Bordeaux: En attendant sa nouvelle direction, le Musée d'art contemporain veut élargir son public

ART CONTEMPORAIN Un an après l'éviction avec fracas de sa directrice, le CAPC-Musée d'art contemporain de Bordeaux est en pleine phase de transition

Mickaël Bosredon

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La grande nef du CAPC-Musée d'art contemporain, à Bordeaux.
La grande nef du CAPC-Musée d'art contemporain, à Bordeaux. — M.Bosredon/20Minutes
  • Très influente dans le monde de l'art, María Inés Rodríguez avait été limogée en 2018, provoquant une tempête au sein de cette institution culturelle bordelaise.
  • La municipalité a annoncé avoir lancé le processus de recrutement d'une nouvelle direction.
  • En attendant, le musée bordelais, connu dans le monde entier, a présenté sa saison culturelle pour 2019.

Apaisement. C’est le mot d’ordre au CAPC (Centre d'arts plastiques contemporains) -Musée d'art contemporain de Bordeaux, à tout le moins le message que veut faire passer Fabien Robert, adjoint à la culture à la mairie de Bordeaux. L’établissement vient en effet de traverser une véritable tempête, et entend voguer sur des eaux plus calmes en 2019.

« Problèmes de management », ligne artistique jugée « trop exigeante »… Pour diverses raisons, la directrice du musée María Inés Rodríguez, pourtant considérée comme une des principales femmes d'influence dans l'art, a été limogée avec fracas par la municipalité en mars 2018 - même si la date effective était août 2018. Une procédure devant le tribunal administratif est d’ailleurs toujours en cours. « Il y a eu alors une phase d’emballement, se remémore Fabien Robert, et ensuite nous avons dû temporiser. » La directrice générale des affaires culturelles Claire Andries a assuré l’intérim, épaulée dans sa mission par la commissaire en chef du CAPC Alice Motard.

Vers un rapprochement avec le Centre d’architecture Arc en Rêve

Un an après, la municipalité a annoncé ce mardi que le recrutement d’un nouveau directeur/directrice est en cours. Il devrait être effectif au plus tard à la rentrée prochaine. La ville recrutera dans le même temps une nouvelle direction pour Arc en Rêve, le centre d’architecture, les deux établissements étant amenés à se « rapprocher », a expliqué Fabien Robert. Il n’est pas question de fusion pour autant, insiste l’élu, qui ne souhaite pas rallumer la mèche de la contestation sociale.

C’est tout aussi prudemment qu’il a évoqué une possible évolution du statut du CAPC. « Aujourd’hui, il est exploité en régie directe, donc intégré dans les effectifs de la ville, rappelle Fabien Robert. Le maire a accepté qu’on ouvre cette question, et le statut pourrait évoluer vers un EPCC (Etablissement public de coopération culturelle) ou une régie autonome. Mais l’objectif n’est pas de supprimer des postes, et les statuts resteraient ceux de la fonction publique. » Surtout, le musée « restera consacré à l’art contemporain et un centre d’art plastique, contrairement aux rumeurs les plus extraordinaires que j’ai entendues. »

Une fréquentation qui commence à remonter

Si la fréquentation remonte enfin depuis deux ans (112.000 visiteurs en 2018), elle n’a toujours pas retrouvé son niveau de 2013 (140.000 visiteurs). Un problème dont devra se charger la nouvelle direction. « J’ai entendu dire que "l’art contemporain en France, c’est pour 2.000 personnes et ça doit rester comme cela", rapporte Fabien Robert. Cela me choque d’entendre ça. Un musée public doit pouvoir remplir des missions d’exigence et de popularité. » L’objectif sera notamment d’attirer les néobordelais, installés dans la ville ces dernières années.

Véritable institution à Bordeaux, le CAPC garde en revanche son « noyau dur » d’aficionados. « C’est un lieu historique et unique, connu dans le monde entier notamment grâce à ce bâtiment qui lui donne son caractère » analyse l’adjoint à la culture. Le CAPC s’est en effet installé dès 1973 dans un ancien entrepôt de denrées coloniales, l’Entrepôt Lainé, entièrement réhabilité en 1990.

Une fresque de Keith Haring

Outre les expositions temporaires qui y sont organisées chaque année - et qui ont accueilli des artistes prestigieux comme Andy Warhol, Daniel Buren, Anish Kapoor, Louise Bourgeois… - sa collection permanente, qui présente près de 1.300 œuvres dont une fresque de Keith Haring, compte parmi les plus riches de France.

Exposition en 2001 de Jenny Holzer, grande figure de l'art contemporain américain, dans la grande nef du CAPC.
Exposition en 2001 de Jenny Holzer, grande figure de l'art contemporain américain, dans la grande nef du CAPC. - DERRICK CEYRAC / AFP

Le CAPC accueillera cette année le projet des artistes Marie Cool et Fabio Balducci, qui comprend une création in situ et des « actions », performées ou filmées - du 8 mars au 19 mai. A partir du 8 mars également, et jusqu’au 22 septembre, Takako Saito viendra y présenter sa première grande exposition monographique en France, avec environ 600 œuvres.