Gironde: Éoliennes, chaufferettes, ballots de paille... Quels sont les moyens (rustiques ou pas) pour éviter le gel dans les vignes?

COUP DE FROID Alors que des températures de -2°C à -4°C ont été enregistrées dans le vignoble bordelais, un spécialiste de la Chambre d’agriculture de la Gironde explique à 20 Minutes les différents moyens d’action à disposition des vignerons

Elsa Provenzano

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Des chaufferettes peuvent être installées au milieu des vignes pour éviter que les bourgeons gèlent, ici à Chablis.
Des chaufferettes peuvent être installées au milieu des vignes pour éviter que les bourgeons gèlent, ici à Chablis. — Jean-Claude Francolon/SIPA
  • Alors que des gelées frappent les vignes du Bordelais ces derniers jours, les viticulteurs déploient des techniques variées pour tenter de sauver leur récolte.
  • Du ballot de paille enflammé au survol par un hélicoptère, toutes les techniques visent à faire remonter un peu la température sur le vignoble.

Les vignerons font tout ce qu’ils peuvent pour sauver leur récolte alors que les températures oscillent entre -2°C et -4°C au petit matin, ces derniers jours, et que les premières estimations de l'Interprofession font part de 5 à 10 % de pertes de récolte.

« L’idée de tous les moyens de lutte contre le gel, c’est d’augmenter la température dans les vignes, relève Bruno Samie, coordinateur des conseillers viticoles à la Chambre d’agriculture de la Gironde. A partir de -3 °C, on commence à avoir de vrais soucis ».

Les vignes ne sont pas toutes vulnérables de la même façon au gel, cela dépend de leur exposition et aussi de leur enherbement. « Il faut que le niveau d’herbe soit d’une hauteur raisonnable pour ne pas créer une humidité supplémentaire », précise Bruno Samie.

  • Asperger ses vignes d’eau, en continu

C’est une technique difficile à mettre en œuvre puisqu’il faut pouvoir disposer d’une grande réserve d’eau et d’un système de pompage adéquat. Des propriétés de Margaux y ont eu recours. C’est aussi une méthode adoptée par une cave coopérative de Chablis, en Bourgogne, relève Bruno Samie. L’eau doit être diffusée en continu pour éviter qu’elle ne se fige en glace. « C’est un procédé très efficace jusqu’à des températures de -6 °C -7°C mais très lourd à mettre en place, commente le spécialiste. Il faut des autorisations de pompage puisque la consommation est d’environ 40 m3 d’eau par hectare, ce qui est énorme ».

  • Des éoliennes fixes et mobiles pour brasser l’air chaud

Ces « gros ventilateurs » ont pour fonction de ramener l’air chaud vers les plants de vignes pour augmenter la température globale dans le vignoble. Les éoliennes font une dizaine de mètres de haut et la plupart sont mobiles. Des vignobles de Pessac-Léognan et de Saint-Emilion y ont recours. « L’hélicoptère c’est le même principe mais c’est plus cher et plus difficile à organiser, notamment vis-à-vis des riverains », note Bruno Samie. Le Château d'Arsac en a déployé trois au-dessus de son vignoble de 110 hectares dimanche et lundi. L’hélicoptère peut « réchauffer » 20 à 30 hectares contre 5 hectares pour une éolienne.

  • ​Des chaufferettes et ballots de paille

Les chaufferettes sont des sortes de grosses bougies dispatchées dans les rangs de vigne qui fonctionnent à base de bûches calorifiques. Elles sont efficaces jusqu’à des températures de – 4 °C et certaines peuvent faire l’objet d’un allumage automatique. Les ballots de paille et de bois restent les solutions les plus rustiques et les plus fastidieuses à mettre en place. « Il faut obtenir une autorisation en préfecture car l’écobuage est interdit, rappelle Bruno Samie. Et, il ne faut pas que les températures soient trop basses ».

Ces derniers jours, un peu tous les secteurs du Bordelais ont été touchés par le gel. L’évaluation des dégâts est encore en cours. L'interprofession estime que les pertes de récolte constatées seront sans conséquences marquées sur la récolte globale. 

« A Sancerre ou dans les Pays de la Loire, il gèle tous les ans, les vignerons y sont habitués », remarque le coordinateur. Les viticulteurs bordelais de plus en plus soumis aux caprices climatiques vont peut-être devoir en prendre de la graine.