«Gilets jaunes» à Bordeaux: Un collectif contre les répressions policières est né

SOCIETE Des personnes blessées en marge des manifestations, des citoyens Bordelais et des avocats viennent de créer ensemble un collectif contre les violences policières…

Elsa Provenzano
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Un collectif contre les répressions policières a été crée ce jeudi à Bordeaux
Un collectif contre les répressions policières a été crée ce jeudi à Bordeaux — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Un collectif contre les répressions policières a été lancé officiellement à Bordeaux ce jeudi soir.
  • Il doit permettre en lien avec des avocats d’accompagner les personnes blessées lors des manifestations des « gilets jaunes », et d’organiser une défense collective.
  • Le syndicat de police Alternative police CFDT estime qu’elle doit faire face à une « ultraviolence » en manifestation et renvoie à l’IGPN pour les cas litigieux.

« On veut alerter sur la dangerosité des armes utilisées par la police (LBD et grenades) et aider ceux qui ont été blessés, il y a une nécessité à s’organiser face aux répressions », lance ce jeudi soir Antoine, en tenant une banderole indiquant « Macron et ses sbires mutilent, Juppé complice ».

Le collectif avait choisi de lancer officiellement son action devant l’hôtel de ville de Bordeaux, là même où la situation dégénère chaque samedi en fin de journée depuis le début du mouvement des gilets jaunes mi-novembre. « C’est un lieu symbole de la répression policière », souligne Antoine qui a perdu une main lors d’une mobilisation bordelaise. « J’ai juste lancé des œufs sur les CRS, assure-t-il. Il y a une violence légalisée et cautionnée par l’Etat ».

Accompagner les blessés

Le collectif travaille déjà avec une vingtaine de personnes blessées pendant les manifestations des gilets jaunes à Bordeaux et veut continuer à les recenser pour organiser une défense collective. « On travaille avec un collectif d’avocats pour recenser également les témoins dans le cadre des suites juridiques », déclare Antonin Chenon, membre du collectif, étudiant et contributeur au média Révolution Permanente. Il décrit le cas de personnes très isolées et dans des situations financières délicates, car « ne pouvant parfois plus travailler à cause de leurs blessures ».

« A l’initiative du syndicat des avocats de France (SAF) 13 avocats travaillent en lien avec le collectif à Bordeaux, pour la défense en urgence lors des gardes à vue ou des comparutions immédiates », déclare maître Manon Wendling. Il s’agit de s’assurer pour eux de l’égalité de traitement devant la loi de ces manifestants, dans un contexte social exceptionnel. L’idée est aussi de pouvoir « déposer symboliquement plusieurs plaintes en même temps auprès du Parquet », précise l’avocate.

La police assure avoir à faire à une violence inédite

« C’est leur droit de créer ce collectif mais il y a des accusations mensongères, réagit Bruno Vincendon, secrétaire adjoint départemental 33 pour Alternative police CFDT. On fait face à des manifestations d’une ampleur et d’une ultra-violence qu’on avait jamais vues en France et dans cette ville, en suivant les protocoles d’actions et d’interventions ».

Il rappelle que dans les cas litigieux, l’inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie et que si des fautes ont été commises, elles seront relevées. Sur Bordeaux, il estime à une cinquantaine le nombre de blessés du côté de la police depuis le début du mouvement, et « déplore tous les blessés ».

Pour lui, l’improvisation du parcours au fil des manifestations (non déclarées) complique beaucoup la tâche des forces de l’ordre. « Il faut parfois faire des interpellations au milieu de la foule, souvent hostile, et bien sûr le but est de ne pas se laisser déborder ».

De nombreux Black bloc pourraient participer à la manifestation de samedi mais ces groupes bien connues des CRS et qui leur font face directement ne sont pas les plus à redouter, selon ce policier. « Notre problème à nous ce sont les groupes mobiles qui se déplacent pour casser », souligne-t-il.

« On souhaite vraiment que cela se passe bien samedi », conclut-il.

Sollicitée par 20 Minutes, la préfecture de la Gironde n’a pas souhaité réagir à la création du collectif contre les répressions policières.