Erosion au Cap-Ferret: «Une réalité du réchauffement climatique que personne ne peut désormais contester»

ENVIRONNEMENT Sur demande de la préfecture de Gironde, la mairie de Lège-Cap-Ferret a fermé l’accès au public entre la pointe et le restaurant Chez Hortense, ce vendredi

Elsa Provenzano

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L'accès entre la Pointe et Chez Hortense est fermé au public depuis ce vendredi.
L'accès entre la Pointe et Chez Hortense est fermé au public depuis ce vendredi. — JEAN-PIERRE MULLER / AFPJEAN-PIERRE MULLER / AFP
  • La préfecture alerte sur l’accélération de l’érosion sur la pointe du Cap-Ferret. A sa demande, la ville a interdit ce vendredi la promenade sur un secteur à risque pour lutter contre cette érosion dunaire.
  • « Le maintien du trait de cote à la pointe paraît très hypothétique à court ou moyen terme, et la stabilité des ouvrages ne peut être garantie avec des risques d’effondrement brutal non prévisibles », alerte la préfecture.

La pointe du Cap Ferret, belle langue de sable entre le Bassin d’Arcachon et l’océan Atlantique, est particulièrement exposée à l’ érosion côtière. La préfecture tire la sonnette d’alarme dans un communiqué envoyé jeudi soir, estimant que l’accélération de ce phénomène est « une réalité du réchauffement climatique que personne ne peut désormais contester ».

S’appuyant sur le rapport du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA), l’Etat veut « minimiser les conséquences inéluctables qui vont découler de ce phénomène » et a sommé la mairie de prendre des mesures d’urgence.

Un chemin de promenade fermé au public dès ce vendredi

La mairie, qui souligne ne pas avoir eu connaissance du rapport de la CEREMA, a interdit, sur demande la préfecture de la Gironde, dès ce vendredi matin, le cheminement entre la pointe et le restaurant chez Hortense, un des secteurs à risque à court terme, selon l’étude. « Notre priorité étant la sécurité de la population, riverains comme promeneurs », indique dans un communiqué ce vendredi Philippe de Gonneville, 1er adjoint au maire de Lège-Cap-Ferret qui supplée le maire en son absence. Environ une trentaine de maisons est installée à proximité immédiate de ce cheminement.

« Le maintien du trait de cote à la pointe paraît très hypothétique à court ou moyen terme, et la stabilité des ouvrages ne peut être garantie avec des risques d’effondrement brutal non prévisibles », alerte la préfecture.

Des actions demandées à moyen terme

Le préfet demande à la commune d’élaborer sous trois mois un plan de gestion de crise pour la pointe et la zone des 44 hectares pour anticiper les risques d’effondrement et prévoir des procédures d’évacuation d’urgence des populations. Il lui demande aussi de revoir « sa stratégie de rechargement de la plage et de la dune pour tenir compte de l’accélération de l’érosion dunaire et des départs répétés des sédiments apportés en urgence cet hiver ». Cet automne, 30.000 m3 de sable ont déjà été versés pour recharger le cordon dunaire.

De son côté, la Ville assure qu’elle a déjà pris beaucoup de dispositions et qu’elle continue de travailler avec les services de l’Etat à la réactualisation du plan. « A moyen terme, notre stratégie validée en juillet 2017 avec l’ensemble des partenaires prévoit des rechargements massifs à la Pointe. Cette lutte active douce exige des études préalables approfondies et longues, dont plusieurs sont déjà en cours. C’est ce volet dont nous allons réévaluer la pertinence et la faisabilité, avec rigueur et clairvoyance. »

Le plan de lutte contre l’érosion dunaire doit s’amplifier et vite pour la préfecture qui demande aussi que les habitants de la Pointe soient informés de la situation.

Eviter un nouveau Signal

Vital Baude, conseiller régional et coprésident du comité de pilotage de l'Observatoire de la Côte Aquitaine réagit à cette alerte de la préfecture en pointant un manque de conséquences politiques aux différentes études scientifiques. « Pire, sur le littoral, les seules évolutions législatives votées jusqu’ici par cette majorité sont destinées à fragiliser la loi Littoral, en permettant l’urbanisation des dents creuses auxquelles personne n’avait touché jusqu’à présent. Au risque d’ailleurs d’augmenter le nombre de bien menacés dans les décennies à venir. »

Il espère que des actions à la hauteur du problème permettront d’éviter un nouveau « Signal » sur la pointe du cap-ferret.

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