pas Pierre Hurmic, le leader d’EELV à Bordeaux. Contacté par 20 Minutes, il estime « qu’à un moment donné, il va falloir prendre des décisions qui ne seront peut-être pas très populaires, mais cohérentes avec le discours de lutte contre le réchauffement climatique ».

Pierre Hurmic s’agace tout d’abord contre la navette aérienne Bordeaux-Paris, dont le trafic « n’a baissé que de 17 % depuis la mise en service de la Ligne à grande vitesse (LGV) en 2017, alors que l’on a dépensé des milliards dans cette ligne précisément pour faire diminuer le trafic aérien. » Et l’élu vert de demander que « ceux qui continuent de prendre l’avion pour une liaison intérieure, alors qu’il existe une solution ferroviaire, paient plus cher. »

« Investir, innover en faveur de la croissance verte »

L’élu bordelais trouve également « scandaleux » que l’on propose « des allers-retours à Marrakech pour le prix d’un billet de bus » car à l’arrivée « celui qui en paie les conséquences, c’est le réchauffement climatique. » Il espère ainsi qu’un « véritable » débat sur la question aérienne s’ouvrira à la métropole, « et qu’il dépassera la problématique des nuisances sonores car il s’agit de véritables enjeux sociétaux. »

Pour Alain Anziani, le débat sur la protection de l’environnement passera plutôt par la technologie. « Le bruit des avions est moindre qu’il y a dix ans, car il se développe de nouvelles techniques, souligne-t-il, et c’est un moyen de transport qui consomme de moins en moins de carburant, avant de passer éventuellement à l’électrique. Ce qu’il faut, c’est investir, innover, en faveur de la croissance verte, c’est cela qui permettra de prendre un véritable tournant écologique. Mais réjouissons-nous de la prospérité de l’aéroport. »