«Je serai candidat en 2020», confie Nicolas Florian, le (futur) nouveau maire

INTERVIEW Nicolas Florian, qui sera élu maire de Bordeaux jeudi suite à la démission d'Alain Juppé, raconte à «20Minutes» comment ces trois dernières semaines ont changé sa vie, et comment il se prépare à être candidat en 2020

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

— 

L'adjoint Nicolas Florian a été désigné par la majorité municipale pour succéder à Alain Juppé à la mairie de Bordeaux.
L'adjoint Nicolas Florian a été désigné par la majorité municipale pour succéder à Alain Juppé à la mairie de Bordeaux. — GEORGES GOBET/AFP
  • Nicolas Florian raconte comment des tensions au sein de l'équipe municipale sont apparues suite au départ d'Alain Juppé.
  • Il assure que la situation est désormais sous contrôle et qu'il est prêt à coordonner l'action municipale.
  • Il annonce aussi qu'il ne sera pas élu maire simplement pour un intérim d'un an, et qu'il mènera bien une liste pour les municipales de 2020.

L’ex-adjoint aux finances d’Alain Juppé Nicolas Florian, succédera à l’emblématique maire de Bordeaux jeudi matin, à l’issue d’un vote du conseil municipal. A quelques heures de cette échéance cruciale, « 20Minutes » l’a rencontré dans son bureau de l’hôtel de ville. Il a répondu sans détours à nos questions, et affiche déjà son ambition pour les années qui viennent.

Dans quel état d’esprit est-on à la veille de devenir maire de Bordeaux ?

Ce n’est pas un manque d’humilité, mais je suis serein. Entre le moment où Alain Juppé me dit qu'il est nommé au conseil constitutionnel, le moment où il me dit qu’il souhaite que je lui succède, et celui où j’ai l’adhésion à l’unanimité de mes collègues, j’ai eu la chance de pouvoir me préparer à la fonction. J’ai eu trois semaines pour passer le choc émotionnel et pour dresser les contours de ce que sera ce mandat de maire. Il me tarde maintenant d’être en situation d’être celui qui impulse, qui décide, qui manage.

Trois semaines, c’était suffisant pour se préparer ?

Oui, parce qu’Alain Juppé a eu le temps de m’alerter sur des dossiers prioritaires et ça m’a permis de beaucoup échanger avec mes collègues. De me construire aussi. Ma vie a changé : le rythme est plus intense, j’ai moins de moments pour moi.

Nicolas Florian à l'hôtel de ville de Bordeaux, le 5 mars 2019. TS-mairie de Bordeaux
Nicolas Florian à l'hôtel de ville de Bordeaux, le 5 mars 2019. TS-mairie de Bordeaux - TS/Mairie de Bordeaux

Y aura-t-il un style Nicolas Florian ?

Ce que je retiens des manifestations des samedis [des «gilets jaunes»], et de l’ambiance d’une manière générale, c’est que nos concitoyens ont besoin d’être plus associés aux décisions que l’on prend pour eux. Je vais l’appliquer concrètement dans les semaines qui viennent, que ce soit sur le dossier de l'aménagement du secteur de la Jallère, près du nouveau stade, ou sur celui des mobilités. Ce qui nous manque en termes de transport, c’est quelque chose qui se situe entre la rocade et les boulevards, pour drainer toute la périphérie de la ville centre. Le projet que je porterai en 2020 tournera autour de cet aménagement.

Vous allez donc proposer un projet en 2020. Une des premières questions qui s’est posée, était pourtant de savoir si vous étiez là juste pour un intérim ?

Je serai candidat en 2020. Je m’inscris dans la durée et je vais afficher les priorités de l’action municipale : logement, mobilité et transition écologique. Et je veux accélérer sur la cohésion sociale.

En Marche regarde la situation à Bordeaux avec grand intérêt. Vous allez discuter avec eux ?

Eux ils regardent, moi je suis dans l’action, et dans quelques heures je serai maire. Je vais très vite être dans le temps du projet, mais je ne suis pas encore dans celui de la cuisine électorale. Les élections municipales ne sont pas des élections d’appareil politique. On verra quelle stratégie aura En Marche

Alain Juppé avait pris ses distances avec Les Républicains. Vous non. Toujours pas ?

Ce n’est pas d’actualité. Si je suis resté aux LR, c’est pour deux raisons : d’une part, je considère qu’on a besoin de repères dans la société, et des partis politiques ce sont aussi des bornes de la vie démocratique. Par ailleurs, je fais partie de ceux qui pensent que l’on peut encore, de l’intérieur, infléchir les orientations. Si un jour je m’aperçois que ce n’est plus possible, que le parti est trop asséché, j’en tirerai les conséquences, mais on n’en est pas encore là. Et, autre élément, j’ai un lien affectif avec les militants.

Mais les militants eux-mêmes doivent être troublés par la situation ?

C’est sûr qu’ils doivent être troublés : quand j’étais secrétaire départemental en Gironde, on avait 5.000 adhérents, là il n’y en a plus que 2.000. Et on va voir ce que donnent les élections européennes, mais selon les sondages d’opinion que je connais, si on fait entre 10 et 13 % ce sera le maximum. Il y a un problème quelque part.

Il a été dit qu’il y a eu des tensions au moment de constituer votre équipe, que les ego et les ambitions de chacun se sont manifestés… Quelle a été la situation ?

C’est vrai. Bien sûr qu’il a fallu que je fasse mes premiers pas en tant que manager d’équipe.

Chacun a cherché à se positionner dans la future action municipale, c’est normal, c’est humain… Mais ça s’est fait de façon très fluide. Certains ont fait la gueule, mais depuis ils ont retrouvé le sourire. Je savais qu’il y aurait ce passage : Alain Juppé captait la lumière, et là nous sommes dans une nouvelle phase où chacun veut être plus visible.

Vous avez échangé avec Alain Juppé durant cette période ?

Oui. Il m’a conseillé en début et en fin d’exercice sur la méthode à employer, sur la façon d’engager la discussion, d’expliquer mes décisions, mais il ne m’a pas dit de mettre untel ou untel à certains postes.

Est-ce que Fabien Robert - adjoint à la culture Modem qui sera nommé premier adjoint - a menacé de démissionner s’il n’était pas premier adjoint ?

Mais non… J’ai été confronté à deux options : l’une que je considérais réductrice et qui était de ne pas mettre de premier adjoint, ou d’en mettre un. C’est le choix que j’ai fait et je l’ai expliqué.

François Bayrou est intervenu pour que ce soit Fabien Robert ?

Non plus ! On dit qu'il m’aurait téléphoné mais c'est faux… Par contre je vais bientôt déjeuner avec lui, mais en tant que maire de Bordeaux. Il veille sur ses petits il a raison, mais je n’ai pas eu de contact avec lui.

La situation est apaisée aujourd’hui ?

Oui, et c’est mon rôle de mettre du lien. Vous avez 52 élus qui ont vécu pendant longtemps avec un arbre qui cachait la forêt. Ce temps est fini, il y a donc une espèce de libération de l’occupation de l’espace… Mais je vous rappelle qu’on travaille déjà ensemble depuis cinq ans les uns et les autres. Maintenant, il s’agit de coordonner l’action à venir.