Bordeaux: «Opacité totale», «accueil déplorable», motions de défiance... Pourquoi Emmaüs Gironde a été exclu du mouvement

SOCIAL Emmaüs Gironde a été exclu par l’assemblée générale du mouvement, car elle présenterait depuis une dizaine d’années « une opacité totale » dans sa gouvernance

M.B. avec AFP

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Un centre Emmaüs.V. WARTNER / 20 MINUTES
Un centre Emmaüs.V. WARTNER / 20 MINUTES — V. WARTNER / 20 MINUTES
  • Le délégué général d’Emmaüs a prononcé jeudi l’exclusion de l’association girondine, en raison d’une gouvernance opaque depuis une dizaine d’années.
  • Emmaüs France a demandé au TGI de Bordeaux la nomination d’un mandataire judiciaire.
  • Le président d’Emmaüs Gironde conteste toutes les accusations et assure avoir engager des voies de recours.

Emmaüs Gironde a été exclu jeudi du mouvement national fondé par l'abbé Pierre en raison de l'« opacité totale » de son fonctionnement, accusations également portées par les salariés girondins mais réfutées par leur direction locale.

L'association girondine a été exclue par l’assemblée générale du mouvement, actuellement réunie à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a annoncé à l’AFP son délégué général Jean-François Maruszyczak.

« Aucune transparence sur les comptes, la gouvernance, le fonctionnement… »

La gouvernance d’Emmaüs Gironde présente depuis une dizaine d’années une « opacité totale. Nous n’avons aucune transparence ni aucune information officielle sur les comptes, la gouvernance, le fonctionnement, les actions », malgré de très nombreuses relances, déplacements et demandes d’audits, a dit le responsable. De plus, fin 2018, « nous avons été alertés par des associations locales sur les conditions d’accueil déplorables » réservées à de jeunes mineurs étrangers non accompagnés.

Parallèlement, des salariés ont voté des motions de défiance vis-à-vis du président Pascal Lafargue et son conseil d’administration, demandant leur démission.

Emmaüs France a demandé au TGI de Bordeaux la nomination d’un mandataire judiciaire et « s’il faut aller plus loin, nous irons plus loin », selon son délégué général. Des « interactions », pointées par les salariés, ont en effet été découvertes entre les structures girondines, avec des emplois occupés par la famille du directeur dans des sociétés prestataires de services, selon lui. Emmaüs Gironde compte « entre 10 et 20 sites » (hébergement d’urgence, ateliers protégés, etc.) selon le délégué, « incapable de donner un chiffre précis ».

« C’est un déchirement d’en arriver là »

Concrètement, Emmaüs Gironde ne peut plus se prévaloir du label Emmaüs, avec des répercussions à prévoir sur les agréments accordés par les collectivités locales et donc les financements. « C’est un déchirement d’en arriver là mais la raison l’emporte », selon Emmaüs France qui prononce ainsi sa deuxième exclusion depuis la fondation du mouvement il y a 70 ans et s’affirme « préoccupée par le devenir des salariés ».

« Cette affaire est affligeante (…) mais c’est loin d’être fini. Nous contestons tout : le fond, la forme. Des voies de recours (judiciaires) sont déjà engagées », a simplement réagi le président Lafargue par SMS à l’AFP.

« On craint pour le maintien de nos emplois »

« Pour nous, c’est le flou total maintenant, a expliqué une salariée girondine qui a souhaité garder l’anonymat. Nous sommes très tristes, on craint pour le maintien de nos emplois et de nos structures, mais on est aussi soulagés qu’Emmaüs France ait pris cette décision contre une gouvernance totalement opaque ».

Selon elle, une bonne partie des 320 salariés en veut au président Lafargue qui « s’accroche à son poste au lieu de sauver Emmaüs Gironde en démissionnant ».

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