Bordeaux: En un an, 600 appartements ont été retirés des locations type «Airbnb»

LOGEMENT Environ 23 % des annonces en ligne sur les plateformes de type Airbnb font l'objet d'un enregistrement en mairie à Bordeaux

Elsa Provenzano

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Illustration immobilier, les quais à Bordeaux.
Illustration immobilier, les quais à Bordeaux. — S. ORTOLA / 20 MINUTES
  • Un an après la mise en place de la réglementation pour les loueurs qui mettent leurs biens sur Airbnb, le bilan est plutôt positif.
  • Certains abandonnent leur projet d’investissement locatif en découvrant les nouvelles astreintes réglementaires.

Un frein a-t-il été porté à « l'airbnbisation » de Bordeaux ? Le 1er mars 2018, des règles ont été mises en place pour maîtriser l’explosion des offres de location sur les plateformes de type Airbnb. Un an après son lancement, le bilan est plutôt positif, même si un peu moins de 25 % des 8.000 logements disponibles à la location sur ces plateformes sont actuellement enregistrés.

En quoi consiste la réglementation ?

En juillet 2017, le conseil municipal de Bordeaux a voté en faveur d’une régulation du marché de la location des meublés de tourisme, en s’appuyant sur un décret paru au journal officiel du 30 avril, qui autorise les municipalités à contraindre les loueurs à s’enregistrer en mairie.

Les particuliers peuvent louer leur résidence principale jusqu’à quatre mois par an (120 jours maximum) ; mais au-delà, il leur faut obtenir une déclaration de changement d’usage de leurs locaux d’habitation en meublés de tourisme. En clair, ils sont alors considérés comme professionnels et astreints au même régime fiscal. Et dans ce cas-là, ils doivent proposer en location classique la même surface, dans le même secteur. Une compensation très difficile à mettre en œuvre et qui a un effet dissuasif.

Qu’est-ce qu’elle a changé ?

Au 1er mars 2018, 951 hébergeurs étaient enregistrés et ils sont 2.406 au 1er mars 2019, selon la mairie de Bordeaux. « 1.500 environ ont déclaré leur activité auprès de nos services, se félicite Elizabeth Touton, chargée de l’urbanisme. On estime qu’environ 600 logements en location saisonnière ont été régularisés et se retrouvent sur le système de baux classiques ».

La plateforme Airbnb, contactée par 20 minutes, met en avant son accompagnement de la mesure et explique avoir créé un nouveau champ à remplir par les hôtes, leur permettant d’indiquer leur numéro d’enregistrement sur leur annonce Airbnb et ainsi de le faire apparaître sur la plateforme.

Les particuliers qui souhaitent investir dans un immeuble pour consacrer un ou plusieurs appartements à la location saisonnière y réfléchissent maintenant à deux fois. « Nos services reçoivent de nombreux appels de particuliers qui s’informent et qui pour certains renoncent à des achats », pointe l’élue en charge de l’urbanisme.

Quelles ont été les sanctions jusque-là ?

155 procédures de mises en demeure (pour 217 logements) ont été déclenchées après des constats réalisés par la cellule en charge de mettre en œuvre cette nouvelle réglementation, soit en ligne, soit lors de visites de contrôle. Aucun dossier n’a encore été tranché au tribunal. Parmi eux, 37 (qui représentent 45 logements) sont en cours de transmission aux autorités judiciaires avec de possibles sanctions financières à la clé.

Que faut-il améliorer ?

« Il faut renforcer les contrôles car on peut voir que seulement 23 % des annonces comportent le numéro d’enregistrement pourtant obligatoire », pointe Matthieu Rouveyre, élu municipal d’opposition (PS) qui a alerté sur les dérives du phénomène Airbnb à Bordeaux et créé un observatoire sur ce sujet. 

Quel est l’objectif de la mairie ?

La mairie ne veut pas stopper l’activité des plateformes de location de type Airbnb à Bordeaux et estime que les locations d’appartements de particuliers constituent une offre complémentaire à celle des hôteliers. Elle tient cependant, avec cette limitation à 120 jours, à ce que cela ne devienne pas une activité professionnelle et commerciale à part entière, qui contribue à « tendre le marché locatif et les prix de l’immobilier », précise Elisabeth Touton. « Il n’y a pas de problème quand cela concerne la résidence principale », renchérit Matthieu Rouveyre.

Reste à voir si ces nouvelles règles vont réussir à faciliter les recherches de logement des étudiants, en quête de petites surfaces.