«Gilets jaunes» à Bordeaux: Juppé dénonce les «violences inouïes» et appelle «au dialogue et à la raison»

VIOLENCES Théâtre de nombreuses violences chaque samedi soir en fin de manifestation depuis deux mois, la ville de Bordeaux est devenue un bastion des « gilets jaunes »…

Mickaël Bosredon

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Manifestation des gilets jaunes lors de l'acte 10, devant la mairie de Bordeaux
Manifestation des gilets jaunes lors de l'acte 10, devant la mairie de Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes
  • Le maire de Bordeaux estime que les manifestations et les violences qui en découlent ont déjà coûté plus d’un million d’euros.
  • Il estime que les grandes enseignes et les petits commerces pourraient perdre plusieurs milliers d’emplois.
  • Il vole également au secours des forces de l’ordre, qui font « preuve de proportionnalité face aux violences » assure-t-il.

Alors que se profile l’acte 11 des « gilets jaunes » à Bordeaux, qui est devenu un « bastion » des manifestants, Alain Juppé a fait le point sur la situation ce mercredi, et dénoncé des « violences inouïes. »

Chaque samedi, « à partir de 17 h, se regroupent sur la place Pey-Berland, 100, 200, 300 personnes… Samedi dernier, elles étaient peut-être plus nombreuses. En tout cas leur objectif est très clair, c'est de s'affronter aux forces de l'ordre, avec des actes de violence inouïe : jets de boules de pétanque, de billes d’acier avec des frondes… »

« Désastreux pour l’image de la ville »

Pour le maire de Bordeaux, « les conséquences sont désastreuses, avec des dégâts extrêmement coûteux pour le contribuable bordelais. Avant la manifestation de samedi dernier nous les avions chiffrés à plus d’un million d’euros. Les conséquences sont aussi désastreuses pour le commerce de centre-ville, et il n’est pas tout à fait exclu que nous perdions plusieurs milliers d’emplois à la suite de ces manifestations, aussi bien dans les grandes enseignes que chez les petits commerces indépendants. Et tout ceci est désastreux pour l’image de la ville, et nous en paierons des conséquences durables je le crains. »

Le maire de Bordeaux assure qu’il est « en train de regarder si nous pourrions mettre sur pied un fonds de soutien pour indemniser les commerçants qui seront le plus impactés par tous ces dégâts. »

« Ce que je vois ce sont des casseurs qui s’en prennent aux forces de l’ordre »

Alain Juppé a également tenu à soutenir les forces de l’ordre,  mises en cause à plusieurs reprises au cours de ces manifestations. « Les forces de l’ordre font preuve de proportionnalité face à des violences dont elles sont les premières victimes ; elles ne prennent pas l’initiative de ces violences. Il peut y avoir des bavures. Dans toute organisation humaine, il y a des manquements. Il appartient à la hiérarchie policière de les détecter et les sanctionner si tel est le cas. Mais ce n’est pas ce que je vois, globalement, sur les images que nous surveillons. Je vois des casseurs, des pilleurs, des voleurs, des vandales qui prennent l’initiative de s’attaquer aux forces de l’ordre, qui les injurient, qui leur balancent des pavés… Donc elles réagissent, avec sang-froid. »

La mairie « travaille » avec la préfecture « pour voir ce qu’il est possible de faire et ce qui ne l’est pas. » « Ce qui n’est pas possible ce serait de sanctuariser l’ensemble du centre-ville pour en interdire l’accès aux casseurs. Il y faudrait une bonne trentaine d’unités de force mobile alors que le préfet en dispose de neuf pour la Nouvelle Aquitaine et de six pour Bordeaux. On avait aussi envisagé de mettre des policiers devant les magasins, mais la police me dit que compte tenu de la violence des manifestants, isoler deux ou trois policiers c’est leur faire prendre des risques inacceptables. »

Alain Juppé voudrait donc des manifestations mieux encadrées. « Nous travaillons avec les manifestants pour définir un itinéraire qui soit élargi par rapport à l’hypercentre et qu’ils prévoient des mots d’ordre de dislocation. Mais nous n’avons pas d’interlocuteur pour mettre des règles dans ces manifestations. Donc je ne suis pas sûr que nous puissions avoir samedi prochain cet itinéraire balisé. J’ai donc demandé un renfort de protection sur les cours Alsace-Lorraine, Pasteur et Victor Hugo. »

Quatre grands débats à Bordeaux et en banlieue

La question, maintenant, est « comment sortir » de cette situation. « Je voudrais lancer un appel au dialogue. Il y a l’expression d’une souffrance réelle, et ceci doit se faire par le débat. J’ai fait installer des cahiers de doléances et d’espérance, et nous avons déjà une soixantaine de propositions. A compter du 1er février nous allons faciliter l’organisation de quatre grands débats qui se tiendront à Bordeaux, à Talence, à Saint-Médard et à Carbon-Blanc, avec les élus qui seront là pour être des transmetteurs et non des organisateurs. Ils porteront sur les quatre grandes thématiques décidées par le gouvernement. »

Alain Juppé veut aussi « lancer un appel à la raison ». « Manifester la nuit, comme je l’entends sur les réseaux sociaux, c’est multiplier par dix les risques de dérapage grave. Les forces de l’ordre ont beaucoup plus de difficultés à se déployer la nuit et toutes sortes d’agressions sont possibles dans ce contexte. Ce n’est pas responsable. »