Bordeaux: En véritable rock star, Juppé soigne son départ

AU-REVOIR Plusieurs centaines de Bordelais se sont rendus à l’hôtel de ville ce jeudi soir, pour dire au revoir à leur maire historique qui rejoint le Conseil constitutionnel

Mickaël Bosredon

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Alain Juppé, dans la cour de l'hôtel de ville de Bordeaux, le 7 mars 2019, pour son au-revoir aux Bordelais
Alain Juppé, dans la cour de l'hôtel de ville de Bordeaux, le 7 mars 2019, pour son au-revoir aux Bordelais — M.Bosredon/20Minutes
  • Alain Juppé s’est offert un immense bain de foule à Bordeaux avant de rejoindre le conseil constitutionnel.
  • Il a longuement rappelé comment la ville s’est transformée durant ses 25 ans de mandat.
  • Il reconnaît aussi qu’il reste des domaines à améliorer, et il fait confiance à ses successeurs.

Plusieurs centaines de Bordelais se sont rendus ce jeudi soir dans la cour de l’hôtel de ville de Bordeaux, pour dire au revoir à celui qui a été leur maire pendant 25 ans, Alain Juppé. Celui-ci a démissionné de son mandat la semaine dernière, et entrera au Conseil constitutionnel le 11 mars. Jeudi matin, son successeur, Nicolas Florian, l'a remplacé dans le fauteuil de maire du conseil de Bordeaux.

Plusieurs centaines de Bordelais sont venus dire au-revoir à leur maire Alain Juppé
Plusieurs centaines de Bordelais sont venus dire au-revoir à leur maire Alain Juppé - M.Bosredon/20Minutes

Alain Juppé s’est payé un formidable bain de foule pour son départ. Beaucoup de Bordelais tenaient en effet soit à lui serrer la main, lui glisser un mot, prendre une photo ou même lui offrir un petit cadeau, comme ce dessin de l'illustrateur bordelais Jofo. Beaucoup lui ont tout simplement adressé un « merci. »

Gabin Gautereaud, 20 ans, a fait le déplacement avec son ami Mathieu De Vlieger, 26 ans, par « respect pour le personnage ». Tous deux étudiants à Sciences-Po, ils soulignent sa « carrière exceptionnelle au local comme au national. » « Et il représente une ancienne forme de politique qui se perd, attachée à une certaine forme de modération et de hauteur de point de vue plutôt admirables », soulignent-ils.

Un point de vue loin d’être partagé par la trentaine d’opposants qui s’était postée à l’extérieur de l’hôtel de ville. Réunissant pêle-mêle quelques « gilets jaunes », et des opposants à l'abattage des marronniers de la place Gambetta (qui a quand même eu lieu), eux aussi ont voulu dire au revoir à l’ex-maire de Bordeaux, mais à leur façon, avec des pancartes, des banderoles, et des slogans tout en ironie.

« J’ai accompli ma tâche »

« C’est un moment historique pour notre ville, avait lancé au préalable son successeur Nicolas Florian. On est fier de toi, de tout ce que tu as fait, de l’empreinte indélébile sur la ville que tu laisses. Tu es chez toi, c’est ta ville, tu l’as transformée. »

Alain Juppé a ensuite pris la parole. « Sans immodestie, a-t-il commencé, j’ai conscience d’avoir accompli ma tâche, et je suis fier de notre réussite. Oui Bordeaux s’est transformée, s’est réveillée, s’est embellie, s’est repeuplée. Ses espaces publics se sont apaisés, elle a retrouvé son fleuve, et un des plus grands réseaux de tramway de France maille notre territoire. »

Le dernier discours d'Alain Juppé aux Bordelais, avant son entrée au conseil constitutionnel.
Le dernier discours d'Alain Juppé aux Bordelais, avant son entrée au conseil constitutionnel. - M.Bosredon/20Minutes

Il a aussi souligné la vitalité de l’université « qui accueille 100.000 étudiants » et a insisté sur les nouvelles infrastructures : « le pont Chaban, bientôt le pont Simone-Veil, puis la ligne D du tramway qui sera inaugurée à la fin de cette année, de grands équipements, culturels et sportifs, comme le grand stade et l’Aréna, dont le succès ne se dément pas, et la Cité du Vin qui a un rayonnement international. »

« Bordeaux n’est pas le paradis »

« Il y aurait tant à dire »… « Mais bien sûr Bordeaux n’est pas le paradis et il y a encore beaucoup à faire, a-t-il précisé, pour améliorer la vie quotidienne de nos concitoyens, leur sécurité, la mobilité, le logement… Et il faut faire reculer la pauvreté et la précarité qui restent importantes dans notre ville, comme dans toutes les agglomérations. »

« Bordeaux s’est transformée, tout le monde le reconnaît, et nous pouvons tous en être fiers, car ce travail c’est une œuvre collective. Ce n’est pas moi tout seul qui aie réalisé cela », a-t-il ajouté, insistant sur « ce jour heureux ». « J’ai confiance dans l’avenir de notre ville, qui a des capacités formidables. La feuille de route des prochaines années est écrite, puis le temps viendra d’écrire un nouveau projet, de donner un nouvel élan, et je fais confiance à mes successeurs. »

« Vous me rencontrerez dans les rues de la ville ! »

Il a ensuite rapidement évoqué son rôle au Conseil constitutionnel, « un rouage essentiel dans nos institutions. » « C’est une belle mission, dans un pays qui connaît de rudes tensions, et dans un monde dont je dis parfois qu’il est le monde de tous les dangers. Nous aurons à relever des défis considérables, à commencer par celui d’assurer la survie de l’humanité, qui peut être en cause dans les prochaines décennies. »

« Je ne vais pas abandonner Bordeaux, a-t-il prévenu. Vous me rencontrerez de temps en temps dans les rues de la ville ! »