Bordeaux: Poppy, un accompagnement gratuit, anonyme, confidentiel et sans jugement pour les personnes prostituées

SOCIAL Le dispositif d'accompagnement médico-social Poppy se déploie dans la rue, sur internet et dans un local du centre Bordeaux, qui vient d'ouvrir rue de la Tour de Gassies 

Elsa Provenzano

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Véronique Latour, directrice de Poppy et Naïma Charai, qui coordonne le dispositif.
Véronique Latour, directrice de Poppy et Naïma Charai, qui coordonne le dispositif. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Poppy est un dispositif en trois volets qui propose un accompagnement médico-social aux personnes prostituées à Bordeaux. 
  • Le local, inauguré officiellement il y a peu, permet un accueil gratuit, anonyme, confidentiel et sans jugement de ce public. 

Poppy, c’est le nom d’un dispositif bordelais inédit, porté par l'association La Case, qui vise à proposer un accompagnement médico-social aux personnes prostituées. Un local vient d’être inauguré officiellement rue de la Tour de Gassies à Bordeaux pour les accueillir. L’association a obtenu rapidement des soutiens financiers pour le programme global, notamment de l’agence régionale de santé (ARS) et de la direction régionale aux droits des femmes et à l’égalité.

Il vient compléter les deux autres volets de Poppy : des tournées deux fois par semaine sur les lieux connus de prostitution et le tchat en ligne sur des sites utilisés pour la mise en relation des travailleurs du sexe et de leurs clients.

Un accompagnement sans jugement moral

L’accueil y est gratuit, anonyme, confidentiel et « sans jugement », insistent Naïma Charai, la coordinatrice et Véronique Latour, la directrice. « Notre philosophie est de sortir des postures idéologiques pour être au plus près des populations et de leurs demandes et ce, quel que soit leur parcours de vie, souligne Naïma Charai. C’est ce qui permet de maintenir un lien de confiance. » Depuis l’ouverture du local au public, il y a environ un an, 484 personnes ont été reçues et 2.500 contacts établis au global, dans le cadre du dispositif. « Il n’y a pas de présupposé, ce qui n’est pas forcément le cas dans les associations confessionnelles ou militantes », complète Véronique Latour.

L’objectif n’est pas de les accompagner vers une sortie de la prostitution mais simplement d’être à l’écoute de leurs besoins. « Si elle s’estime une travailleuse du sexe revendiquée et que c’est son métier, elle sera accompagnée médico-socialement autour de ça, explicite la directrice de Poppy. Si elle veut sortir de la prostitution elle sera aussi accompagnée puisque nous sommes agréés au parcours de sortie de la prostitution (agrément préfectoral). »

Un public précaire

Le local de Poppy c’est d’abord un lieu de réduction des risques liés à la prostitution. On y trouve donc un espace « santé sexuelle » avec des démonstrations de pose de préservatifs, par exemple. L’association a un partenariat avec « Règles élementaires » qui permet de mettre à disposition des protections féminines pour les prostituées, qui vivent souvent dans une grande précarité.

Beaucoup de prostituées viennent de l’Afrique subsharienne anglophone et des pays de l’Est. Si toute l’équipe (travailleurs sociaux, médecin-gynécologue, psychiatre, infirmière, juriste) est en mesure de faire des entretiens en langue anglaise, elle reçoit l’appui d’une interprète en langue bulgare et russe pour certains cas. Toutes les demandes ne sont pas en lien avec la prostitution, en particulier parce qu’il y a beaucoup de femmes migrantes, très précaires. Elles ont par exemple besoin d’aide pour leur accès aux droits. L’association leur rappelle aussi leurs devoirs, en organisant des médiations avec les riverains, en cas de problème.

On évalue à 600 le nombre de personnes prostituées sur Bordeaux Métropole mais en prenant en compte la prostitution cachée, Naïma Charai estime que « c’est au moins le double ». Le travail de Poppy pour approcher les personnes qui se prostituent (et présenter le travail de la structure en ligne) sur les sites et applications répertoriées a permis d’établir 525 contacts sur les six derniers mois, avec à peu près 10 % de retours. « Ce n’est pas mal car il n’est pas facile de capter ces personnes-là, parmi lesquelles on trouve des étudiantes, par exemple ». Sur ces réseaux, on trouve aussi beaucoup plus d’hommes et de transgenres (45 %) pour 55 % de femmes alors que dans la rue, les femmes représentent 90 % des personnes prostituées.