«Gilets Jaunes» à Bordeaux: «Nos correspondants asiatiques et américains se demandent ce qu'il se passe en France»

ECONOMIE L'adjoint au tourisme et le président de la CCI s'inquiètent des conséquences de ce mouvement social sur le tourisme et l'économie pour l'année 2019

Mickaël Bosredon

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Manifestation des gilets jaunes lors de l'acte 10, devant la mairie de Bordeaux
Manifestation des gilets jaunes lors de l'acte 10, devant la mairie de Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes
  • Les visites guidées du samedi à Bordeaux sont en chute libre.
  • Les conséquences sur l’hôtellerie se font ressentir aussi même si elles sont plus difficilement quantifiables.
  • Des acteurs économiques étrangers s’interrogent sur leur venue à Bordeaux notamment pour Vinexpo qui aura lieu en mai.

En pleine présentation ce jeudi matin des chiffres du tourisme pour l’année 2018 à Bordeaux, Stephan Delaux, adjoint au tourisme, et Patrick Seguin, président de la CCI de Bordeaux, n’ont pas caché leur inquiétude concernant les conséquences du mouvement des « gilets jaunes » sur l’économie bordelaise.

Si l’année 2018 est qualifiée de « bonne » avec une augmentation de 5 % des nuitées hôtelières à Bordeaux, « sur 2019 nous y voyons moins clair » indique Stephan Delaux.

« Entre -20 % et -30 % de visites » guidées à Bordeaux

« L’impact des “gilets jaunes”, qui s'est déjà ressenti sur 2018 mais seulement sur deux mois, se confirme sur le début d’année, analyse l’élu. En termes de commercialisation de produits touristiques, ce début d’année est mauvais. Nous sommes entre -20 % et -30 % de visites, car c’est surtout le samedi que ça se passe, dans l’hypercentre de Bordeaux. On a même des difficultés à faire partir des autocars de tourisme le samedi. En termes de nuitées hôtelières c’est moins mauvais, grâce au tourisme d’affaire. Mais des restaurateurs et des hôteliers du centre-ville souffrent. »

« Sur l’hôtellerie, précise Patrick Seguin, on a un chiffre pour décembre 2018 qui est de -3,7 %, et les samedis, on oscille entre -25 % et -35 % de taux d’occupation. Mais pas partout, et certains n’ont pas été impactés, donc, c’est difficile de quantifier tout cela. Ce qui est important c’est de mettre en place des opérations pour accompagner tous ces professionnels, y compris les commerçants. »

Le salon Vinexpo en mai sera-t-il touché ?

Ce qui inquiète surtout les deux hommes, c’est l’avenir du mouvement. « Nous ne savons toujours pas quand cela va s’arrêter, s’interroge Stephan Delaux, ni quelles seront les incidences à plus long terme de ce mouvement. Combien de touristes n’auront pas choisi de venir passer un week-end à Bordeaux ? Combien de touristes étrangers se seront fait une image terrifiante de la France, au vu des images qui ont fait le tour du monde ? Nous avons des contacts avec nos correspondants asiatiques, américains, et ils se demandent vraiment ce qu’il se passe dans notre pays. »

« C’est vrai que c’est compliqué pour les étrangers, confirme Patrick Seguin. J’étais il y a quelques jours à Vinexpo à New-York, et pour faire venir des étrangers à Vinexpo à Bordeaux en mai prochain, cela s’annonce difficile. Des Américains et des Australiens notamment nous disent qu’ils verront quand ce ne sera plus la guerre en France ! On a entendu ça. C’est difficile de leur expliquer que ce n’est pas la guerre, que ce sont des mouvements sociaux à la française. Ils ne nous croient pas. Et 2019 s’annonce compliquée tant que cette période d’instabilité chaque samedi perdurera. »