Grand débat national: Début désordonné pour les communes girondines

SOCIETE Les maires de Gironde, auxquels on demande d’organiser le grand débat national sur leurs communes, sont partagés. Certains se prêtent au jeu mais d’autres considèrent que ce n’est pas leur rôle…

Elsa Provenzano

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L'idée du grand débat national n'est pas accueillie avec enthousiasme par les maires de Gironde.//ALLILIMOURAD_1304.0451/Credit:ALLILI MOURAD/SIPA/1901151200
L'idée du grand débat national n'est pas accueillie avec enthousiasme par les maires de Gironde.//ALLILIMOURAD_1304.0451/Credit:ALLILI MOURAD/SIPA/1901151200 — SIPA
  • L’idée de l’organisation du grand débat national par les communes est accueillie diversement par les maires.
  • En Gironde, certains se prêteront à l’exercice, d’autres le faciliteront a minima et d’autres ne veulent pas en entendre parler.

Jusqu’à ce mardi, jour du lancement officiel du grand débat national qui doit désamorcer la crise des «gilets jaunes», les maires de Gironde se sont montrés plutôt « attentistes », estime Aziz Skalli, porte-parole de la République en Marche en Gironde. Ils ont plutôt opté pour une participation a minima, soit la mise à disposition de cahiers de doléances.

L'association départementale des maires de Gironde souligne pour sa part que « les modalités de ce grand débat ont été connues très tard » et que beaucoup d’élus des 535 communes girondines se retrouvent un peu pris de court.

Les maires partagés sur le sujet

« On est un peu comme tout le monde, on attendait les prescriptions, confirme Philippe Plagnol, maire divers gauche de Langon, commune du Sud Gironde de près de 7 400 habitants. On jouera le jeu en appliquant strictement les demandes du gouvernement mais les élus ne devront pas mener les débats, il faut que les réunions soient demandées par les groupes de gilets jaunes. » Une réunion du conseil municipal est prévue ce mardi soir pour évoquer les cahiers de doléances et les éventuelles réunions. Il estime que trois à quatre des cinq groupes de gilets jaunes du Sud Gironde pourraient y participer, même si la consultation est ouverte à tous les Français.

C’est au contraire « hors de question » pour Bernard Guiraud, divers gauche, maire de Lesparre-Medoc, une commune de 5.800 habitants, d’être à l’initiative de l’organisation du débat. Il considère que ce n’est pas le rôle des élus, qu’il s’agit d’un problème entre l’Etat et les citoyens.

Suivant la ligne de ce qu’a déclaré l’association des maires de France, il veut bien néanmoins jouer un rôle de « facilitateur », en donnant par exemple accès à la salle des fêtes de la commune. « Le message des gilets jaunes est qu’ils ne veulent pas être récupérés et je respecte leur volonté, explicite-t-il. Mon bureau leur reste ouvert ». Sur sa commune des cahiers de doléances ont été mis à disposition depuis le 15 décembre et ont recueilli une cinquantaine de participations.

Certains maires de communes du Médoc ont refusé de participer à ce grand débat partageant l’idée avec certains groupes de «gilets jaunes» que les conditions de sa mise en œuvre doivent être définies par les citoyens eux-mêmes.

S’il veut bien se plier à l’exercice Philippe Plagnol estime que ce grand débat est organisé par l’Etat de façon « très précipitée ». « Je comprends qu’il y avait urgence pour le gouvernement mais à nous, maires, on demande de plus en plus de choses qui étaient avant du ressort de l’Etat : on fait les cartes d’identité et les passeports, on s’occupe d’urbanisme et même de la gestion des zones inondables ». Ce grand débat, du point de vue de cet élu, c’est aussi donc un travail supplémentaire, sans moyens financiers spécifiques.

Une urgence à débattre

Pour le maire socialiste de Libourne Philippe Buisson, il y a au contraire une urgence à mettre en place ce débat : « L’état d’énervement est tel qu’il faut bien trouver des moments de dialogue, c’est la dernière étape avant une crise absolument majeure pour nos institutions ».

Quatre débats vont être organisés dans les prochaines semaines dans la ville de 25 000 habitants. Le comité consultatif économique au sein duquel siègent 35 membres de la société civile s’occupera de la modération des discussions, tenant à l’écart les élus.

« L’heure est au débat, encore faut-il qu’il soit sincère, estime l'élu Libournais. Le chef de l’Etat a dit que toutes les questions pouvaient être intégrées mais il faudrait aussi que toutes les réponses puissent être examinées. Je pense que c’était un très mauvais signal de fermer la porte sur la question de l’ISF ».

Sur la place de l’hôtel de ville de Libourne, des gilets jaunes sont installés dans un chalet et font circuler un cahier de doléances.

Et après ?

La plus grande inquiétude du maire de Langon c’est l’après-consultation : « on va faire remonter tout ça au pouvoir central mais qu’est-ce qui en ressortira ? Du concret on espère. » Il redoute que l'issue du débat donne lieu à une sorte de désenchantement dans le territoire et qu’il contribue à créer de nouveau un mécontentement.

Philippe Buisson s’inquiète aussi de la prise en compte de ce qui ressortira des débats par Emmanuel Macron « Encore faut-il qu’il soit réceptif à ces résultats, espère-t-il. Il ne faut pas que cela crée trop de frustrations. »